Chapitre 1 - Quel est ton nom ?

38 4 2

 Le wagon du tram avançait lentement vers le nord. Les secousses incessantes causées par le mouvement du train dans un milieu aussi impraticable avaient tenu le petit garçon aux cheveux blonds presque blancs éveillé. Il ne voulait pas dormir, ayant peur de ce que les événements de cette nuit pourraient lui apporter comme images dans ces rêves. Alors il rongeait son frein en silence, en se frottant les yeux. L'inconfort de sa position était déjà plus dérangeant pour lui, mais au vu de ce que certains des autres passagers du train vivaient, il pensa qu'il n'avait pas réellement matière à se plaindre. Regardant ses pieds depuis la dernière demi–heure, il se risqua à lever les yeux vers la fenêtre de son wagon. Toujours la roche, sombre, éclairée par les rares lanternes qui parsemaient ce tunnel du métro souterrain d'Erob.

Il examina les gens autour de lui, balayant du regard les quelques réfugiés qui étaient montés dans le même wagon que le sien. Une femme, plutôt vieille, qui avait l'air d'avoir été blessée gravement à la jambe. Une naine, ces petits êtres des montagnes, dont le garçon faisait également partie, il devait y en avoir beaucoup parmi les passagers. On lui avait administré les premiers soins, mais au vu de la gravité apparente de sa blessure, ils avaient décidé d'attendre d'être rentrés à Snail, la capitale d'Erob, afin d'attendre l'avis des médecins pour lui prodiguer de meilleurs soins. Elle était éveillée aussi. Cela s'entendait par les divers gémissements que cette dernière poussait dès que sa jambe bougeait d'un millimètre. Le petit garçon se regarda et se dit qu'il avait au moins eu cette chance : finir entier. Si c'en était réellement une.

Il y avait également deux enfants sur les genoux d'un nain aux cheveux bruns, sa barbe servant presque d'oreiller pour ces petites têtes. Les trois dormaient paisiblement, mais le petit garçon vit des rides creusées dans le visage de l'homme, trahissant son inquiétude quant aux derniers événements. Et, finalement... qui pouvait lui en vouloir ? Tout s'était passé tellement vite. Il remarqua d'ailleurs que les vêtements du père semblaient tachés de sang. Est–ce qu'il s'était battu ? Ou est–ce que cela expliquerait qu'il n'y ait pas de mère pour câliner ces petits ?

Le petit garçon soupira et regarda ses pieds à nouveau d'un air presque livide. Pour lui, c'était comme si son monde s'était arrêté. Le temps ne comptait pas, l'endroit où il se trouvait non plus. Ce qu'il ressentait était comme camouflé par l'incompréhension d'avoir vu ce qu'il avait vécu. D'avoir perdu ce qu'il possédait, sans qu'on daigne lui expliquer ce qu'il avait fait pour mériter tout cela.

Égaré dans les profondeurs de ses pensées, il ne se rendit pas compte que le train s'était arrêté, jusqu'à ce que les gardes commencèrent à entrer dans le wagon et à sortir les gens qui s'y trouvaient. C'était des nains, les gardes de la capitale d'Erob dans leurs épaisses armures d'acier ornant le tabard de la maison Grinnr : le rubis rouge qui surplombait les montagnes. Ils aidèrent l'homme à porter les deux enfants qui ne s'étaient heureusement pas réveillés. Le père marchait péniblement derrière eux. Deux soldats se précipitèrent pour venir en aide à la vieille femme en la faisant bouger le moins possible, compte tenu de ses nombreux cris de douleur. Il ne vit le garde s'approcher de lui qu'au moment où il lui tendit la main et lui demanda de le suivre.

Il avait emboîté le pas sans même vraiment s'en rendre compte. Il ne savait pas quoi faire, mais on lui disait de le suivre. Alors il obéissait. Il descendit du tram et suivit un mouvement de masse qui s'engouffrait par la grande entrée de la gare. Il remonta avec le reste des voyageurs de chaque wagon le long couloir caverneux qui succédait aux portes. Tout le monde marchait en ligne, les gardes entourant la cinquantaine de réfugiés. Du peu qu'il pouvait voir de sa petite taille, il apercevait l'inquiétude, la fatigue, autant sur les visages des gens qui étaient autrefois ses voisins que des gardes qui les avaient tirés de là. Beaucoup étaient blessés, mais peu semblaient s'en plaindre,ils étaient encore là pour ressentir cette douleur.

Memtis - Le ChampionWhere stories live. Discover now