Chapitre 1 - Présentation

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Est-ce que vous vous souvenez de l'hiver 2014, décembre 2014 pour être précise... ?

La neige peinait à envahir l'Europe, les stations de ski criaient leur peine et les vacanciers cherchaient des activités à faire sans la célèbre poudre blanche.
Jusqu'au fameux week-end après Noël.


Alerte orange dans plusieurs départements, chassé-croisé au milieu des vacances et nuit d'enfer pour plus de 15'000 automobilistes.




Et bien cette nuit-là, c'est aussi le début de mon histoire. Ou plutôt le début de l'histoire de ma petite sœur, Cécile.


Mais je vais peut-être commencer par nous présenter.
Moi, comme vous le savez... je m'appelle Eni, enfin pour ici, évidemment que mes parents n'ont pas eu cet audace...
J'ai la quarantaine, des enfants et un mari... bref, une vie dans la normalité.


Ma sœur, 24 ans, célibataire, papillonnant, non pas de fleurs en fleurs, mais bien de bras en bras et me racontant tout. Ou presque !
Issue d'un second mariage, elle est bien plus jeune que moi. Nous n'avons jamais eu de rapport fraternel au sens commun du terme. On n'a très peu vécu sous le même toit.
Dès qu'elle était devenue assez indépendante pour devenir amusante, je terminais mes études et m'envolais fonder mon propre foyer.


Je l'ai vu grandir par étape. Du 24h sur 24 ou presque, les deux premières années de sa vie, puis épisodiquement jusqu'au jour où je me suis aperçue qu'elle était devenue une femme et que les petits amis qu'elle nous présentait ne se contentaient plus de lui tenir la main en lui bécotant le cou dans la cour de l'école... Elle avait grandi et avait une vie sexuelle, tout aussi active, voire même nettement plus, que moi.


Je vous disais donc... en décembre 2014, le 27 pour être précise, Cécile avait quitté Antibes et sa boutique de fleurs sans un regret et avait affronté les kilomètres d'autoroute pour nous rejoindre, mon mari, mes enfants, mais aussi son père et notre mère dans un chalet au cœur des Alpes.
Cette dernière organisait depuis quelques années un séjour en montagne entre Noël et Nouvel An pour rassembler toute la famille.
Je ne voyais que peu ma sœur. Nous passions des heures sur sky.pe à nous raconter nos vies et chaque été, je m'arrangeais pour trouver un camping pas très loin de la côte pour pouvoir passer au moins un week-end avec elle. Elle venait aussi nous voir à nos anniversaires lorsque ses finances le lui permettaient. Mais le reste de l'année se passait sans elle.


Après la mort prématurée de son frère jumeau dans un accident de la route, elle avait choisi de s'éloigner de nous. C'était elle qui était au volant, elle avait bu, un peu... moins que les autres. Elle s'était battue pour prendre les clés de la voiture des mains de notre frère qui lui était non seulement ivre, mais également shooté.
Elle en a eu fait des cauchemars, se revoyant triomphante, les clés à la main, montant dans ce tacot, prenant la route, le sourire aux lèvres, chantant et s'amusant...


Cent fois, elle avait revécu cette scène affreuse, où le camion fonçait sur eux, les phares l'éblouissant. Elle entendait les freins siffler, sentait la voiture déraper... était-ce avant ou après le choc ? Elle se souvenait du bruit de tôle, des cris, de ses larmes, du sang... tout était flou, et pourtant si présent.


Mille fois elle avait pleuré dans mes bras.


Le tribunal l'avait condamné que légèrement, uniquement pour son taux d'alcool dans le sang. Le véritable fautif était le chauffeur de camion qui avait fait un malaise cardiaque. Mais la culpabilité la rongeait depuis. Je crois qu'elle aurait préféré être condamnée plus lourdement, ou mourir avec son frère. Mais vivre avec ce souvenir lui était devenu intolérable.
Voir la peine dans les yeux de notre mère, les reproches dans ceux de son père l'avait éteinte.


Mais tout ceci est de l'histoire ancienne... Cela explique un peu son comportement et le mien par la même occasion, mais pas l'histoire réelle de ces « murmures »


En général, ma famille et moi-même fêtions le réveillon le 24 au soir dans la famille de mon mari, le 25 juste entre nous et le 26 nous prenions la route pour les Alpes. Une belle tradition qu'heureusement, nous avions réussi à maintenir.
Le fait aussi que Cécile adorait le ski était sans doute la clé de cette réussite.


Je venais de raccrocher avec ma sœur qui était sur la route. Criez pas, le téléphone au volant c'est interdit, je sais, et elle aussi. Mais le kit main libre à l'époque c'était pas encore interdit. Et vu notre passif... je vous assure que je ne suis pas parano, mais un peu en souci quand même.


Elle m'annonçait de forts ralentissements et surtout que la batterie de son téléphone était faible. Je soupirai d'énervement et elle rechigna :


- J'aime pas cette technologie, je fais pas gaffe... désolée d'avoir oublié de lui enfiler le mâle dans la femelle pour qu'elle puisse jouir à chaque appel !


J'aimais ses sarcasmes. Et je devais bien avouer que sans ma fichue anxiété, je crois que jamais elle n'aurait consenti à trouver une place pour un smartphone dans son sac ou ne serait-ce dans sa vie.
Je ne pouvais pas l'en blâmer. J'étais la première à râler que mes ados avaient toujours les yeux figés à leur écran, mais j'avais du mal à imaginer qu'au jour d'aujourd'hui une personne telle que ma sœur, ne puisse pas être joignable.


Bref... Elle était sur la route, ça bouchonnait, les automobiles se cumulaient, les kilomètres ne défilèrent plus, les voitures finirent même par se stopper entièrement parfois sur le bas-côté de la route, parfois au milieu de la chaussée... bref où c'était possible et Cécile passa la nuit perdue quelque part entre Albertville et Moutiers.


Autant vous dire que savoir ma jeune sœur toute seule en pleine nature, même avec des centaines d'autres touristes, ne m'emballait pas des masses, et mon sommeil fut très agité.
Il y a des mères poule... et il y a des sœurs protectrices... qu'est-ce que vous voulez que je vous dise...

MurmuresLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant