Juin - Chapitre 1

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Quand elle arrive, il ne voit plus qu'elle.

Cette façon qu'elle a de rejeter ses cheveux en arrière, de pincer ses lèvres — comme pour en atténuer la sensualité.

Il connaît précisément la courbe de sa bouche, la lèvre inférieure plus pleine.

Il voudrait la goûter comme on croque une cerise.

***

J'ai un problème.

Sa main s'infiltre dans mon jean, cherche la courbe de mes fesses. Je me tortille pour lui échapper.

— On va être en retard, Chris, il faut y aller !

— C'est pas grave, on est pas pressés... Tes parents ne sont pas là, on pourrait en profiter ?

La main quitte mon jean trop serré, s'infiltre sous mon tee-shirt pour dégrafer mon soutien-gorge. Je préfère ça, moins risqué.

— Écoute, c'est l'anniversaire de ma meilleure amie, je voudrais être à l'heure !

— J'ai envie de toi, Théa, tu le sens ?

Il se presse contre moi pour bien me faire comprendre l'étendue du problème. Je déteste quand il fait ça.

— Non, pas maintenant, arrête !

D'habitude, mes protestations suffisant à freiner ses ardeurs. Mais ce soir, il est drôlement insistant. Est-ce la chaleur qui l'excite, ou un soudain déferlement de testostérone à l'approche de cette fin d'année ? En tout cas, une chose est claire : je ne partage pas du tout son désir.

Il fait sauter le bouton de mon jean, glisse sa main dans ma culotte.

Devant, cette fois.

Je n'ai pas le temps d'imaginer une parade.

— Tu ne t'es pas épilée ?

— Non.

Il me regarde, la mine si dépitée que j'ai envie de rire. J'en profite pour m'enfuir, reboutonner mon pantalon. J'ai été bien inspirée de ne pas lui obéir, me voilà libérée... pour l'instant.

— Bon, on y va ?

— Si tu veux, grommelle-t-il.

Soulagée, j'attrape mon sac, mes clés, le cadeau pour Perrine.

Je sais que ce ne sont pas quelques poils qui vont résoudre la question. Tôt ou tard, je devrais coucher avec mon copain... ou rompre.

Il devient de plus en plus clair que c'est la seconde solution qui s'impose à mon esprit et à mon corps. Je n'ai pas envie de lui. Ses caresses n'éveillent rien en moi. Une pointe de curiosité, peut-être ? Ce n'est pas suffisant. Je réprime un soupir, descends les escaliers. Christophe me suit. Faut-il que j'attende la fin des examens avant de lui dire que je veux rompre ? Ce n'est pas très sympa de larguer son copain juste avant le bac...

Tandis que je verrouille la porte de la maison, Chris s'installe au volant de sa voiture, une vieille Fiat que ses parents lui ont offerte pour ses 18 ans. Je m'installe à ses côtés, redoute un instant que sa main ne s'égare sur ma cuisse. Heureusement, il démarre tout de suite.

Ça n'a pas toujours été comme ça, entre nous. Au début, il était très attentionné, toujours aux petits soins. Il disait qu'il allait me laisser tout le temps nécessaire. En fait, au bout de sept mois de relation, ma virginité a dépassé la date de péremption, semble-t-il. Selon mon copain, tout au moins. Il me sort régulièrement ses arguments, plus ou moins légitimes : il a été patient, il a des besoins, c'est moi qui l'allume...

Sans doute a-t-il raison, la situation ne peut plus durer.

J'attends que les examens soient passés, et je lui dis que c'est fini.

Un regret m'étreint, comme un pincement au cœur. On a été heureux ensemble. Surtout au début, quand tout n'était pas encore pollué par cette question cruciale : quand vais-je daigner écarter mes cuisses pour mon copain ?

Il fredonne les paroles du tube qui passe à la radio, me lance un grand sourire. Sa main se pose sur ma cuisse. Tout mon corps se crispe, jusqu'au moment où il doit changer une vitesse.

Oui, on a été heureux.

Cinq minutes plus tard, nous arrivons chez Perrine. Je regarde ma montre : une demi-heure de retard. Honnête. J'ouvre la porte de la maison. Il n'y a personne à l'intérieur, ils sont tous dans le jardin. Il fait trop chaud en ce moment, mais à cette heure-ci, c'est juste parfait. Christophe attrape ma main, comme pour revendiquer quelque chose. Je le laisse faire. Si ça peut lui faire plaisir... Son groupe de potes est déjà là, ils nous apostrophent en riant. J'en profite pour m'éloigner. Où est Perrine ? Près du barbecue, peut-être ?

En la cherchant, je croise le regard de Julien. Il ne détourne pas les yeux, au contraire, il s'attarde sur ma personne. C'est un peu gênant, à croire qu'il n'a pas vu mon copain. Il soulève l'appareil photo qu'il a toujours en bandoulière, le place devant son visage — à l'ancienne, pas en mode selfie comme tout le monde fait. Je me fige, juste le temps qu'il appuie sur le déclencheur. C'est sa technique de drague habituelle. La rumeur prétend qu'il a beaucoup de succès auprès des filles de terminale, même s'il n'a pas de copine officielle. En tout cas, ce truc de la photo, ça ne marchera pas avec moi.

Pourtant, quand il repose l'appareil et m'observe, une ombre de sourire sur ses lèvres, je dois bien reconnaître que son regard a quelque chose de magnétique.

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