Chapitre 10

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« J'ai pas voulu partir mais j'ai pas eût vraiment le choix

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« J'ai pas voulu partir mais j'ai pas eût vraiment le choix.  On ne fait pas toujours ce qu'on veut, moi j'ai fait ce que j'ai pu. Tout a commencé quand Nahil s'est fait arrêter. Ce jour-là je l'avais au téléphone, il me demandait de prendre de soin de votre famille en son absence.

Jusqu'à ce jour, j'ai toujours réussi à le tirer de ses galères Yazid, sauf ce jour-là. J'avais pas le droit de fauté. Ca a détruit votre famille, ça a brisé vos liens avec vos parents. Si j'avais était là ce jour-là, si j'avais pu intervenir, rien de tout ça ne se serait passé.

Alors j'me suis sentis coupable, comme jamais. J'avais foutu le désordre chez vous. Puis tu t'es dénoncé et là, c'était le summum. Vous m'avez laissé en galère tout seul, dans ce putain de monde de pourris. J'étais perdu sans vous et j'savais plus quoi faire.

Chaque fois où j'arrivais à dormir, j'étais bercé par des cauchemars. Chaque clignement de cil me rappelait votre arrestation. J'avais du mal à vivre avec cette culpabilité.

A la cité, tout le monde me regardait d'un air coupable. Tout le monde m'en voulait pour ça et ils avaient tous raison de réagir comme ça. Du moins c'est ce que je croyais. Et même si j'habite aucune de vos tours, je comprends très bien ce qu'il s'y passe.

J'y ai grandis comme chacun des rats qui s'y trouve d'ailleurs. Et la cité, j'la connais de fond en comble, j'y ai grandis, moi. Alors comme je me sentais mal, j'ai décidé de changer d'air, j'ai laissé ma mère et je suis parti chez mon cousin quelque temps, vers la capitale.

Je passais mes nuits à marcher et à regarder le monde. Toutes ces lumières, tous ces bruits. J'avais jeté mon téléphone et la SIM qui allait avec. Je voulais couper les ponts en attendant votre sortie. J'appelais ma mère de temps en temps, pour prendre des nouvelles d'elle. Elle avait prévu de partir au bled, mais voulait prendre l'avion à Paris, pour pouvoir me voir avant son départ.

Alors elle a préparé sa valise et a pris la route. Dans le périphérique, elle a fait un accident et j'ai perdu ma mère. Allah ta3ala m'a enlevé mon père quand j'étais enfant, cette fois je perdais ma mère. Imagine le déchirement.

Tout s'est ensuite déroulé très vite tu sais, le corps a été rapatrié au bled assez rapidement par ma tante qui a réglé les frais. Je suis alors resté au bled quelque temps, histoire de rester avec ma famille. 1 mois, 2 mois, 3 mois, puis je suis rentré à Paris.

Alors que je pensais me reconstruire, j'ai décidé de rentrer à la maison, pour récupérer ce qu'il restait de ma mère. Pour pouvoir me ressourcer, revoir des « amis ». En arrivant devant l'appartement, la porte était fracturée et un avis de passage d'huissier était affiché en gros sur la porte.

Ma mère était endettée jusqu'au cou et moi j'en savais rien. Alors lors de son décès, ils ont saisi tous ce qu'il y avait à saisir et moi j'avais plus rien.

La seule chose qu'il me reste d'elle ? C'est ça, cette photo d'elle et moi quand j'étais bébé. Je l'ai perdu frère et ça personne ne pourra me guérir. C'est une maladie incurable, un genre de truc qu'on soigne jamais. Une douleur éternelle. C'est pas vos p'tites blessures de moto, vos dents cassées par un foot un peu trop violent, j'ai perdu ma mère moi, j'ai pas perdu dix balle.

Alors j'ai erré dans les rues de la ville, sans que jamais personne ne fasse attention à moi. J'ai dormi dans la rue, alors tu vois, la rue j'la connais mieux que toutes ces petites merdes de la cité. J'ai dormi la tête enfoncé sur le trottoir mais j'ai jamais pris une goutte d'alcool.

Toutes ces cicatrices que tu vois là, c'est tout simplement des bagarres. Comme rarement j'en ai fait. Parce qu'une place sur le trottoir vaut plus cher que n'importe quel hôtel cinq étoiles Yazid.

Bref, j't'épargne les détails. Un jour j'me suis remis debout. J'suis retourné à la cité, plein de bonne volonté. Aucun ne m'aurait offert l'hospitalité. J'suis arrivé le mauvais jour : c'était la salât janaza d'Ozcan. Je venais d'apprendre la mort d'un frérot.

Me revoilà six pieds sous terre et si j'étais mort étouffé j'aurais moins souffert, crois-moi. Parce que le monde ne s'arrête pas à votre petit nombril, moi aussi j'ai eut mal. Moi aussi j'suis allé embrasser sa mère. Toi, t'étais-là et tu m'a même pas vu d'ailleurs, t'avais les yeux remplis de larmes, remplis de tristesse, alors non j't'en veux pas.

Alors voilà, j'espère qu'il prendra soin d'ma mère, comme j'aurais pris soin d'la sienne. J'ai donc compris que c'était moi le souci. Tous ceux qui m'approchent finissent par être touché par le malheur, alors j'ai voulu disparaitre. Parce que j'voulais vous épargner, vous qui avez déjà beaucoup souffert.

Puis ton petit frère est venu tenir compagnie à mes nuits sombres et dégeulasses. Issa est le seul qui m'a fait rire au milieu de la nuit. Je pouvais sentir la chaleur de sa main se poser sur mon épaule, quand je tremblais de froid, en plein hiver.

Aujourd'hui j'essaye juste de vivre, heureux ou pas. Je marche beaucoup, des fois je cours aussi. Comme ça quand je rentre, je m'endors plus rapidement. Ah oui, j'vis et j'dors dans un centre d'hébergement, pas loin d'ici. J'suis entouré de drogués qui se prennent pour Pablo. Si tu vois ce que je veux dire.

Et concernant ces soi-disant amis qui me cherchent à la cité. Un jour j'ai croisé Samir, mon coéquipier de galère tu te souviens ? Il est passé devant moi en me lançant un petit « meskin » d'un air moqueur. J'lui aurais bien niqué sa mère, mais j'venais de perdre la mienne. Mon corps tout entier avait lâché l'affaire.

Mais dis-lui bien, qu'un jour j'irais mieux. Ce jour-là, je retournerais voir ce p'ti enculé et j'le fumerais. Mais pour l'instant j'vais m'refaire, j'titube, j'ai la démarche bancale.

J'les déteste tous Yazid, j'les hais, tous autant qu'ils sont. Et j'ai plus besoin d'eux, d'ailleurs j'ai jamais eût besoin d'eux. Dis-leurs bien d'ma part. »

Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !