Chapitre 7 - Partie 4 - Des regrets ?

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Dans la bibliothèque du manoir, Mattéo veillait en attendant le retour de sa compagne. Il venait d'acquérir un livre et il prenait plaisir à parcourir les pages du grimoire presque millénaire. Quand la bague invisible qu'il portait pour communiquer avec Naola s'illumina et lui laissa une légère brûlure, il sursauta. D'un geste vif, il consulta le bijou. Naola l'avait tournée vers la droite ; elle l'appelait à l'aide.

Le sorcier ne prit pas la peine de passer une cape et se transféra en face du Mordret's Pub, ses deux concentrateurs armés, prêts à faire feu. Face à l'austère devanture, il hésita une seconde, puis franchit la porte. Naola, assise, blessée ; le vampire à son côté, trop proche, mais pas menaçant. Mattéo le mit en joue :

« Écartez-vous ! »

Naola se releva précipitamment et s'interposa entre eux, les mains en avant.

« Je... je n'ai rien, je vais bien, bégaya-t-elle.

— Et ce bandage sur ton bras ce n'est rien, peut-être ? »

Il baissa néanmoins son arme. Si Mordret avait voulu faire du mal à Naola, il ne l'aurait pas soignée par la suite. Il ne l'aurait pas laissée appeler à l'aide.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? Je te pensais au Gala ? Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

— Autant de questions fort pertinentes que vous seriez bien plus à même d'élucider sereinement chez vous », répondit Mordret, sans conviction.

Il poussa la sorcière vers son compagnon, d'une légère pression sur son épaule, et compléta :

« Je tenais à m'assurer qu'elle rentre chez elle sans étape inconsidérée supplémentaire. »

Quelques minutes plus tard, le couple apparut dans le salon du manoir. Naola resta blottie contre son compagnon. Elle tremblait par intermittence, mais ne pleurait pas. Elle aurait aimé fermer les yeux, dormir, là, immédiatement. Elle poussa un long soupir.

« Il faut qu'on parle, souffla-t-elle, la tête encore posée contre son torse.

— Oui. Pourquoi n'étais-tu pas au gala ?

— J'y étais, mais... Il y a eu... L'Ordre... »

Elle fronça les sourcils. Par où commencer ? Elle décrivit l'attentat, à mots hachés dont les silences devinrent plus lourds quand elle relata la façon dont Adélaïde l'avait sauvée. Elle expliqua, laborieusement, l'invitation à prendre un verre, le pub, puis l'intervention de Mordret. La tête basse, elle fuyait le regard de Mattéo lorsqu'elle se tue, enfin.

Le jeune homme, resté immobile, était tendu et raide malgré tout le contrôle dont il faisait preuve pour ne pas réagir. Au terme d'un silence accablant, il écarta Naola de lui et prit très délicatement sa main blessée entre les siennes. Le bandage était parfait et les sorts classiques, mais efficaces. Demain, Pierre pourrait sans doute jeter un coup d'œil, pour contrôler la guérison, mais il n'y aurait probablement rien de plus à faire.

« Tu peux me montrer tout ça ? demanda-t-il d'une voix dure et sans la regarder.

— Oui »

Elle s'assit dans l'un des fauteuils, ferma les yeux et abaissa ses défenses.

« Vas-y. »

Le sorcier frôla l'esprit de Naola avec une délicatesse à l'opposée de la rage qui l'animait. Il passa les barrières mentales de sa compagne, lentement, et se laissa entraîner dans son souvenir. Il ferma les yeux un instant, le temps d'intégrer les images, les émotions et les informations qu'elle conservait de la scène. C'était incomplet. Le traumatisme de l'accident et l'intervention de la Veste Grise avaient pris le pas sur l'attention qu'elle aurait dû avoir pour en garder un souvenir intact, mais le principal y était. Naola avait parfaitement vu le malaise d'Adélaïde, elle la pensait sincère. Pas lui.

« Elle se joue de toi, souffla-t-il avec colère dans une voix sourde, agressive.

— Ça... ça n'est pas la question, répondit la jeune femme prise aux dépourvues par son ton. Elle avait l'air aussi paumée que moi.

— Elle joue la comédie !

— Me sauver la vie, c'était jouer la comédie ? » répliqua-t-elle sèchement.

Mattéo s'écarta brutalement, les poings serrés. Naola sursauta et pinça les lèvres. Elle lui lança un regard sombre, avala sa salive puis se leva pour prendre, elle aussi, de la distance. Elle croisa les bras.

« Ça ne change rien ! C'est sa faute si elle en est là ! renchérit le sorcier.

— Ça n'est pas la question, répéta-t-elle, violemment. Peu importe qu'elle ait été sincère ou pas, peu importe ce qu'elle a fait, c'est ce qu'elle a dit sur toi... Merlin, j'ai failli la tuer, Mattéo ! »

L'homme serra les dents. Il lui tournait le dos et tentait de se maîtriser.

« Mordret t'as arrêté. Oui. Il faudra le remercier, articula-t-il d'une voix blanche.

— Tu as prévu de la tuer, je t'ai demandé de ne pas le faire, mais je suis pas conne, c'est dans tes plans, poursuivit-elle, sans prêter attention à sa remarque. Et si tu te trompais sur son compte ? Elle t'a donné l'impression de mériter de mourir ? Sa peur, ça ne ressemblait pas à une comédie !

— Elle savait parfaitement qu'en te parlant, en te faisant douter, elle avait une chance de m'atteindre ! s'exclama-t-il en pivotant vers Naola. Si je l'avais tuée plus tôt, Fillip serait sans doute mort et on n'aurait même pas cette discussion ! Merde ! Est-ce que tu sais ce que ça veut dire ? Si j'accepte qu'elle n'ait pas à mourir ? Si j'ai fait une erreur sur son compte ?

— Pourquoi est-ce que tu continues à les chasser alors que Leuthar est mort ? ! s'écria Naola, les bras tellement serrés autour d'elle qu'elle en tremblait.

— Seulement ceux qui s'en sont pris à toi ou à moi ! Seulement ceux dont je veux me venger ! Adélaïde, Gamp, Fillip. »

Il baissa la voix au nom de ce dernier. Il le savait hors d'atteinte et cela le rendait malade. Il pinça les lèvres, hésita, puis demanda :

« Est-ce que tu peux me mettre ton souvenir sur mnémotique ?

— Qu'est ce que ça veut dire, si tu as fait une erreur sur son compte ?

— Si je me suis trompé sur une personne, ce que je ne pense pas être le cas... Mais si je me suis trompé une fois... Pourquoi pas plusieurs ? Est-ce que tu peux me mettre ton souvenir sur mnémotique ? répéta l'homme, inébranlable. J'ai besoin d'étudier la scène.

— Je... Oui », répondit Naola, dans un murmure.

Le brusque changement de ton de son compagnon avait soufflé sa colère et la laissait sans force. Elle frissonna et gagna son fauteuil. Un cadre vierge apparut sur la table basse, elle le saisit, puis activa les enchantements de sauvegarde. Elle ferma les yeux et, encore une fois, se força à revivre les événements de la soirée. Quand elle eut terminé, elle tendit le support à Mattéo, sans le regarder. Il attrapa l'artefact, le fit disparaître. Il proposa sa main à sa compagne, puis la releva et l'attira contre lui, ni tendre ni agressif. Elle le sentit poser ses lèvres sur ses cheveux.

« Je verrai ça demain. Allons dormir », conclut-il tout bas.

 Allons dormir », conclut-il tout bas

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