Chapitre 5

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Lui qui maîtrise en permanence ses émotions, qui ne laisse jamais rien affleurer, il sent son contrôle se fissurer. Elle s'infiltre en lui par toutes les brèches, elle remue la violence de ses désirs. Il voulait rester prudent, museler ses envies, et là, dans la fièvre de cette étreinte, il n'a plus qu'une idée : la prendre, là, tout de suite, contre cette porte.

La faire gémir, la faire crier. Goûter sa douleur et sa jouissance, la transpercer, la caresser, l'aimer.

Il sait qu'il ne pourra plus s'arrêter. Ils sont allés trop loin.

Il la veut, maintenant.

C'est à ce moment qu'on frappe à la porte.

***

Nous nous figeons l'un contre l'autre.

Faites que ce ne soit pas Christophe.

De nouveau, deux petits coups retentissent.

— Théa, je sais que tu es très occupée à montrer tes seins, mais je vous ai laissé cinq minutes, et je pense que c'est suffisant. On peut parler, maintenant ?

La voix de Perrine. Le soulagement m'emplit. Julien se met à rire contre moi. Je sens les soubresauts de son torse contre mes seins.

— Je n'ai pas du tout envie d'arrêter, mais je crois qu'elle a raison, souffle-t-il.

Il cueille encore un baiser sur mes lèvres. Je nage dans une mer de sensations inconnues. Le monde tangue autour de nous. Bien possible que je me noie – je n'ai aucune envie d'être sauvée.

Cette fois, Perrine tambourine franchement. Julien s'écarte de moi, à regret. Du moins, je l'espère. Je chancelle, la porte tremble dans mon dos. Mon Dieu, je vais me latter. Il me rattrape, je m'écroule contre lui. Il est beaucoup plus stable que la porte, sa peau est douce et j'aime son odeur.

— Oh là, c'est pire que ce que je croyais. Viens par-là, m'ordonne-t-il.

Il m'entraîne vers le lit, me porte plus qu'il ne me soutient. Je me laisse tomber sur les draps, cherche à l'enlacer. Il m'échappe. La porte tremble tellement qu'on croirait le tonnerre qui gronde.

— J'arrive, Perrine, laisse-nous deux minutes ! s'exclame-t-il.

— Vous avez trente secondes ! réplique la voix autoritaire de mon amie.

Je ne peux retenir un soupir de déception. Il va lui ouvrir, il va partir. Je le sens. Trois petits tours et puis s'en va. Terminé ! Elle va rester toute seule, la petite Théa, sans copain, sans amour.

Sans Julien.

Vierge et solitaire.

— Tu peux te redresser ?

Évidemment, je peux me redresser, qu'est-ce qu'il croit ? Au prix d'un effort inhabituel, je parviens à m'asseoir sur le lit. J'ai l'impression que mon corps pèse des tonnes. Ou est-ce ma tête ?

— Tends les bras, Théa.

Je lui obéis. Il passe mes mains dans les bretelles, cale le soutien-gorge sur mes seins et tente de l'agrafer dans mon dos.

— C'est plus facile à enlever qu'à mettre, ces trucs-là, se plaint-il.

Sans savoir pourquoi, je me mets à rire.

— Tu as enlevé beaucoup de soutien-gorge ?

— Je n'avais jamais aidé une fille à enfiler le sien, en tout cas...

Le goût des cerises - Montre-moiLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant