nuit

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Et comme toujours, l'obscurité finit par rattraper la douce, sécurisante lumière du jour. Engloutissant avec elle toutes les certitudes, les sourires et oublis. Me plongeant dans un monde inexploré et inexplorable de peur et de souffrance.
Je me bats toujours contre la même ennemie : la mémoire. Poisseuse et vulgaire, elle rampe dans chaque coin de la chambre, ses tentacules salissent et collent à chaque objet, si pur et simple dans un rayon de soleil, si dur et violent dans les innombrables bras de la créature.
Ils se tortillent et convulsent, laissant entrevoir par leurs répugnants orifices des moments de joie et de tristesse, de gêne et d'aise. Des moments passés avec toi.
Plus je confronte le monstre, plus il devient horrible. Mais je ne peux accepter cette partie de mes souvenirs. Cela signifierait alors une chute interminable dans le puits sans fond du remord et de la tristesse. Je préfère opposer à la créature le solide bouclier de la haine et de la rancœur : ce sont des valeurs sûres qui ne m'ont jamais trahie.
Parfois... Parfois je m'abandonne à cette nuit atrocement tentaculaire. Je tends ma main vers le ciel et ferme les yeux, abandonnant mon éternel combat, et laissant l'ennemi envahir mon corps, blanc comme le drapeau que je lui agite, blanc comme le suaire qu'il me tissera un jour. Je plonge alors dans une tornade sirupeusement mélancolique, terriblement dominatrice. Je te vois, derrière mes paupières closes, ton visage si haï et adulé, accomplissant tout ce que l'on n'a pas eu le temps de faire, souriant telle une chimère lointaine et désormais hors de portée.
Et aux aurores, lorsque mes paupières s'ouvrent, elles sont toujours lestées de larmes, ayant tracé leur chemin du passé au présent, du souvenir au désir, de la vie à la mort, du bonheur à l'abandon.

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