Engagement

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Les Venazzi n'avaient finalement pas eu gain de cause : Alba Casaleccia était allée trouver le maire de Merusaglia avec la lettre rédigée par le fils de son ennemi. Elle avait également apporté avec elle des documents anciens qui prouvaient que la demeure où se trouver l'atelier de tissage était bien à sa famille. Saveriu Romiti avait reconnu à demi-mot qu'il ne pouvait prouver l'authenticité des actes présentés par les Venazzi et il avait demandé à un ami de faire une petite enquête à ce sujet.

L'intrusion de bovins dans le vignoble de Ponte Leccia lui avait également semblé étrange mais il ne pouvait nier les preuves avancées par Charles Venazzi : Saveriu avait d'ailleurs lui-même constaté qu'il s'agissait bien de plusieurs bêtes appartenant aux Casaleccia.

Le maire de Merusaglia était fatigué des querelles incessantes entre les deux familles : il avait eu beau négocier une trêve depuis le début de la guerre, il semblait qu'à présent les deux clans avaient oublié leur parole.

Il décida donc, à la fin du mois de mai, de convoquer les représentants des deux parties et il leur rappela à tous deux ce à quoi ils s'étaient engagés.

C'est ainsi qu'Antoine Venazzi accepta de ne pas demander de l'argent aux Casaleccia pour les dégâts occasionnés aux vignes de Ponte Leccia.

Saveriu Romiti en déduisit que son intuition était sans doute juste et que cette histoire de bétail n'était peut-être pas entièrement de la responsabilité de Gabriel Casaleccia.

Elisabetta évitait à présent ses frères : leur attitude étrange ne lui plaisait pas et elle n'avait surtout plus envie de devoir faire face à la violence et aux remarques déplaisantes de Matteu. Elle ne sortait plus beaucoup de chez elle et se contentait de vérifier la production de l'atelier de tissage avec ses belles-sœurs et de cuisiner toutes les préparations vendues ensuite au marché.

Elle pouvait alors laisser son esprit vagabonder et petit à petit, elle repensa à cette nuit de mars, dans la bergerie de son grand-père. Sans aucune expérience amoureuse, Elisabetta se rendit compte avec une certaine gêne, qu'elle avait aimé se trouver dans les bras de Leandru.

Elle évoqua le jeune homme en pensée : grand, bien bâti, le regard fier et la démarche volontaire, il était beau garçon. Elisabetta savait d'ailleurs qu'il était le parti le plus convoité des demoiselles du village, de Ponte Leccia et de Corti.

Il l'avait défendue contre Martin, il ne l'avait pas laissée grelotter de froid dans la bergerie. Elle avait aimé ce côté protecteur qu'elle ne lui connaissait pas.

La jeune fille se rendit compte qu'elle pensait bien trop à Leandru : dire qu'il la laissait indifférente serait se mentir à elle-même. Mais ce n'était plus seulement pour son comportement, ou le fait qu'il appartienne au clan Venazzi. Il lui avait fait ressentir des choses étranges, inconnues et terriblement troublée, Elisabetta finit par comprendre les signes que lui avait expliqués sa mère au sujet d'un amour naissant.

Un jour, Alba lui annonça que les réserves de plantes étaient presque épuisées. Devant le refus de Gabriel de laisser sa sœur partir seule dans le maquis, l'aïeule du clan finit par trouver un arrangement avec de dernier. Elisabetta accompagna donc ses frères dans l'une des châtaigneraies puis, sous leur surveillance, elle remplit un imposant panier de plantes et fleurs diverses.

Lorsqu'elle s'assit ensuite sur une pierre pour examiner le fruit de sa récole, Matteu s'énerva :

- Nous devons rentrer Lisa.

- Non,...il faut que j'examine tout ce que j'ai récolté et...

- Et bien tu feras cela à la maison.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now