Chapitre 2

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Pour une fois qu'elle n'est pas avec son copain, il pourrait lui parler. Pour lui dire quoi ? Qu'il la trouve belle, même avec ce tee-shirt trop grand dans lequel elle cache ses formes ? Qu'elle perd son temps avec ce boulet de Christophe ?

Ce n'est pas comme s'il avait quelque chose de mieux à lui proposer.

Malgré tout, il s'avance vers elle.

***

Julien fait un pas dans ma direction, comme s'il voulait me parler, mais je décide de l'éviter et opère un demi-tour. J'ai déjà suffisamment d'ennuis comme ça, pas besoin d'en rajouter. Chris peut se montrer plutôt jaloux. Ce qui est assez culotté de sa part quand on le voit en pleine discussion avec Céline, une nana de la classe qui ne cesse de le draguer. Elle n'arrête pas de battre des cils et se met à rire chaque fois qu'il dit quelque chose, franchement, c'est à la limite du ridicule. Elle pourra toujours sortir avec lui quand on ne sera plus ensemble, peut-être qu'elle saura satisfaire ses besoins, elle.

L'arrivée soudaine de Perrine me rend le sourire. Elle porte une jupe incroyable, faite de bandes de tissus bariolés qui virevoltent autour d'elle et laissent entrevoir ses jambes. Passionnée de couture depuis toujours, Perrine confectionne elle-même ses vêtements.

- Théa, tu es arrivée, cool ! Tu vas rester dormir ici, j'espère ?

- Oui, j'ai prévenu mes parents, c'est bon. Je peux mettre mes affaires dans la chambre d'ami, d'ailleurs ? Tu as besoin d'aide pour préparer des trucs ?

- Va poser ton sac, et puis tu me rejoindras dans la cuisine, il faudrait que tu goûtes le planteur.

Oh, ça sent le piège à plein nez, ça. Avec ses origines antillaises, Perrine se spécialise dans les boissons au rhum. Je sens qu'elle a l'intention de me saouler. Malgré tout, j'acquiesce et rentre avec elle dans la maison. Christophe survient à ce moment et me suit dans l'escalier.

- Tu vas dormir ici ? Pourquoi tu ne m'as pas prévenu ? On aurait pu passer la nuit ensemble...

C'est exactement pour cette raison que je ne lui ai pas dit, mais je ne peux quand même pas avouer ça. J'ouvre la porte de la chambre, lui montre le lit.

- C'est un petit lit, on ne tiendra jamais à deux là-dedans !

Je laisse tomber mon sac à dos, pressée de redescendre. Hélas, je ne vais pas m'en tirer comme ça. Christophe referme la porte derrière nous, me prend dans ses bras.

- Mais si, on pourrait se serrer...

Il m'embrasse dans le cou, glisse ses mains sous mon tee-shirt trop large. J'aurais mieux fait de mettre autre chose, je ne sais plus comment m'habiller. Lui, clairement, cherche à me dévêtir.

- Arrête, Chris ! Perrine m'attend en bas !

- Tout à l'heure, alors ? On a un lit, on a toute la nuit, c'est l'occasion !

- Non, je ne suis pas prête, je te l'ai déjà dit !

Il desserre son étreinte, mais c'est pour me fusiller du regard.

- Oui, tu l'as déjà dit, c'est sûr. Tu n'arrêtes pas de me dire ça, ça fait des mois que tu le répètes. Quand est-ce que tu seras prête ? Dans un an ? Dix ans ? Allez, Théa, c'est maintenant ou jamais !

- Très bien. C'est jamais, dans ce cas.

- Ah ouais ?

- Ouais.

Je croise les bras, bien décidée à ne pas me laisser faire. Qu'est-ce qu'il croit, que je vais coucher avec lui pour lui faire plaisir ?

- Parfait. Comme tu voudras.

Il sort de la chambre, faisant claquer la porte derrière lui. Je ne sais pas si je suis soulagée ou dépitée. Je n'avais pas l'intention de me disputer avec Chris, je n'aurais peut-être pas dû lui parler comme ça. Simplement, je n'en peux plus de devoir le repousser tout le temps ! J'attends une minute avant de quitter la chambre à mon tour, histoire d'être tranquille pour rejoindre Perrine.

Elle devine tout de suite que quelque chose ne va pas.

- Tu en fais une tête ! Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Rien. Ça ne va pas trop avec Chris, je l'ai énervé.

- Tu sais très bien ce que j'en pense, répond-elle en me servant généreusement de planteur.

Oui, je le sais. Elle trouve que je devrais le larguer. Sans doute a-t-elle raison. Mais je ne vais pas le planter comme ça, en pleine soirée ! Je porte le gobelet à mes lèvres. Le mélange sent merveilleusement bon : un parfum sucré, vanillé, qui évoque instantanément les îles. Des journées paradisiaques à paresser au bord de l'eau, sous les cocotiers, sans le moindre souci... La première gorgée est un délice.

- Qu'est-ce que tu en penses ? Je n'ai pas mis trop de rhum ?

- Non, c'est parfait, on le sent à peine !

J'en bois encore une gorgée. J'ai envie de m'enivrer, de tout oublier.

- Allez viens, tu vas m'aider à servir !

Nous remplissons une trentaine de gobelets que nous disposons sur deux plateaux, puis je la suis dans le jardin. Christophe est avec la bande habituelle. Il y a Kevin, Lola et Romain. Céline est aussi là, tout près de lui.

- La vie de ma mère, s'exclame-t-elle avant d'éclater de rire.

Elle en profite pour effleurer le bras de mon copain, sans gêne. Très bien, ils se serviront tout seuls, ils n'ont pas besoin de moi. Les ignorant, je propose des verres aux autres. Tout le monde accepte. Bientôt, il ne reste plus qu'un seul verre sur le plateau. Je sais à qui le proposer : Julien, près du rosier, semble un peu isolé. Pas de drague, ce soir, il ne parle à personne. Je me dirige vers lui.

- Tu veux un verre ?

Il sourit avant de répondre. Je me surprends à songer qu'il est beau, vraiment beau, avec son regard clair sous les sourcils sombres, parfaitement dessinés.

- Avec plaisir. Tu me tiens compagnie ?

Je hausse les épaules.

- Pourquoi pas...

- Dis-moi, Théa, je peux te poser une question ?

- Tu viens de le faire, non ?

Il me lance de nouveau ce sourire qui n'en est pas tout fait un. Est-ce parce que son regard est trop intense, presque acéré ?

- Pourquoi portes-tu toujours des tee-shirts trop grands, ces temps-ci ?

Je me renfrogne. Perrine m'a fait la même remarque, mais c'est ma meilleure amie, elle a le droit. La réponse est simple : c'est une vaine tentative pour refréner les ardeurs de mon copain.

- Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Aussitôt, je regrette cette réplique peu subtile. S'il se mêlait de ses affaires, aussi...

- En fait, j'ai une hypothèse, déclare-t-il.

J'hésite à l'envoyer paître, mais quelque chose me retient, je ne sais pas quoi. Ses beaux yeux, sûrement. Je suis ridicule.

- Tu as les plus beaux seins du monde, et tu essaies de le cacher au reste de l'humanité.

J'éclate de rire, un peu gênée. Mes joues doivent être rouges, je les sens chaudes.

- Tu dis vraiment n'importe quoi.

- Je suis sûr que non. Si tu veux, tu peux me les montrer, je te dirai ce que j'en pense. Je te promets d'être objectif.

- Dans tes rêves !

Il ne semble pas vexé, me sourit de nouveau. Un vrai sourire, cette fois, qui éclaire tout son visage. Il est beaucoup trop beau, ainsi. Je lui tourne le dos, préférant m'éloigner. Les mecs... Ils ne pensent qu'à ça, tous.

Je retourne auprès de Perrine, bien décidée à m'amuser.

Le goût des cerises - Montre-moiLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant