Elisabeta - Chapitre 9

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« Nous prenons bonne note de votre demande et attestons que Giovanna Marie Santinoni est considérée comme étant officiellement décédée le 24 juillet 2004. Vous trouverez ci-joint une copie du certificat de décès. »

Lettre de Louisa Santinoni, grand-mère de Giovanna, adressée au Rettore



Giovanna
 Positano (région de Naples), Italie
Janvier 2015


Je réalise que je me suis endormie quand je lève les yeux sur le plafond sombre et inconnu au-dessus de moi. Il me faut quelques secondes avant de me souvenir que je ne suis plus seule dans le refuge : j'entends le claquement des talons de ma sauveuse sur le plancher du salon. Comment a-t-elle dit qu'elle s'appelait ?

Saraï.

Elle m'a surprise dans mon sommeil alors que je tentais vainement de reprendre le contrôle. Le manque me fait perdre la tête depuis des jours, et je n'osais pas sortir de la maison. Lorsqu'elle est arrivée... J'ai cru que les chasseurs du Rettore m'avaient retrouvée. L'idée que Luciano puisse demander de l'aide ne m'a même pas effleurée.

Je devine que le soleil s'est levé ; j'en ressens les rayons à l'extérieur. Toute la chambre est plongée dans le noir, pourtant. J'ai l'impression de devenir dingue... Ces dernières semaines, la voix de l'inconnu murmurant dans ma tête et l'inquiétude de Luciano m'ont tapé sur le système. Impossible d'occulter l'un et l'autre, si bien que j'ai fini par fuir. De toute façon, la situation se révélait de plus en plus inextricable, et nous nous enfoncions dans un bourbier sans nom.

Le bruit des pas de Saraï se rapproche dans le couloir ; elle entre dans la chambre, auréolée d'une faible lueur qui la fait ressembler à une déesse solaire. J'ai cru l'avoir rêvée...

— Tu n'es pas partie, fais-je remarquer en me redressant.

— Tu t'attendais à ce que je m'en aille ?

— Un peu, oui.

Même sa voix me paraît irréelle, douce et basse. Elle s'assoit à côté de moi et pose sa main fraîche sur mon front brûlant, soucieuse.

— Comment tu te sens ? s'enquit-elle.

— Je suis très fatiguée. Mais tu es arrivée au bon moment, je crois.

Enfin, Saraï sourit. Ses yeux ambrés s'illuminent de mille feux. Je l'interroge encore :

— Comment m'as-tu trouvée ?

— Luciano a demandé de l'aide à mon mari. Il ne savait plus quoi faire, il craignait que tu sois partie, que tu aies quitté le pays.

— Ton mari ?

— Oui, Carmine. Je te l'ai dit hier soir. Tu ne t'en souviens pas ?

— Pas vraiment.

Toute la conversation de la veille m'apparaît floue et confuse. Je crois me rappeler avoir été brutale avec Saraï, et terrorisée à l'idée que l'on vienne me faire du mal. Je prends sa main dans la mienne, observe l'alliance d'acier à son annulaire. Les immortelles du Cercle ont toutes pour obligation de se marier, qu'elles le veuillent ou non. Je suppose que si je ne risquais pas la mort, je devrais me plier à ces règles-là. Si encore je pouvais me marier à Luciano... Mais ce dernier n'en a pas le droit. Il est soumis à l'obligation de vivre avec un Gemello, la sentence à une faute commise il y a longtemps.

Elisabeta + SintevalLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant