Coma 2

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Partie 2

Elle m'observe sans rien dire. Sur la retenue. Une timide, sans doute ? Je me sens bien plus éveillée d'un coup. Qui est-elle ? Je lui souris légèrement et entame le dialogue.

– Bonjour.

– Bonjour, Jordan. Comment te sens-tu ?

– J'ai soif.

Elle se précipite sur le verre d'eau et s'approche de moi pour m'aider à boire. Je le lui prends des mains et elle se recule tandis que je trempe délicatement mes lèvres dans le verre. Je laisse passer un filet d'eau dans ma gorge. C'est divin. J'imagine mon palais passer d'un désert craquelé à une bonne terre bien arrosée. Ah ! Toujours bloquée par la perfusion. Elle se charge de reposer le verre. Nous voilà, à nouveau face à face. Elle se mord la lèvre inconsciemment. Pour un peu, je dirais que je lui fais peur. En tout cas, elle ne sait pas comment m'aborder. Bon, je vais devoir aller à la pêche.


– Qui êtes-vous ?


Sa bouche s'ouvre dans un O muet et elle déglutit. J'aurais dû le savoir apparemment.


– Angelina.

– Ça, je sais. J'ai entendu. Mais vous êtes qui pour moi ?

– Tu ne le sais pas ?

– Non. J'ai un trou noir dans la tête.

– Je vais chercher un médecin.

Elle se précipite vers la porte. Ah non ! Elle va pas me planter là !

– Stop !


Elle s'est arrêtée net dans l'embrasure et me regarde, interrogative. Je lui fais signe de revenir. Elle se rapproche un peu, mais pas trop.


– Dites-moi d'abord.

– Je ne sais pas si c'est bien. Le médecin...

– Je veux savoir.


Elle hésite encore. Non, mais c'est si compliqué que ça ? Je fronce légèrement les sourcils. Elle s'empresse alors de me répondre :


– Je suis Angelina... ta petite amie.

– Petite amie ? Comme « en couple » ?

– Oui.


Je la regarde de haut en bas. Non, non, je n'ai pas rêvé :


– Mais tu es une fille !

– Euh... oui.

– Je suis gay ?


Elle semble paniquée tout à coup. Et cette fois, je ne peux la retenir, elle franchit la porte. Je suis gay ? Première nouvelle ! Je me sens pas gay. À vrai dire, je me sens pas triste non plus. Ah, je me fais rire toute seule. Je suis clown aussi ? Faudra que je lui demande. Et je me rappelle pas de ma petite amie. Ça, ça craint. Je ferme les yeux. Surtout ne pas paniquer. Du recul. Ok, je me rappelle de rien. Comme si ma vie débutait à mon réveil. Mais y'a ma... enfin... y'a Angelina. Elle me connaît, elle pourra m'apporter des réponses. Enfin, si elle dit la vérité... Comment je peux savoir ? OK, pas de paranoïa. Je respire, lentement. Elle semble stressée, anxieuse. Cela ne doit pas être facile pour elle non plus.

Le médecin arrive tout seul. Il m'examine, me pose des questions. Il me fatigue. Je l'interromps :


– Je sors quand ?

– Doucement, mademoiselle. D'abord, il faut vous réalimenter normalement, ensuite vous mobiliser et après on pourra envisager une sortie.

– Combien de temps ça va prendre ?

– Cela dépend de votre organisme mais vous êtes jeune. Pas plus de quelques jours.


Il faut que je lui pose la question mais je suis pas sûre d'avoir envie d'entendre la réponse.


– Reposez-vous. Je vais vous faire porter un bouillon pour commencer.

– Et ma mémoire ?

– On ne peut pas savoir à ce stade. Ça reviendra ou pas. Il faut être patiente.


Il quitte la chambre. Je me sens seule et démunie. Je dois récupérer au plus vite. Retrouver mon autonomie. Et ma mémoire. Qui je suis ? Qu'est-ce que je fais dans la vie ? Pourquoi je suis là ? Je retrouve le regard interrogateur d'Angelina. Elle est mignonne et a l'air gentille. Mais je me vois pas... Elle se rassied face à moi. Elle a l'air franchement mal à l'aise. Ça m'embête. Faut que je la détende un peu, non ?


– Pas facile comme situation, hein ?

– Non, c'est sûr. Tu as besoin de quelque chose ?

– Ma mémoire ?


Un maigre sourire s'affiche sur son visage un peu enfantin.


– Ton médecin souhaite que je t'en dise le moins possible. Pour que tu retrouves toi-même tes souvenirs.

– Ouais. Il est pas à ma place, lui. J'aime pas les médecins.

– Ça, ça a pas changé.

– Qu'est-ce qui a changé ?


Elle hésite puis élude la question.


– Veux-tu encore un peu d'eau ?

– Non, merci. Parle-moi de toi, alors.

– Je suis institutrice.

– Ah ! C'est chouette comme métier. Tu le fais depuis longtemps ? Tu as quel âge ?


Elle me regarde incrédule. J'ai pourtant pas l'impression d'avoir dit une connerie. Puis, elle me donne son âge, vingt-cinq ans. Oh ! Je lui aurais donné un peu moins. Elle se détend progressivement en parlant de son métier et en voyant que j'y porte de l'intérêt, son visage s'illumine peu à peu. 

La roue du destin - Coma !Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant