Chapitre 2

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New York, la ville où les beaux partis ne manquent pas. Celle également où les filous et les arnaqueurs pullulent. Nous avions tous entendu parler de cette histoire ignoble. De cette jeune fille de bonne famille mariée en toute confiance à cet homme parvenu à tromper tout le monde. Joueur invétéré, porté sur la boisson et les endroits peu recommandables, il avait dilapidé sa dot, celle de sa famille, emprunté à ses proches pour disparaître enfin. Et cette pauvre fille, évidemment éprise jusqu'à en mourir, restée seule et enceinte, contrainte de travailler dur pour ne pas mourir de faim. La pire version de l'histoire mentionnait qu'elle se trouvait aujourd'hui dans une maison où les femmes montent à l'étage s'allongent pour de l'argent et que son bébé fut mort-né.

Je ne voulais pas finir ainsi. Je ne faisais pas confiance à ces hommes trop bien habillés qui me saluaient, ôtant leur chapeau et fixant plus mes courbes que mes yeux. Mais je n'avais pas trop le choix, il me fallait un époux.

Un petit orchestre à cordes distillait une musique agréable à l'oreille et je préférais rester dans mon coin à les écouter plutôt que de me montrer. Dissimulant mon visage la plupart du temps derrière un éventail de soie et de dentelles, je me faisais discrète. Ce qui me donnait l'opportunité, au risque de m'ennuyer à mourir, d'observer la salle ainsi que les invités.

— Me feriez-vous la joie d'accepter mon bras pour une danse ? me fit un jeune homme en habit militaire.

Je secouai la tête et mentis.

— Je suis désolée, mon fiancé ne va pas tarder et il est très jaloux.

— Oh... toutes mes excuses mademoiselle. Passez une bonne soirée.

Cet argument était le meilleur que j'aie pu trouver. Par chance, mon père ne s'était pas joint à nous. Et belle-maman était trop occupée à se faire remarquer elle-même auprès des quelques personnes influentes présentes. Quant à moi, à force, je mourrais de faim. Je m'approchai du buffet et me décida à refermer mon éventail le temps de calmer mon estomac.

— Oh ! Bonsoir !

Pas de chance, j'étais tombée juste à côté d'un chercheur de dot. Depuis tout à l'heure, je le voyais tourner autour des jeunes femmes et des jeunes filles. C'est vrai qu'il était séduisant. Ses yeux surtout. D'un bleu azur intense.

— Bonsoir, fis-je assez sèchement, espérant qu'il comprenne que la conversation se terminait avant même d'avoir débuté.

— Mademoiselle Chapman n'est-ce pas ? Votre père tient une boutique dans l'East side.

— Nous nous connaissons ?

Il sourit, baissant les yeux un instant, comme perturbé que je ne l'aie reconnu.

— Non. En effet non, nous ne nous connaissons pas.

— Alors comment connaissez-vous mon nom ?

— Parce qu'il est sur toutes les lèvres. La fille de la mercerie cherche un bon parti. Si vous ne vous teniez pas aussi à l'écart, vous le sauriez. Tentez-vous d'éviter quelqu'un ? Je puis me faire passer pour votre cavalier si vous voulez.

— Et annihiler vos chances auprès des célibataires en vue, je ne voudrais pas gâcher votre soirée.

— Je vois que je ne suis pas le seul à observer. Qu'y a-t-il de mal ? La plupart sont ici pour ça.

— Pas moi.

— Alors pourquoi ?

— Parce que... c'est une idée de ma belle-mère, elle tient à me voir mariée dans l'année si vous voulez tout savoir.

— C'est ce que toutes les jeunes filles font non ?

— Je n'en ai pas envie, pas encore.

— Alors vous adoptez la bonne attitude. Laissez-moi vous accompagner et je vous assure que vous repartirez d'ici bredouille.

— Vous n'oserez rien de compromettant n'est-ce pas ?

— Mis à part odieusement me servir au buffet, non. Je le jure ! fit-il tout en levant la main gauche.

— Pour jurer, c'est la main droite. Mais j'accepte.

— Je m'appelle James. James Flynn.

Je m'apprêtais à faire les salutations d'usage lorsqu'un homme déboula dans la salle. Son visage ainsi que ses vêtements étaient noirs de suie et lui, complètement paniqué. Il dut reprendre son souffle aidé par quelques invités qui lui firent boire un verre d'eau avant de pouvoir s'exprimer.

— Un terrible incendie s'est déclaré à quelques pâtés de maison d'ici. Les pompiers sont sur place, mais ont du mal à maîtriser les flammes. Pour votre sécurité, vous devriez tous rentrer chez vous. 

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