Premières pages

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Paul se réveille au son de l'alarme de son téléphone. Le soleil pénètre dans sa chambre malgré les persiennes tressées tirées jusqu'en bas, mais ça ne le dérange pas. Il n'a jamais aimé dormir dans le noir. Il profite des quelques rayons de lumière pour s'habiller sans s'éblouir et mettre des chaussures fermées. Il a entendu des coups de feu pendant la nuit, il a un mauvais préssentiment. Il avale sa dose de doxy quotidienne et se met en marche en direction de l'enceinte où se trouvent les bureaux. Quand il arrive, Abdulrahman lui tend une mangue et une crêpe locale.

-- Le réservoir est endommagé, dit-il, le visage fermé.

Paul avait raison.

-- Appelle Imran. Je vais chercher des sacs plastiques, répond-t-il.

Ce n'est pas la première fois qu'il est confronté à un chateau d'eau ayant fait les frais d'une bande de rebelles. Avec un peu de chance, ça sera réparé en quelques jours. Il suffit de trouver le bon matériel... et ça, c'est moins facile.

Paul s'installe au volant de la voiture et ouvre toutes les fenêtres. Imran arrive, l'air endormi, et se positionne à la fenêtre passager du 4x4. Il a veillé toute la nuit sur le générateur de l'hôpital du camp, qui faisait des siennes.

-- Qu'est-ce qu'il se passe? dit-il en anglais, ses petites lunettes de travers.

Imran ne parle pas français. Il a grandi au Pakistan et adore le punk rock anglais. Il essaie souvent de convaincre l'équipe de jouer au Monopoly, mais il est tellement mauvais perdant que les parties finissent toujours avec le plateau de jeu au sol et des pions perdus à jamais, ensablés.

-- Le réservoir de Taradona s'est pris des balles. Il nous reste combien de filtres individuels?

-- Euh... Je vais regarder.

-- Merci. On ira les distribuer quand je reviens.

-- Ouais...

Imran se redirige déjà vers la hutte quand Paul sort la tête de la voiture et crie:

-- Et dors un peu!

Le jeune logisticien lève la main dans un signe d'acquiescement mais ne se retourne pas.

Abdulrahman arrive avec une caisse à outils en métal rouge.

-- La clé anglaise n'est pas dedans, il dit en bouclant sa ceinture.

-- J'en ai une dans le coffre.

Paul sue déjà. C'est sa cinquième mission, mais ne s'est jamais habitué à la chaleur. Il démarre la voiture et passe doucement les vitesses dans le sable. Il a plu, le mélange avec les hydrocarbures accumulés ont rendu le sable glissant.

-- Tu as prévenu la STE*? demande Abdulrahman.

-- J'attends de voir l'état intérieur. C'est pas la réparation qui m'inquiète, on va boucher les trous. Il sera actif, au moins temporairement. Je pense pouvoir réparer les valves ensuite, il faudra que je les démonte. Ça va prendre du temps. La journée peut-être.

-- Il va falloir tout vider et le nettoyer avant de remettre du chlore, termine Abdu en s'essuyant le front avec le bas de son t-shirt.

Les deux collègues croisent une caravane de chameaux. Abdu allume la radio mais ne capte que des bruits statiques. Il fouille dans la boîte à gants et trouve une cassette audio qu'il décide de jouer. Paul en profite pour enfin manger son petit-déjeuner.

Après une demi-heure à conduire dans le désert, les deux hommes arrivent à destination. Le réservoir de 500 mètres cubes se situe au bord d'une route bétonnée. Entouré de sable et de tonneaux en métal rouillés, il surplombe les maigres plantes grasses et arbustes qui poussent-là de façon disséminés, seuls résistants à la sécheresse. Quelques locaux se sont rassemblés en dessous, sidérés de voir qu'il est troué de partout.

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