Chapitre 8

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J'aurais reconnu sa voix parmi dix milles voix mélangés dans une foule de personne

J'aurais reconnu sa voix parmi dix milles voix mélangés dans une foule de personne. J'aurais reconnu cette intonation au milieu de la foule à Tokyo, à New York ou à Londres. Sa voix grave venait effleurer mes oreilles, apaiser mon cœur de cette brûlure au cinquième degrés..

« Il te pardonne, il t'a pardonné, arrêtes de te torturer.. » a-t-il chuchoté en me serrant dans ses bras.

Nahil était là, auprès de moi, en pleure lui aussi. Il avait tout entendu mais n'avait pas fait un bruit, parce qu'il s'était reconnu quelques années auparavant. Dans le même état que moi disait-il, mais je savais bien que j'étais bien pire que ça...

C'était son jour de permission de sortie et même ça, j'avais réussi à l'oublier. Il se tenait à devant moi, un grand gaillard, une barbe fraichement lavée, un qamis qui venait d'être légèrement parfumé.

Le temps avait fait de nous deux être complètement différents : il prenait soin de lui, essayait de passer le temps. Il n'avait pas perdu un seul gramme et prenait soin de son sourire. N'importe qui aurait su nous différencier.

Dans le creux de mon oreille il m'a glissé :

« Arrête de te faire du mal mon frérot, ça va aller. Tu sais la vie est ainsi faite. « A Lui nous reviendrons ». Hier c'était lui, demain peut-être moi et après-demain peut-être toi. Alors souris, fonce, la vie court, avec ou sans toi. Arrêtes de perdre ton temps, parce que sinon je te jure que le jour où tu te regarderas dans le miroir tu verras des rides au coin de tes lèvres. Il sera déjà trop tard. Tout le monde a besoin de toi ici.. Et tu sais ce qui m'attriste le plus aujourd'hui ? En mourant Ozcan a fait mourir une partie de nous, et toi, tu es en train de faire mourir ce qu'il te reste. Ne cours pas à ta propre perte. « Ne vous tuez pas vous-même »... »

Il m'a embrassé sur le front, puis a levé ses mains au ciel et m'a demandé de faire de même. Ce matin-là Nahil avait fait une invocation sublime...

« Ya Allah, guérit le cœur meurtri de mon frère, soulage ses peines et douleurs. Redonnes lui le goût de vivre. Ya Allah, assèche les rivières de larmes qui glissent le longs de ses joues, panse ses plaies et greffe lui un beau et grand sourire jusqu'à ce qu'il Te rejoigne.... Allahumma amîn » a –t-il dit la voix pincée, le cœur serré.

Puis il m'a tiré par le cou et m'a fait redescendre à la maison. Subhana'Allah ce jour-là, j'ai vu mon père avec d'autres yeux. Il était si fier de nous voir rentrer côte à côte, comme avant, comme s'il ne s'était jamais rien passé. Je suis parti ranger mon tapis de prière dans ma chambre quand j'ai entendu Nahil parler à mon père :

« Tu sais Baba, moi et Yazid on est les deux mêmes. Les conneries on les a faites ensemble, on les a assumés ensemble. Si tu lui en veux à lui, tu dois aussi m'en vouloir à moi. T'as pas le droit de faire ce que tu fais. Tu dois réussir à nous pardonner, on s'est rangé maintenant, c'est une nouvelle vie qui commence. Cette fois on a compris la leçon. »

Il n'a rien dit, pas un mot, pas une parole. Mais Nahil avait raison, finalement personne n'a suivi personne, personne n'a été réellement contraint de faire ce qu'il a fait. Je suis en suite partis au travail, laissant Nahil avec mes parents, mes petites sœurs. J'étais là encore, le maillon défaillant de la chaîne.

Je ne sais même pas s'ils ont réellement sentis mon absence. J'me sens seul, tout le temps seul. Et savoir que je compte à leurs yeux ne me procure aucune sensation d'appartenance, aucun sentiment de bonheur. Entouré de 100 personnes, je me sens tout de même seul. Et ça personne ne le comprends.

J'ai besoin de me reconstruire, de reconstruire ma vie. Je ne sais pas encore comment, mais je sais qu'il faut que je le fasse. Il faut que j'arrive à écrire une nouvelle histoire, dans un autre endroit. Il faut que je reparte du bon pied, que je me mette debout à nouveau, que j'avance.

Il le faut parce qu'Allah azzawajel ne m'a pas mis sur Terre pour rester là à ne rien faire. J'ai des œuvres à accomplir. Et chaque minute passer loin de mon Créateur est une déchirure. Chaque journée sans apprentissage de l'Islam est une journée gâchée, perdue, inutile.

Alors voilà à quoi j'avais décidé de me raccrocher : à la religion. Les semaines qui ont suivis ont été totalement dédiée à l'apprentissage de la religion. J'accumulais les livres religieux des savants dans ma chambre, si bien que j'avais installé des étagères aux murs pour pouvoir me faire une mini bibliothèque.

J'appliquais chaque conseil du mieux que je pouvais. Je regardais des conférences sur des sites musulmans, j'apprenais de nouvelles sourates. J'avais aussi prévu de me rendre à des cours religieux à la mosquée de ma ville.

Je me rangeais, difficilement, mais je me rangeais. Je parlais beaucoup avec mes petites sœurs, de religion mais de la vie également. Et je voyais qu'elles s'y intéressaient de plus en plus. Suheyla elle, prenait de l'assurance.

Elle avait pris conscience que la femme était un trésor unique, que chacun se doit de chouchouter et de mériter. Elle apprenait la prière à Ilhem, petit à petit, doucement mais sûrement. Et elle y prenait goût.

Un matin, levé pour fajr, mon père est venu me chercher dans ma chambre et m'a dit « Yazid, on t'attend pour la salât au salon, dépêches-toi. » Lorsque je les ai rejoints au salon, mon père avait posé un tout nouveau tapis de prière, juste devant le leur, puis il m'a dit « Je t'ai acheté ce tapis hier, il est doux et plus épais que ton ancien tapis.

Tu auras moins mal aux genoux avec celui-ci. Et avec tout ce que tu as appris, le comportement que tu as, j'aimerais que tu diriges les prières maintenant. »

Jamais on ne m'a fait plus plaisir que ça. Diriger la prière de ma famille. Etre de nouveau une fierté pour mon père. Une larme de joie à dévalé mes joues sans que je puisse la retenir, j'étais de nouveau heureux, très heureux.

J'étais devenu pieux. Et j'avais une bonne santé. Tout allait donc pour le mieux, mais pour combien de temps ? Le bonheur allait-il enfin s'installé dans ma vie ?...


Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT!