Mauvaises nouvelles

Depuis le début

Elisabetta s'approcha et quand Gabriel l'aperçut, il se précipita vers elle :

- Lisa, rentre à la maison s'il te plait. Ta place n'est pas ici.

- Que se passe-t-il Gabriel ? Depuis quand discutes-tu avec nos ennemis ?

- L'Allemagne a envahi la Pologne il y a trois jours. La France, qui soutient les Polonais, a décrété la mobilisation générale et...le gouvernement a déclaré la guerre à l'Allemagne.

Atterrée, la jeune fille dévisagea son frère : elle savait ce que cela signifiait. Son père et ses frères allaient devoir quitter Merusaglia, ils allaient devoir rejoindre les troupes françaises sur le continent. Elisabetta se précipita vers sa demeure et lorsqu'elle entra dans la cuisine où se trouvait sa mère et sa grand-mère, elle tomba dans les bras de son aïeule en pleurant.

- Lisa ? Lisa, que se passe-t-il mon enfant ?

- Oh grand-mère c'est terrible, nous sommes en guerre ! La France a déclaré la guerre à l'Allemagne !

Alba Casaleccia se tourna vers sa belle-fille sans chercher à cacher son inquiétude :

- Ils vont tous partir n'est-ce pas ?

Louise Casaleccia secoua la tête d'un air las :

- Matteu pourra sans doute rester à la maison, il n'a pas fait son service militaire. Mais Gabriel, François et Jean devront sans doute rejoindre Bastia comme l'année dernière. Dumé a dépassé la limite d'âge. J'espère qu'il ne sera pas appelé lui aussi.

En fin de journée, Elisabetta et toutes les femmes du clan Casaleccia, comme celles de toutes les autres familles du village, se rassemblèrent pour saluer tous les hommes en âge de rejoindre les troupes françaises qui devaient se rendre à Bastia le plus rapidement possible. La jeune fille remarqua que Leandru Venazzi se tenait à l'écart. Elle savait qu'il était trop jeune pour combattre et, manifestement, cela ne lui plaisait pas de se retrouver au milieu des femmes, des enfants et des vieillards. Le regard des deux jeunes gens se croisa brièvement et Elisabetta sut immédiatement que la haine que le cadet des Venazzi avait pour elle n'avait pas disparue.

Les deux chefs de clan donnèrent leurs dernières recommandations à leurs fils restant au village puis ce fut l'heure des adieux. Elisabetta fondit en larmes dans les bras de Gabriel.  À cet instant précis, elle ne se souciait plus du regard perçant de Leandru Venazzi posé sur elle : elle ne songeait qu'à son frère adoré qui allait risquer sa vie en partant au front.

Lorsqu'elle s'écarta de Gabriel, Elisabetta frotta lentement ses yeux rougis. Elle remarqua alors que Leandru s'était approché de son frère aîné et elle fut très surprise lorsqu'ils se firent une brève accolade. Le jeune homme essuya rapidement une larme qui coulait le long de sa joue mais quand il croisa à nouveau le regard d'Elisabetta, ses yeux ne reflétaient plus que sa haine profonde à l'égard de la jeune fille. Cette dernière savait également que de l'avoir surpris ainsi, dans un moment de faiblesse, n'allait sans doute pas lui plaire.

Pour ne pas risquer de subir la colère de Leandru Venazzi, Elisabetta ne s'attarda pas et elle rentra chez elle avec sa mère et sa grand-mère. La soirée fut triste : personne n'avait envie de parler et chacun tentait d'éviter le regard des autres. 

Elisabetta se coucha très tôt après avoir prié pour que ses frères reviennent sains et sauf au village.

Le mois de septembre s'écoula lentement. Dumé Casaleccia avait perdu sa joie de vivre : il lui arrivait souvent de s'assoir sur le banc installé devant sa maison afin de guetter la route et la plaine, comme s'il espérait revoir ses fils partis au front.

Cum' un cantu di libertaLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant