VI - Le vieux canif

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La semaine s'annonçait belle, le printemps était au rendez-vous, et avec lui, les rayons du soleil apportant énergie et allégresse. Aujourd'hui, le congé exceptionnel d'un mois que Louis avait accordé à Marie prenait fin. À cette heure, elle devait déjà être arrivée aux bureaux, mais je ne la verrai pas, car j'entrais en repos à ce jour pour deux semaines. Mes congés démarraient de concert avec son retour, et ce n'était pas un hasard. Je ne me sentais pas prêt à répondre aux questions qu'elle allait me poser, et je n'avais trouvé que ce pitoyable stratagème pour en repousser l'échéance. Ainsi, non sans un brin de culpabilité, je me prélassais à la terrasse du « résistant », en train de siroter le délicieux mojito que Tony venait de me servir, quand, la vision d'une silhouette familière me le fit recracher de surprise. Dans l'opération je m'étouffais, et alors que je tentais d'absorber tant bien que mal, quelques bouffées d'air, ma surprise se muait en effroi.

Il avançait tranquillement vers moi, la démarche décontractée. Basculant fièrement d'avant en arrière un front fuyant, reposant sur un regard haineux, et la mâchoire musclée d'un pitbull. Jusqu'alors, je l'avais tout juste aperçu en haut d'un toit, et plus tard, de profil dans le journal local, mais aucun doute, c'était bien lui ! Que faisait-il dehors !? À cette heure, il aurait dû gésir à l'ombre des barreaux d'une cellule ! Au lieu de cela, il se pavanait dehors, arpentant la rue même où je me situais. Comment m'avait-il retrouvé, plus incroyable encore, par quel miracle connaissait-il mon identité ? J'étais pétrifié, comme un lapin apeuré par les phares d'une voiture. Il avançait vers moi, mais je ne trouvais pas le courage de me lever de ma chaise, j'étais incapable de fuir. Cette situation n'était pas normale, quelque chose clochait. Quand il passa à mes côtés, sans me porter la moindre attention, un froid glaçant me parcourra le dos, comme si un spectre malfaisant m'avait traversé de part en part.

Le molosse n'était pas là pour moi, notre rencontre n'était que fortuite. Je n'avais rien à craindre ! Bien sûr, il ne pouvait savoir qui j'étais ! Le hasard était seul responsable de la croisée de nos chemins. Non, je n'avais rien à craindre ! Au fur et à mesure que mon antagoniste s'éloignait, sans avoir la moindre idée de qui il venait de passer, je retrouvais graduellement mon calme. Apaisé, je pouvais à nouveau faire appel aux mécanismes rationnels de mon cerveau. Et ce dernier me criait de découvrir au plus vite, comment la justice avait pu relâcher ce malfrat de la pire espèce. Bien sûr, j'avais conscience des défaillances du système judiciaire. Mais bon sang ! Cela ne faisait que quatre mois que le Molosse avait été pris la main dans le sac, avec trois kilogrammes d'héroïne pure !

Une heure plus tard, après être rentré à mon appartement, je m'armais de mon ordinateur portable. Il ne me fallut que quelques minutes pour avoir le fin mot de l'histoire. Jugement et application de la peine il y avait bien eu : six mois de prison, dont trois fermes, assorties d'une amende de quinze mille euros. J'étais bouche bée, cela faisait déjà un mois que le gredin se baladait à l'air libre. Comment les autorités pouvaient prétendre vouloir enrailler le trafic de drogue, en prononçant des sentences si laxistes. Le montant de l'amende, devait tout juste avoisiner le profit d'une semaine de business pour le Molosse.

Accusant le choc, je restais hagard un moment, avant d'entendre monter en moi, le son des tambours de la colère. Furieux, je frappais violemment le clavier de mon ordinateur portable, faisant sauter une de ses touches au passage. L'amateur que j'étais avait tourné le dos à son adversaire, pensant l'avoir mis KO, mais celui-ci s'était relevé sans difficulté. La cloche avait retenti, et s'apprêtait à le faire de nouveau pour marquer le départ du second round. Le piège que je lui avais tendu avec succès ne fonctionnerait plus, j'allais maintenant devoir trouver une autre stratégie. Et cette fois-ci, je ne m'appuierai pas sur un système judiciaire déficient, la sentence devrait être délivrée par mes propres soins.

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