Chapitre 4-2

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— Vous avez raison, je m'en occupe. On se retrouve à l'hôpital.

Les paroles de l'homme me sortirent de mon auto-apitoiement et je me redressai en grimaçant pour voir les ambulanciers partirent rapidement, toutes sirènes hurlantes. J'étais toujours assise sur les marches de béton froid et humide, désormais seule avec le policier mystère, qui ne m'avait toujours pas adressé la parole. Quand l'ambulance eut disparu, il tourna enfin son regard vers moi et resta là quelques instants, à m'observer d'un air songeur sans vraiment me voir, perdu dans ses pensées. Puis son regard chercha enfin le mien et il me sourit gentiment.

— D'après les secouristes, vos blessures sont superficielles, affirma-t-il avec une pointe d'interrogation sceptique. Mais vu d'ici, vous n'avez vraiment pas l'air en forme, ajouta-il gentiment en s'avançant de quelques pas. Venez, je vais vous conduire à l'hôpital. Cette ecchymose à grand besoin d'être examiné.

Il me tendit la main, un sourire doux et rassurant sur les lèvres et je ne sais pourquoi, mais j'hésitai.

— Vous tremblez. Venez vous mettre au chaud dans la voiture avant que le ciel ne nous tombe à nouveau sur la tête, me dit-il certainement pour me rassurer.

Il n'avait pas plus tôt dit ça, que des trombes d'eau se déversèrent soudain du ciel plombé, nous trempant instantanément. Il se précipita pour m'aider, sans même tenter d'ouvrir son parapluie, de toute manière c'était trop tard pour nos fringues ! Il me saisit fermement par le bras et une fois que je fus debout, passa un bras autour de ma taille pour me soutenir. J'aurais bien voulu lui dire de me lâcher, mais ma gorge ne m'obéissait toujours pas et je n'étais pas certaine de pouvoir tenir sur mes jambes par mes propres moyens sans m'écrouler misérablement au bout de quelques secondes.

Même si cela était désormais inutile, il ouvrit quand même son parapluie et une fois passablement au sec, m'entraîna vers sa voiture à un train de sénateur. Je constatai avec soulagement que je me sentais un peu plus forte à chaque pas, malgré la douleur sourde de ma main et les tremblements de plus en plus violents qui secouaient mon corps trempé et courbaturé. Je n'éprouvais plus la sensation de risquer l'évanouissement toute les cinq minutes...c'était déjà un progrès !

Nous nous arrêtâmes devant le véhicule banalisé où il me fourra d'autorité le parapluie dans les mains, avant de se précipiter en courant sous le déluge pour aller ouvrir le coffre. Il revint quelques secondes plus tard et drapa une couverture polaire poussiéreuse sur mes épaules avant de reprendre son parapluie et de m'ouvrir la portière passager.

Constatant que j'avais encore du mal à coordonner tous mes mouvements, il m'aida à m'y installer en douceur. Mais alors que je prenais place sur le velours défraichit du siège, mon pied glissa et je partis en avant. Par réflexe je me raccrochai à son bras et poussai un cri de douleur inarticulé...ce n'était pas la bonne main !

— Vous êtes blessée à la main aussi ! s'écria-t-il en me saisissant doucement le poignet pour ramener vers lui ma main abîmée que je venais de coller à mon torse par reflexe. Les secouristes ont vu ça ? me demanda-t-il alors qu'il soulevait délicatement le bandage taché de sang, m'arrachant une grimace.

— Ce n'est pas jolie, ajouta-t-il tandis que je répondais à sa question par un signe de tête négatif. Ne trainons pas ici.

Il s'empressa de claquer ma portière et de balancer rapidement son parapluie trempé à l'arrière, avant de se glisser rapidement derrière le volant. Il mit aussitôt le chauffage à fond et se penchant légèrement vers moi, ouvrit la boite à gant, d'où il sortit une petite bouteille d'eau qu'il déboucha avant de me la tendre.

— Buvez, à toutes petites gorgées. Cela devrait soulager un peu votre gorge, m'ordonna-t-il gentiment tandis qu'il passait la première et rejoignait la rue déserte un petit peu plus rapidement qu'il n'aurait dû.

Je me saisis de la petite bouteille d'une main tremblante et la portait à ma bouche sans me faire prier. La première gorgée fut un supplice, à tel point que je faillis tout recracher, mais à la seconde gorgée, cela allait déjà mieux. Tandis que je m'hydratais lentement, mon chauffeur toujours silencieux alluma la radio et se concentra sur la route, plongeant l'habitacle dans une douceur réconfortante. Au bout de quelques minutes, je commençai à me réchauffer un peu. Mes tremblements diminuaient et je me sentais glisser dans une douce torpeur, que je n'avais pas la force, ni l'envie de repousser.

— Alors que s'est-il passé réellement ce soir ? me demanda mon chauffeur à cet instant précis.

Sa voix, bien que calme et posée, me fit quand même violemment sursauter me sortant brutalement de ma somnolence.

— Contrairement à l'agent Clark, je ne pense pas que ce soit une blague qui ait mal tourné, reprit-il en me jetant un bref coup d'œil entendu. Même si j'avoue ne pas avoir le plus petit début d'explication plausible, et...je n'aime pas particulièrement les énigmes, continua-t-il d'une voix plus sourde et plus dure, tout en réussissant l'exploit de rester rassurant malgré tout.

J'essayai de me reprendre rapidement et de réunir mes pensées éparpillées. Je m'apprêtai à lui raconter ma soirée de dingue, lorsque la formulation de sa question m'interpella. Comment pouvait-il me croire, puisqu'il ne m'avait même pas parlé ? Personne ne m'avait encore interrogé, ni demandé ma version des faits et pour cause...je ne pouvais plus parler !

— V...vous...vous me croyez ? arrivai-je à coasser d'une voix à peine audible, sans même parvenir à aller au bout de mon raisonnement, avant d'être prise d'une horrible quinte de toux qui parut m'arracher la moitié de la gorge.

Il attendit patiemment pour me répondre que j'ai fini de cracher mes poumons et profitant du fait que nous soyons arrêtés à un feu rouge, se tourna vers moi et me regarder dans les yeux.

— En dehors du fait que vous n'étiez, ni l'une ni l'autre, affublées d'un costume ridicule ou même d'une once de maquillage ? Mon instinct ! Sans compter que je sais repérer de fausses menottes à la seconde où je les vois et là...ça n'en était pas. Si on rajoute à cela la position plus qu'étrange dans laquelle nous vous avons trouvé...je pencherai plus pour un sauvetage désespéré ?

Je restais quelques instants interdite, à le fixer bêtement. Waouh ! Mais c'était qui ce mec, Colombo ? Il avait réussi à comprendre quasiment la moitié de l'histoire en ne nous regardant que quelques secondes et sans poser la moindre question ! Dire que j'étais impressionnée aurait été loin du compte à cet instant précis.

— Ce qui m'intrigue, en revanche, c'est qui est cette fille ? reprit-il, son regard scrutateur toujours fixé sur moi. Vous la connaissiez ? Et pourquoi diable, n'avez-vous pas immédiatement appelé la police ? termina-t-il d'un ton soupçonneux, alors qu'il redémarrait brutalement, harcelé par les coups de klaxon agressifs des automobilistes pressés et grincheux, coincés derrière nous.

Je pris une lente et longue inspiration et tentai de lui raconter ce qu'il venait de m'arriver. Mon discours était laborieux et entrecoupé de quintes de toux, mais plus je parlais et plus cela semblait s'améliorer, me rassurant quelque peu. Il m'écouta patiemment pendant que je lui expliquais tout, hormis mon "absence" inexpliquée qui m'avait conduite tout droit à cette situation cauchemardesque, et que je ne m'expliquais toujours pas. Toute cette histoire était déjà bien assez bizarre sans en rajouter. Je préférais donc lui dire que je m'étais égarée, ne connaissant pas encore bien le quartier. S'il ne me crut pas il n'en laissa rien paraitre et me laissa terminer sans m'interrompre.

Il stoppa la voiture devant l'hôpital au moment précis où je terminai mon récit, avec l'impression d'avoir la gorge en lambeaux et la tête dans un étau. Il ne fit aucun commentaire, ne me posa aucune question et se contenta de sortir son portable de sa poche, avant de sortir de la voiture et de me planter là !

Ombre Fauve (sous contrat d'édition )Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant