Chapitre 10

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Lorsque Théa se déshabille, le monde entier devient lumière.

Il ne se lassera jamais de la contempler.

Peut-être aurait-il dû attendre avant de formuler sa requête ? Il a eu tort, il va l'effrayer. Elle se sauvera en courant.

Il sait déjà qu'elle va lui échapper.

S'il veut la photographier, c'est pour garder un peu de sa lumière.

***

- Tu veux me prendre en photo, moi, toute nue ? Pourquoi ?

Je songe à des rumeurs que j'ai entendues, des photos qui se sont retrouvées sur internet, des revanches de mecs. Je sais que ça pourrait se retourner contre moi. Il devine ma crainte, la devance :

- Je te promets que je ne montrerai les photos à personne, Théa.

Il a l'air si grave que je suis presque tentée de le croire.

- Non.

Je me redresse, fière d'avoir refusé. Je ne suis pas en pâte à modeler, je ne vais pas me laisser retourner la tête par un mec que je connais à peine, simplement parce que j'ai envie de lui.

Une ombre passe sur son visage. L'espace d'une seconde, je crois lire, dans ses yeux, quelque chose qui ressemble à du désespoir. Pourtant, à ma grande surprise, il n'insiste pas. Il se contente de hausser les épaules.

- Comme tu voudras, Théa.

- Comment ça, comme je voudrais ?

Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. Comme s'il avait tort d'accepter mon refus ! C'est ridicule. Je suis ridicule. Il attrape son paquet de cigarettes, en sort une, l'allume. Il inspire longuement avant d'exhaler la fumée.

Je n'aime pas trop l'odeur, et je sais que ça ruine la santé. Malgré tout, je ne peux pas m'en empêcher : je le trouve sexy, avec sa clope au bec.

Le bleu de ses yeux, ses pommettes hautes, sa façon d'entrouvrir les lèvres.... J'ai envie de lui sauter dessus.

- Je ne vais pas te forcer à poser pour moi. Je ne vais pas non plus te forcer à coucher avec moi. Tu fais ce que tu veux, Théa.

- Mais pourquoi tu veux me photographier ?

- Parce que tu es belle.

Il dit ça comme si c'était une évidence. Ça ne prend pas. Il me l'a déjà fait, ce coup-là.

- Arrête avec ça. Je ne suis pas plus belle qu'une autre. Mignonne, peut-être. Sans plus.

- Non.

J'attends qu'il s'explique, qu'il me dise ce qui lui plaît tant en moi. Il se tait, se contente de me fixer de son regard trop intense. Décidément, le dialogue ne va pas très loin, entre nous. Pourtant, comme s'il avait senti ma frustration, il reprend la parole.

- J'adore prendre des photos. Le monde est différent, quand on le regarde à travers un objectif. Toi, Théa, tu captes la lumière.

Sa main s'approche de moi. Je crois qu'il va me toucher, mais non, il s'arrête avant le contact, trace un cercle invisible autour de mon visage, de mon buste. Je me sens perdue. Essaie-t-il de m'embobiner en me complimentant ? Est-ce une technique pour m'amener dans son lit ?

Façon de parler, il n'y a ni lit, ni chambre. Juste cette couverture, et le jardin qui nous entoure. Et puis, de toute manière, je suis déjà toute cuite. Il n'a pas besoin de me séduire.

Bon, revenir au basique. Je me décide à l'interroger. Il faut que j'en sache plus sur lui.

- Tu fais de la photo ? C'est un hobby, ou tu veux en faire ton métier ?

Nouveau haussement d'épaules.

- Je ne sais pas.

- Ah ? Tu vas faire quoi, l'année prochaine ?

Il tire une dernière fois sur sa cigarette avant de l'écraser.

- Rien.

- Comment ça, rien ? Qu'est-ce que tu as mis sur APB ?

- Je ne suis pas inscrit sur APB.

Je le regarde, stupéfaite. Il ne s'est pas inscrit sur la sacro-sainte plate-forme Admission Post-Bac ? Ça fait des mois que les profs nous bassinent avec ça !

- Mais qu'est-ce que tu vas faire, alors ?

- Une pause.

- Ah bon. Et tes parents sont d'accord ?

Je me rends compte de ma connerie en disant les mots. Selon la rumeur, le père de Julien s'est envolé - à moins qu'il ne soit mort.

- Ma mère est d'accord.

Je me sens terriblement mal à l'aise, je ne sais plus quoi dire. Devrais-je m'excuser ? J'ai l'impression que nous sommes à des millions d'années lumière l'un de l'autre. Je ne le comprends pas, je ne comprends pas son absence de projet.

- Écoute, Julien, je suis désolée. Je crois que... je n'aurais pas dû venir. Je vais partir.

Je me lève. En cet instant, la fuite me semble la seule option possible.

Soudain, il attrape ma main, la serre dans la sienne.

- Ne pars pas, Théa. S'il te plaît.

Je ferme les paupières pour échapper à la supplique de ses yeux clairs. Les pensées tourbillonnent dans mon esprit. Je ne sais plus ce que je fais ici. C'est à peine si je me reconnais.

Ses lèvres se posent sur mes doigts, les effleurent d'un baiser. Un frisson me parcourt.

C'est pour ça que je suis venue, pour ça.

Je tombe à genoux près de lui. Je l'enlace, l'embrasse.

Nos lèvres se fondent.

Enfin.


Note de l'autrice : Le récit s'arrête là sur Wattpad. J'espère qu'il vous a plu ! Si vous souhaitez poursuivre votre lecture, il faudra acheter le roman : il va paraître vers la fin 2018 en version numérique aux éditions Harper Collins, collection HQN, sous le titre "Montre-moi" par Jane Deer. Eh oui, Jane, c'est moi ;-)

Le goût des cerises - Montre-moiLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant