L'Inquisiteur viendra bientôt

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Sur le chemin de la faculté, chaque pas résonnait dans son crâne, confirmant à Michel combien son père avait raison. Il aurait dû rester au lit, braver ces visions embrumées où il ne savait plus où s'arrêtait la réalité et où finissaient les cauchemars. Entre la souffrance et la folie, Michel choisissait toujours la première.

Comme ses vendredis commençaient tous dans le grand auditorium. Cette pièce vénérable existait depuis près de quatre cents ans. Des colonnades de marbre y traçaient des lignes blanches entre les boiseries presque noires qui buvaient la lumière. Son plafond en haute voûte lui conférait une acoustique impressionnante ; on y percevait facilement le moindre bruit, des effets oratoires des maîtres aux ronflements des élèves.

Il arriva presque en retard, sous l'œil distrait du professeur Cornelius. Michel s'installa à quelques pas du maître, en première rangée, là où ses longues jambes pouvaient s'étendre à leur guise, et où il devrait faire l'effort de rester éveillé.

Une fois assis, Michel n'eut pas à attendre longtemps. Ponctuel, Cornelius commençait toujours son cours à l'heure prévue et, sans jamais regarder ni montre ni horloge, il s'arrêtait au moment précis de la pause. Les étudiants respectaient cette discipline et ne se présentaient jamais en retard. Pas même Michel le Fou.

« Mesdemoiselles, messieurs, nous allons prendre un instant avant de commencer, si vous le voulez bien. Certains d'entre vous ont peut-être remarqué les affiches qui sont apparues ce matin dans la faculté. »

Il y eut un murmure. La plupart des étudiants semblaient excités au plus haut degré. Michel, qui n'avait vu aucune affiche, se sentit un peu hors du coup, pour la peine.

« Nous avons tous beaucoup travaillé pour que cet événement se concrétise, aussi c'est avec une certaine fierté que je vous confirme la visite du grand inquisiteur Medina. »

Michel sentit un souffle glacé passer sur lui.

Un grand inquisiteur.

Ceux d'entre eux qui avaient moins de mille ans avaient conquis cette promotion en se distinguant dans la cruauté. Et pourtant, tout le monde acceptait leur présence comme très naturelle. Même Cornelius, un être assez doux, avait les yeux pleins d'étoiles.

Michel sentit, sur sa cuisse, une brève vibration. Un message texte. Il l'ignora.

«  Mardi soir prochain, il se tiendra en ce lieu, devant vous, et vous pourrez l'entendre parler. Je sais que certains d'entre vous, peut-être la majorité, rêvent de travailler pour l'Inquisition. Je vais me permettre de rafraîchir vos ardeurs. Le seigneur Medina viendra vous instruire et non vous recruter. »

Une autre vibration. Qui pouvait bien insister ? Certainement pas ses parents. Et il avait si peu d'amis... La police ?

Michel tenta de prendre son appareil le plus discrètement possible. En temps normal, jamais il ne se serait permis de consulter son téléphone en pleine classe. Le geste ne pouvait pas échapper à Cornelius, qui n'était qu'à deux enjambées, mais il tenait à savoir.

Hélène : Il faut que je te voie.

Hélène : Je n'arrive plus à joindre Guenièvre. J'ai peur.

Il mit un moment à se souvenir de Guenièvre. Puis il se rappela la veille, ce passage au Vade Retro qu'il leur avait promis.

Il rangea le téléphone.

« Toutefois, durant l'organisation de cet événement, l'Inquisition a émis le souhait de rencontrer certains de nos plus brillants étudiants. Trois, pour être plus précis. Il se trouve que l'un d'entre eux se trouve dans cette salle. »

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !