Chapitre 12

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J'ai ramené Pablito avec moi à la maison

J'ai ramené Pablito avec moi à la maison. Bien évidemment, ma mère l'a accepté, sans poser aucune question sur sa vie, sur sa situation. Elle était même heureuse d'avoir une bouche de plus à nourrir chaque jour, vous connaissez sûrement le mental extraordinaire de nos mamans.

S'il y avait assez à manger pour 5 autour d'une table, il y aura toujours assez pour dix. C'était comme ça chez nous : partage et générosité. Alors il a pris le lit de Nahil, avec un léger pincement dans le creux du cœur, de son côté comme du mien. Bien sûr, Pablito participait aux tâches quotidiennes, jour après jour.

 Il se levait de temps à autre pour Fajr et faisait de plus en plus ses prières à l'heure. Il aidait ma mère pour les courses, la cuisine et pour mes petites sœurs. Il était réellement quelqu'un de ma famille, nous avions certainement le même ADN et ça, ce n'était pas discutable.

Pour moi, j'avais imposé ma routine. Le travail se passait bien. J'y passais de plus en plus de temps. Tout le monde allait bien à la maison, la santé allait pour le mieux. Un soir, moi et Pablito étions posé, chacun sur son lit. Le sommeil, la fatigue, personne n'était au rendez-vous, tous nous avait délaissés...

Pablito : « Yaz, tu dors... ? »

Yazid : J'essaie...

Pablito : Il faut que je la sorte de là.

Yazid : De quoi tu parles ? Avais-je dit en me relevant sur le côté du lit.

Pablito : Inès ! Il faut que je la sorte de là. Il faut que je l'aide, comme toi tu m'as aidé.

Yazid : Tu lui dois rien à cette fille Pablito, elle est remplie de soucis.. Règle d'abord les tiens ou ça va mal finir.

Pablito : J'ai le cerveau retourné depuis que je l'ai croisé. J'arrête pas de me demander comment un homme peut faire autant de mal à une femme si belle, si douce, si fragile. Comment c'est possible ça ? Regarde-nous, nous les hommes. Capable de tout pour qu'une femme nous confie son cœur et une fois qu'il est entre nos mains, prêt à tout pour le broyer avec nos dix doigts.

Yazid : Ne dis pas « nous » Pablito. C'est en disant ce genre de chose qu'on finit par se convaincre que tout le monde se ressemble et que tout le monde est pareil. Or, tout ça est faux. Et c'est à nous de le prouver aux autres, c'est à nous de démontrer que tous les hommes sont différents.

Pablito : Il est dans la nature de l'Homme avec un grand H de faire du mal, c'est ce que je voulais dire. Il faut que je me range Yazid, comme toi, comme Nahil. Si je règle mes soucis, j'arriverais à l'aider aussi.

L'adhan (appel à la prière) a retentis dans ma chambre, dans le salon et dans la cuisine. SubhanaAllah quelle « coïncidence ». A force de parler et de parler, Fajr avait pointé le bout de son nez, pour nous emporter loin des hypocrites. C'est comme si c'était un appel pour Pablito. Comme pour dire « Commence par me prier, puis les autres prières suivront toutes seules ». Je l'ai entendu rire, puis soudain, je me suis également mis à rire. Nous savions, lui et moi, que tout ça était un signe du Tout-Puissant. Un signe qu'il était l'heure pour lui, c'était son moment.

Fièrement, comme deux frères, nous avons fait les ablutions ensemble. Puis côte à côte nous avons rejoint le salon où ma mère et mon père nous attendait. Alors que nous allions commencer à prier, un petit « Attendez-moi » à caressé nos oreilles.

Du haut de son mètre cinquante, Suheyla accourait elle aussi à la prière du levé du soleil. Elle était si contente de son nouveau foulard, rose pâle. Elle avait économisé quelques jours pour pouvoir se l'acheter en sortant de l'école. L'heure était à la piété, la fierté, la religion.

Et même dans ce moment-là, mon cœur était à Nahil. Comme mon frérot me manque si vous saviez. Si vous ressentiez mon mal-être. Toute la famille était réuni, toute ou presque. Il me manquait ma base, mon jumeau, mon égal. Il me manquait mon poumon droit, celui qui de base, dirige cette prière. Il est tout ce que j'aime, tout ce dont j'ai besoin.

Le cœur lourd, je me suis prosterné sur ce tapis. J'avais tant envie de pleurer son absence, j'en avais tant besoin. Mais en jetant un coup d'œil, j'ai aperçu ma petite perle à moi, mon trésor verser des larmes de chagrin et mon cœur s'est fracassé contre un mur de tristesse. Que pouvait-il la ronger à ce point ? Les femmes ça ne pleurent pas, surtout à cet âge. Alors je me suis relevé fièrement, comme un homme devrait le faire.

Après la prière et sans un mot, Suheyla a pris son tapis contre sa poitrine, a baissé la tête, le regard vers le sol, puis elle est retournée se coucher. Je crois que j'étais le seul à la voir pleurer. Personne d'autre ne l'avais vu. Mais au-delà de la voir, ça m'avais déchiré le cœur. Et cette fois-ci la plaie était à vif. J'aimerais comprendre, j'aimerais savoir.

Et en même temps j'étais freiné. Freiné parce que je ne voulais pas être le grand-frère intrusif que certains sont. Moi je tenais à la liberté personnelle de ma petite sœur, son jardin secret. Et ce même si elle n'était qu'une adolescente. Elle avait le droit d'avoir de la peine, tout autant qu'une autre femme d'ailleurs.

Elle sait que si elle a besoin de me parler, je serais là. Je serai là jusqu'à la fin de sa vie, je serais toujours là d'ailleurs. Je me battrais pour son bonheur, pour sa vie. Je lui donne tout mon amour, sans cesse, sans interruption. Je l'aime comme on aime sa mère, comme on aime sa fille. Je l'aime démesurément et ça personne ne me l'enlèvera.


Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT!