Chapitre 4

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Elle saisit sa main, l'entraîne à sa suite dans le salon, sous le regard stupéfait des convives, figés sur place. Il ne peut retenir un sourire goguenard en croisant Christophe – le pied. Dans les yeux de l'autre, il voit la jalousie, la haine. Ce crétin est tellement incapable de se remettre en cause qu'il ne comprend pas qu'il a creusé sa propre tombe.

Quant au jackpot, c'est Julien qui vient d'en hériter. Reste à savoir ce qu'il va en faire...

Théa emprunte l'escalier, tourne à droite dans le couloir, ouvre une porte et allume la lumière avant de refermer derrière eux. Il prend la parole tout de suite, pour la rassurer.

— Tu sais, maintenant que tout le monde nous a vus monter ensemble, tu n'es pas obligée de me montrer tes seins, hein. Je vais redescendre, je dirai à tout le monde que tu es sacrément bien foutue, que je suis un veinard, et la question sera réglée. Tu m'écoutes, Théa ?

Visiblement, non, elle n'écoute pas. La bouche subitement sèche, Julien se tait. Elle fait passer son tee-shirt trop large par-dessus sa tête, le jette sur le lit. Il voit son dos, la ligne blanche de son soutien-gorge. Il devine sa respiration précipitée, son émoi.

— Théa...

Qu'allait-il lui conseiller ? De se rhabiller, de se montrer raisonnable ? Il ne saura jamais, parce qu'elle se retourne, et qu'il en perd ses mots.

Tout ce qui n'est pas Théa s'efface.

Théa, sa peau légèrement matte, couleur de miel, qui capte si bien la lumière. La double rondeur de ses seins dans leur écrin de dentelle blanche. Théa, ses lèvres pulpeuses et ses grands yeux sombres, fixés sur lui comme un défi.

Il est foutu.

— Enlève ton soutien-gorge, ordonne-t-il.

Il s'en veut aussitôt. Parce qu'elle a trop bu, parce qu'il profite de la situation.

Parce qu'elle lui obéit.

Et il avait raison, bien sûr.

Les plus beaux seins du monde viennent d'apparaître devant lui.

***

Je bataille un instant avec l'agrafe, fais glisser les bretelles sur mes bras. Mes mouvements sont un peu précipités, j'en ai conscience. Pas le strip-tease de l'année. Je ne veux pas me donner le temps de changer d'avis. Le soutien-gorge tombe sur le sol, et je relève les yeux.

Il me regarde.

En cet instant, il n'y a plus que rien que ce regard.

La double intensité de ses yeux clairs, son souffle que je sais haletant, sa bouche entrouverte. J'ai envie de l'embrasser – je m'en rends compte à cet instant, seulement, mais il y a longtemps que j'en ai envie.

Ce que le rhum et ma décision impulsive viennent de me faire comprendre, une partie de mon corps le savait déjà. Le désir creuse tout mon être, m'embrase. Je voudrais l'embrasser, mais je ne bouge pas. Je laisse cette minute s'éterniser, s'étirer entre nous.

Et puis il fait un pas dans ma direction.

Un seul pas.

Nous sommes si proches, à présent, qu'il pourrait me toucher en étendant la main, à peine, juste quelques centimètres.

Quand il prend la parole, sa voix n'est qu'un murmure.

— Théa, je peux...

Il n'achève pas sa phrase. Ce n'est pas nécessaire. Il me demande la permission, et j'aime ça. Je savoure, juste une seconde, ce pouvoir qu'il me donne, avant de daigner lui répondre.

— Oui.

Oui, il peut me toucher. Il peut faire ce qu'il voudra, tout ce qu'il voudra de moi, et ce n'est pas seulement l'alcool qui me fait penser ces mots.

Cette nuit, je suis à lui. Parce qu'il a su me voir.

Je m'attends à sentir ses doigts sur mes seins, mais ils se posent sur ma taille, l'enserrent. Je sens leur chaleur sur ma peau. Son visage s'approche du mien, ses yeux se plantent en moi. Je tends la bouche pour qu'il m'embrasse.

Il se penche encore. Je ferme les yeux, enivrée.

C'est au creux de mes seins qu'il va cueillir un baiser.

Si Chris m'a déjà touchée là, je n'ai jamais ressenti ça. C'est tellement différent. Plus doux, et plus violent, pourtant. Je ne sais pas comment l'expliquer. Et je perds, soudain, toute velléité de l'expliquer, parce que sa bouche s'est refermée sur mon téton pointé, elle le happe, l'aspire, le mordille. Un soupir m'échappe, un soupir de plaisir pur.

Je ne peux pas croire que ce son soit sorti de ma bouche.

Julien se redresse, il me regarde. Sa main s'approche de mon visage, il effleure ma joue, très doucement, avant de me sourire, comme pour adoucir les paroles qu'il va prononcer.

— Je crois qu'il vaut mieux qu'on en reste là, Théa. Tu es saoule.

Je t'en donnerai, moi, des sourires ! J'attrape sa nuque, l'attire à moi, et l'embrasse comme je n'ai jamais embrassé personne.

Nos bouches se rencontrent, nos dents s'entrechoquent au passage, j'ai mal, mais je m'en fous, parce que sa langue se glisse entre mes lèvres et fait frémir le désir au fond de moi. Dans un élan inconnu, je me colle à lui, et je sens, à travers le jean, son sexe dur contre mon ventre. Pour la première fois, je suis fière d'avoir provoqué ça. Il gémit contre ma bouche, un gémissement léger, à peine audible, un gémissement que je voudrais boire dans un baiser. Je l'embrasse à nouveau. Nos langues se reconnaissent, s'épousent, se cherchent.

Le monde pourrait brûler autour de nous. Je veux me noyer dans les bras de Julien.

C'est un baiser comme une morsure, un baiser tendre et violent, un baiser qui m'ouvre tout entière.

Il me plaque contre la porte, nos corps se fondent l'un contre l'autre, et je sais, avec certitude, que j'en veux plus, que je ne peux pas attendre.

C'est à ce moment que quelqu'un frappe à la porte.

Le goût des cerises - Montre-moiLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant