Chapitre 7 - Partie 2 - Des regrets ?

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L'agitation frénétique des blouses blanches et des sorts de guérison retomba lentement. Les P.M.F. avaient fait dresser des tentes pour dispenser les soins et rassembler les blessés. Adélaïde aida, sans relâche, à gérer les cas de brûlure les plus graves. Elle s'affairait avec les autres médecins, donnait des ordres aux infirmiers, rassurait les patients... et s'appliquait à ignorer le regard de Naola, invariablement posé sur elle.

La jeune femme avait été rapidement prise en charge par un de ses confrères. Méchamment brûlée à la main jusqu'au milieu de l'avant-bras, on l'avait soignée, puis installée sur une couchette d'appoint. Personne ne pressait les patients de partir, ils pouvaient rester tout le temps nécessaire, pour récupérer un peu avant de rentrer chez eux. Naola, en état de choc, ne semblait pas décidée à vider les lieux.

Finalement, la frénésie se calma, on évacua les cas les plus graves vers la Centrale. La plupart des invités étaient partis et les médics s'apprêtaient à les imiter.

« Tu devrais rentrer chez toi », dit Adélaïde, un peu trop sèchement, en venant se planter devant Naola.

Elle était épuisée, mal à l'aise et lasse de supporter la présence de cette fille qui ne lui évoquait qu'échecs, menaces et incompréhension. Elle aurait dû la laisser brûler.

« Tu m'as sauvé la vie, répondit Naola.

— Ouais... » souffla l'aristocrate, prise aux dépourvues.

Elle ne trouva rien d'autre à dire et un long silence se lova entre elles. Elles ne se regardaient pas directement. Cette simple remarque avait relancé les réflexions d'Adélaïde. Son geste, aussi stupide soit-il, la rassurait. Elle n'était pas capable de voir quelqu'un mourir sans raison sous ses yeux. Pas encore.

« Je l'ai pas fait exprès... » précisa-t-elle finalement.

Cela sonna tellement creux que Naola pouffa, puis se mit à rire. Il y avait de quoi. Tout ceci était ridicule. Adélaïde, sans comprendre comment, se joignit à son hilarité nerveuse et incontrôlable.

Au bout de longues minutes et lorsqu'elles furent un peu calmées, Naola se leva enfin du lit de camp qui disparut aussitôt, comme une invitation à déguerpir. Elle dévisagea un instant la Veste Grise, puis proposa :

« Je peux t'offrir un verre ? »

Adélaïde se passait la main sur le visage pour masser son front et chasser le léger mal de tête qu'elle y sentait naître. Elle se figea et dévisagea la jeune femme. Ce pouvait être un piège. Elle pouvait très bien l'amener directement à Muspell. Ou à l'Once, si elle était bien en contact avec le chat, comme l'Ordre le supposait toujours.

La mentaliste, sans gêne, glissa sa conscience jusqu'à celle de son interlocutrice et la sonda. La fille était trop désorientée pour avoir prémédité quoi que ce soit. Adélaïde aurait pu profiter de sa faiblesse pour lui tirer des informations. Elle aurait dû. Ça aurait justifié qu'elle la sauve. Quelle idée stupide... pourtant la médecin s'entendit articuler, comme dans un rêve :

« Pourquoi pas. Mais il est presque trois heures du matin...

— Au Mordret's Pub, aux Halles Basses. On y sera tranquilles... »

À quoi pensait-elle ? Adélaïde avala rapidement sa salive, mais ne répondit pas. L'autre interpréta son silence comme un assentiment et lui adressa un pâle sourire.

« Ok... On se retrouve là-bas. »

Sans attendre, Adélaïde se transféra, non pas à l'établissement indiqué, mais chez elle. Elle tituba et tomba dans son canapé. La respiration tremblante tant son cœur battait contre ses veines. Prendre un verre. Et puis quoi encore ? Discuter du bon vieux temps ? Tu te souviens la fois où je t'ai laissée te faire violer ? La jeune femme ravala les relents d'une bile amère. Apparemment, il n'était pas jamais trop tard pour regretter. Elle ferma les yeux.

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