Chapitre XVIII

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Le silence dans lequel la salle est plongée me tord douloureusement le ventre. Spectateurs impuissants du duel de regard, toute l'Assemblée fixe Aoile et sa mère qui se font face. Depuis le balconnet sur lequel nous nous tenons, Lucifer et moi sommes un peu trop loin pour intervenir, mais suffisamment haut pour avoir une vue d'ensemble. Autour de mon épaule droite, je sens la douce pression d'une aile, telle une main rassurante sur l'épaule d'un enfant apeuré. Lucifer, à ma gauche, semble étudier la salle.

Un rire démoniaque, glacial s'élève dans la pièce, brisant le mince silence qui perdurait jusqu'alors. Repoussant ses cheveux blonds par-dessus ses épaules, la mère d'Aoile se détourne de sa fille pour fixer Lucifer. Derrière moi, je le sens soupirer avant que son aile quitte mon épaule et qu'un courant d'air balaye mes cheveux. Le bruit de ses pas me fait frissonner avant que je ne le voie passer devant moi, s'approchant de la balustrade.

— Dame Madera, soupire Lucifer, visiblement plus ennuyé que surpris.

Je reste à la place, telle une statue, pétrifiée par l'aura démoniaque que cette femme, cette démone, possède. Elle affiche un sourire mauvais envers Lucifer avant de faire une sorte de révérence ridicule, ce à quoi Lucifer répond par un nouveau soupir. Derrière Dame Madera, Aoile observe également son père, attendant sans doute une approbation pour sortir cette femme de là. Puis, son regard se pose sur moi et je peux presque sentir ses veines bouillir. Dame Madera intercepte ce regard et se tourne vers Aoile, me laissant le loisir d'observer ses cheveux blonds étincelants.

— Tu es sa protectrice ? Ricane la démone.

Je finis par cligner des yeux et bouger mes jambes, me rapprochant du balconnet pour observer leur altercation. Aoile hausse les épaules et croise les bras sur sa poitrine.

— Et donc ? Réplique-t-elle froidement.

Dame Madera se retourne vers Lucifer, me permettant de penser qu'à force, elle finira avec un torticolis. Sans un mot, les deux adultes semblent se parler jusqu'à ce qu'elle éclate à nouveau de rire et se tourne vers l'assemblée cette fois, ne contenant plus son rire affreux, qui déchire mes oreilles sensibles. Aoile décroise les bras et je vois une brève lueur de peur s'immiscer dans ses yeux.

— Samantha, notre dernière Banshee, est protégée par l'Abomination, le seul et unique rejeton de Lucifer. Ou plus précisément, celle qui protégeaient déjà les Banshees précédentes et a manqué à son devoir, les conduisant à leurs morts, explique Dame Madera d'une voix mielleuse.

À peine sa phrase terminée, un grand coup la fait tomber au sol, faisant crier les invités. Aussitôt, un mouvement de panique se crée et beaucoup de démons sortent par la grande porte tandis que Dame Madera se relève doucement pour faire face à son agresseur. Malgré sa robe et ses talons, Aoile fait toujours aussi peur quand elle est en colère. Ses yeux virent aux rouges, ce qui manque de me faire tomber de la balustrade si Lucifer ne m'avait pas retenu avec ses ailes. Dame Madera sourit et se contente de monter doucement les marches, se rapprochant de Lucifer et moi, par la gauche. Aussitôt, il me prend le bras et nous descendons les escaliers par la droite, pour échapper à la blonde.

Aoile la regarde faire, sans bouger, tandis que dans ses mains, deux lames apparaissent comme par magie. Ses yeux sont toujours rougeâtre et je peux voir sa cage thoracique se soulever rapidement, signe de son énervement. Je prends une grande respiration pour ne pas me mettre à me parler, comme cela m'arrive parfois quand je n'arrive pas à comprendre quelque chose. Mon coeur bat la chamade et les larmes coulent malgré moi. Un mélange de peur, de colère et de frustration sans doute. Malgré tout ce que Dame Madera m'inspire, elle m'a tout de même appris que les Banshees, mes parents, mes grands-parents peut-être, sont morts parce qu'Aoile n'a pas pu les protéger. Et pourtant, je lui fais toujours confiance, un peu naïvement sans doute.

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