Chapitre 8-1

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La vibration me remonta jusque dans l'épaule, tandis que notre visiteur indésirable s'acharnait à vouloir pousser le battant dans le mauvais sens.

— Mais que ce passe-t-il donc ici ? entendis-je ronchonner une petite voix grêle et chevrotante, m'indiquant que la personne se trouvant dans le couloir devait avoir un certain âge. 

— Rien de grave, juste un problème de porte ! Arrêtez de pousser que je la débloque, m'empressai-je de répondre, le soulagement inondant tous mes sens.

Je jetais un bref coup d'œil à Cat, recroquevillée dans le fond du cagibi.

— Tout va bien, lui chuchotai-je précipitamment. Surtout reste là et ne fais aucun bruit, ajoutai-je en refermant la porte, sentant le poids de son regard paniqué et terrifié me coller à la peau.

À peine avais-je eu le temps de lâcher la poignée, que le battant s'ouvrait avec fracas, sur une petite mamie fulminante en fauteuil roulant. Voyant qu'elle avait des difficultés à manœuvrer et qu'en plus elle me bloquait le passage, je m'avançai spontanément pour l'aider.

—  Bas les pattes ! je peux me débrouiller toute seule. Vous n'êtes déjà pas capable d'ouvrir une simple porte correctement alors poussez-vous de mon chemin. C'est encore ce que vous avez de mieux à faire !

Éberluée par sa diatribe méchante autant que par son ton désagréable, je laissai passer la harpie prête à me précipiter dans le couloir, quand je croisai son regard. Un petit coup d'œil furtif et calculateur qui me disait que « tatie Danièle » avait une idée derrière la tête. Je subodorai que la mégère se précipiterait sur la porte du placard dès que je serais sortie de la pièce et même si elle n'avait pas l'air dangereuse, il ne fallait jamais sous-estimer les personnes acariâtres qui n'avait plus pour seule distraction que la nuisance.

Je changeai d'avis et me dirigeai donc vers les lavabos pour me laver les mains, bien trop consciente du temps qui filait à toute vitesse. La vieille pie me fixa pendant quelques secondes, avant d'entreprendre de se lever de son fauteuil avec moults soupir et claquement de langues exagérés. Une fois debout, elle se dirigea très lentement et en pestant à chaque pas dans ses charentaises trop grandes, jusqu'à la cabine la plus éloignée d'elle dans laquelle elle s'enferma.

Je m'apprêtai à sortir quand mon regard tomba sur le fauteuil. Le voler était risqué, car sa propriétaire aller certainement hurler et alerter tout l'hôpital, mais cela nous ferait gagner un temps précieux. Je n'hésitai plus et desserrant le frein, fis rouler le fauteuil jusqu'au placard, dont j'ouvris la porte à la volée. Puis un doigt sur les lèvres pour bien faire comprendre à Cat de ne pas faire de bruit, je lui indiquai de grimper sur le siège. Bien que toujours flageolante, elle s'exécuta rapidement et je m'empressai de la pousser hors des toilettes.

Une fois dans le couloir, je stoppai, momentanément désorientée avant de repérer la plante verte moribonde devant laquelle j'étais déjà passée.

— Tiens, mets ça sur tes genoux, lui dis-je en lui tendant une fine couverture trouvée coincée dans le rangement derrière le dossier. Et garde la tête baissée, lui murmurai-je en accélérant l'allure et en courbant la mienne à mon tour.

On n'avait plus qu'à prier pour ne croiser personne qui nous reconnaisse, me dis-je en continuant à avancer d'un pas décidé vers l'entrée principale. J'avais pris de l'assurance depuis que j'avais pu mettre une explication logique sur toute cette histoire. C'était triste, mais simple. Une fois que ses proches l'auraient récupérée et fait "disparaitre", elle serait en sécurité et ma vie pourrait reprendre son cours, morne et normal.

Si nous voulions passer le plus inaperçu possible, le mieux était encore d'agir le plus naturellement du monde, sans se cacher. Les gens ne remarquent pas les personnes qui agissent comme elles s'y attendent, du moins c'était l'idée. Nous arrivions enfin en vue du hall principal, lorsque l'un des hommes déboula subitement dans le couloir que nous suivions, balayant l'espace autour de lui de son regard perçant.

Il me fixa, ses yeux semblant vouloir me percer à jour. M'avait-il reconnu ? Avait-il reconnu Cat ? Le temps devint comme...figé tandis que la panique me gagnait, m'empêchant de respirer. Mes poumons parurent carrément se bloquer lorsque son regard glissa vers le fauteuil, où il ne s'attarda qu'un bref instant. Nous nous croisâmes devant un embranchement de couloir qui partait vers la droite et je fus un instant tentée de l'emprunter. Mais d'un, j'avais peur que cela lui mette la puce à l'oreille et de deux, je voyais la lumière qui se déversait du hall lumineux à a peine quelques mètres de là. La sortie était si proche...ce n'était pas le moment de faire encore un détour, surtout qu'il nous dépassa sans un regard supplémentaire, me confortant dans mon choix. 

Je continuai à avancer comme si de rien n'était malgré la boule qui m'oppressait la poitrine et ne semblait pas vouloir partir. Les quelques mètres qu'il nous restait à parcourir me parurent interminable et la courte distance jusqu'aux portes vitrées, plus encore et je ne retrouvai un semblant de calme que lorsque nous débouchâmes au grand air.

J'avançai encore machinalement, essayant de retrouver une respiration normale, quand je jetai enfin un véritable regard autour de moi. Le parking était vide ! D'un geste nerveux je secouai légèrement Cat qui s'était assoupie. 

— Tu es certaine que c'est le bon parking ? lui demandai-je d'une voix anxieuse et légèrement accusatrice.

— Ils m'ont dit le parking visiteur, me répondit-elle d'une voix pâteuse et un peu hachée. Ce n'est pas celui-là ?

— Apparemment non ! Regarde par toi-même, lui dis-je en lui désignant du bras les grands panneaux blancs où était écrit :

Parking visiteur sud – Fermé pour travaux.

— Ils ne devaient pas être au courant ! essaya-t-elle de se défendre en tournant vers moi ses grands yeux apeurés.

— Tu es certaine d'avoir bien lu le sms ? C'était peut-être le parking nord ?

— Non, je suis sûre que c'était bien celui-là, m'affirma-t-elle avec tout de même un soupçon de doute dans sa voix.

— Vérifie pour être sûre, lui demandai-je de plus en plus inquiète que les deux malabars ne finissent par nous repérer, là toutes seules au milieu du parking désert.

Elle sortit maladroitement le téléphone, qu'elle avait caché sous sa cuisse avant d'appuyer sur le bouton central, une fois, deux fois, puis de manière répétitive et désespérée.

— Laissez-moi deviner...plus de batterie ? dis-je d'une voix sarcastique. Ce doit être une blague, ajoutai-je en me prenant la tête dans les mains et en rigolant à moitié...sûrement les nerfs ! Bon, on ne peut pas rester là, dis-je en me ressaisissant et en commençant à me diriger de nouveau vers l'entrée de l'hôpital.

— Non ! Qu'est-ce que vous faites ? On ne peut pas retourner à l'intérieur ! Il faut...

— Pas de panique, je comptais juste rejoindre la rue. Avec un peu de chance tes « amis » auront la présence d'esprit de se garer le long du parking, lui expliquai-je d'une voix qui commençait sérieusement à manquer de patience.

Un courant d'air froid balaya soudain mes cheveux devant mon visage, me faisant frissonner dans mon pull insuffisant pour faire barrage au froid de cette journée de novembre. Je vis Cat se draper dans la couverture pour se protéger elle aussi de la bise pénétrante. Nous ne pourrions pas rester dans ce froid, sans manteau, très longtemps. J'allais tenter de la convaincre une dernière fois de retourner au chaud, à l'intérieur, quand mon regard dériva vers le hall éclairé.

Sans réfléchir je tirai brusquement Cat de son fauteuil, à la seconde où j'aperçus l'homme qui nous avait croisé dans le couloir, apparaître derrière les baies vitrées et fixer sur nous son regard de prédateur. Le temps parut s'arrêter de nouveau, jusqu'à ce que ses lèvres ne s'étirent en un rictus effrayant et qu'il ne se rue sur les portes automatiques, nous bloquant toutes retraites.

Ombre Fauve (sous contrat d'édition )Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant