Tentatives de discussion

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A la fin du mois de novembre, Leandru avait terminé de faire l'inventaire de la production suite aux vendanges de l'été et il était très satisfait. La terre était bonne et les vignes avaient fourni un raisin de qualité. Cela augurait donc un avenir assez serein pour la pérennité du domaine.

Les anciens propriétaires avaient laissé un vignoble en excellent état et les anciens clients continuaient à venir se fournir au domaine.

Charles avait débuté l'initiation de son jeune frère : en effet, Leandru avait toujours refusé de boire la moindre goutte d'alcool mais s'il voulait être crédible auprès de potentiels clients, il allait devoir apprendre à apprécier chacun des vins produits et à pouvoir en citer les caractéristiques.

Le jeune homme dût apprendre à identifier chaque cépage, à en connaître les spécificités et cet apprentissage long et difficile lui plaisait.

Il faisait régulièrement de longues balades entre les vignes avec son frère, appréciant le calme qui régnait autour d'eux.

Leandru ne se lassait pas de regarder encore et encore les montagnes qui les entouraient et ce paysage qui lui avait tant manqué pendant les cinq mois où il avait été sur le continent.

Il connaissait la région par cœur : très jeune, son père l'avait emmené avec lui un peu partout dans le maquis, les châtaigneraies et la montagne. Il lui avait montré des lieux méconnus des habitants de la plaine, des lieux mystérieux, des forêts qui semblaient impénétrables, des villages assoupis, de profondes vallées boisées, des sentiers minuscules et des petites chapelles magnifiques.

Habitant Corti avec sa tante dès l'âge de cinq ans, il ne voyait que très rarement ses parents, ses frères et ses sœurs et chaque moment de retrouvailles s'apparentait à une véritable fête.

- A quoi penses-tu ?

Leandru se tourna vers son frère en souriant :

- À ces promenades que je faisais avec papa, à nos montagnes. Ça m'a tellement manqué tout ça lorsque j'étais sur le continent.

- Que s'est-il passé exactement lorsque nous t'avons perdu de vue ?

- J'ai été capturé par les allemands et puis, ils nous ont forcés à marcher pendant de longues heures. Nous sommes arrivés devant un camp de prisonniers. C'est là que je me suis enfui.

- Et ensuite ?

Le jeune homme détourna le visage. Il n'avait pas encore évoqué en détail avec ses frères les drames auxquels il avait assisté.

Charles avait bien compris que Leandru avait vécu des moments horribles et, s'il savait que c'était difficile pour lui d'en parler, il ne voulait pas qu'il garde pour lui ses souffrances.

- Tu sais que tu peux tout me dire Leandru...

Le jeune homme dévisagea son frère un instant puis il lui raconta tout ce qu'il avait vécu sur le continent : la mort d'Alice, celle de Robert et d'Edwige, tous ces civils sur le bord des routes, ces femmes et ces enfants déboussolés par ce qui leur arrivait. Il ne cacha aucun détail à Charles mais quand il eut terminé son récit il lui dit :

- Ne me pose plus jamais la question. Et à propos des Casaleccia,...je ne veux plus faire partie de la moindre controverse entre eux et nous. Je veux juste...qu'on me laisse tranquille, j'en ai assez de toutes ces altercations stupides. Sur le continent, il y a des gens qui souffrent Charles, des enfants qui ont perdu leurs parents. Et nous...nous nous querellons...pour quoi au juste ? Jamais personne n'a pris le temps de m'expliquer pourquoi. Est-ce que je le saurai un jour ?

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now