Elisabeta - Chapitre 6

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 « Nous savons le Cercle très influent, et particulièrement puissant. Notre société est comme "tressée" dans chaque aspect du monde que nous connaissons : nous sommes présents dans tous les gouvernements et toutes les grandes entreprises. Nous ne souhaitons pas régner sur les mortels mais bien nous permettre de rester dissimulés à leurs yeux, ce qui coûte cher en temps, en contacts et en argent.

Le Cercle peut également compter sur l'Église qui, elle, bénéficie du partenariat de quatre grandes familles de mortels dont chaque branche est isolée des autres. Ces familles Santinoni, Saint Cyr, Malerba et Schwartz travaillent à notre service depuis déjà des siècles. Elles mettent leurs membres à disposition afin d'assister les immortels mais offrent également des Gemelli, en accord avec le pacte d'Innocent XI. »

Chroniques du Cercle par Athanase le Jeune


Giovanna
Positano (région de Naples), ItalieNovembre 2014


Prétendre que j'ai passé la pire nuit de ma vie serait l'euphémisme du siècle. Il n'y a pas de mot pour décrire cette horreur.

Quand je me réveille, je réalise que je suis seule. Seule, frigorifiée, et surtout terrorisée. Le moindre bruit me fait sursauter. Murmure du vent dans les volets, craquement de la maison, son étouffé de la circulation au loin... Même mon propre cœur me semble faire un boucan de tous les diables. Je m'attendais d'ailleurs à ce qu'il ne batte plus, celui-là. Au contraire, je le sens cogner avec force et lenteur à présent qu'il est ravivé. Il ne devrait pas s'arrêter de sitôt.

L'air que je respire paraît différent. En fait, c'est toute ma perception du monde qui a changé. L'atmosphère, les contours plus nets de ma chambre dans la pénombre... Et cette profonde indifférence, comme si rien n'avait plus vraiment d'importance. Mon esprit engourdi tourne au ralenti. Ou plutôt, il cherche à comprendre ses nouvelles capacités, et analyse chaque fait, chaque information que je lui donne à voir, à entendre, et à sentir.

La sensation n'est pas désagréable. Je crois que j'aime ce détachement, surtout après avoir vécu ma mort et en être revenue. La peur éprouvée alors que je me sentais partir me paraît lointaine à présent, ce que je ne vais pas regretter. Seule la douleur reste, comme un écho qui ne se serait pas encore éteint.

En revanche, la lumière que je devine à travers les volets clos me colle une migraine monstrueuse. L'idée même de soleil me remplit d'angoisse. Un coup d'œil à la pendule m'indique qu'il est déjà midi passé, ce qui me plonge dans un profond désarroi que je ne parviens pas à m'expliquer.

Les prochains jours risquent de se révéler compliqués.

Je dors durant des semaines peut-être, le sommeil hanté par des cauchemars et par la douleur intermittente dans tout mon corps. Je sens le soleil se lever le matin, je le sens partir chaque soir. De temps à autre, je perçois la présence de Luciano et son inquiétude, je détecte même la chaleur de Raphaël dans la maison, étrange feu perdu dans la froideur de l'air qui m'entoure.

Et cette voix... Dans mon demi-sommeil fiévreux, j'entends la voix d'un homme, familière et inconnue à la fois. Elle résonne dans mon crâne sans que je parvienne à comprendre d'où elle vient. Le son est ténu, d'abord, à peine perceptible, si bien que je crois l'avoir imaginé. Puis je dois me rendre à l'évidence et réaliser que quelqu'un me parle. J'ignore s'il s'agit d'un souvenir, d'une conversation télépathique ou de l'opération du Saint-Esprit, mais quelqu'un me cause dans ma propre tête.

Elisabeta + SintevalLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant