Chapitre XVII

Depuis le début

— Je vais vous rendre présentable. Mon nom est Georgie et je suis une Morte au service des différentes créatures qui peuplent les Enfers. Mon âme est à votre service pour aujourd'hui Mademoiselle Green, se présente Georgie.

Je cligne trois fois des yeux avant de comprendre qu'elle est sérieuse. Elle est morte ? Comme dans "cadavre", morte ? Je tique sur cette dernière image et me mure dans le silence, laissant la pauvre Georgie seule à parler de tout et de rien. Ma salive se bloque dans ma gorge tandis que mon cerveau arrête de fonctionner. Quelque part, c'est logique. L'Enfer, les Morts, c'est assez normal. Mais c'est super déstabilisant ! Et totalement anormal pour moi, qui vient d'être balancée dans le bain ! Décidant de rompre le silence, j'adresse à Georgie un pauvre sourire et décolle du lit pour venir m'asseoir près de la coiffeuse.

— Depuis combien de temps es-tu au service de Lucifer ? Je demande, mal à l'aise.

Georgie sourit tout en commençant à brosser mes cheveux bruns, leur rendant petit à petit leurs ondulations naturelles. Je ne sais pas ce qu'elle applique en même temps que la brosse, mais ça marche : mes cheveux sont magnifiques !

— Cela fait presque cinquante ans, depuis ma mort, m'apprends la jeune fille.

Je reste sans voix. Cinquante ans ? Mais elle ressemble à une jeune fille de vingt ans ! Est-ce qu'après la mort, on arrête de vieillir ? C'est possible après tout, mais cela veut dire qu'elle est morte très jeune... Dans la vingtaine... Rien que d'y penser, mon ventre se serre et mes yeux prennent une teinte plus sombre. Georgie semble le voir et elle me touche tendrement l'épaule.

— J'étais gravement malade vous savez. La mort a été une délivrance et maintenant je peux vivre éternellement et ne plus tomber malade !

Sa joie est communicante, puisque mon sourire revient également. Un sourire plus réservé et timide, mais c'est déjà ça. Je suis toujours un petit peu étourdie par toutes les informations de ces derniers jours. Banshees, Dullahans, Démons, je me demande vraiment si je réussirais à avoir une journée sans révélations étonnantes. J'ai vraiment l'impression qu'un mois s'est écoulé depuis l'accident à Sainte-Catherine alors que c'était il y a moins d'une semaine. Après des heures de toilettes accablantes, la Morte me laisse enfin voir les résultats de son travail, dans un miroir qui apparaît près de la porte d'entrée. 

Je reste bouche-bée devant mon reflet, bien loin de la Samantha cachée par ses pulls et son silence. Une jeune fille -celle que j'aurai désiré être peut-être ?- se tient devant moi, joliment habillée par une robe blanche simple, qui moule mon corps jusqu'à la taille avant de s'évaser, jusqu'aux genoux. Mes cheveux courts sont savamment relevés en chignon et je ne ressens aucune douleur à la nuque, ce que le chignon parfait provoque habituellement. Mes yeux sont mis en valeur par un simple trait d'eye-liner et une couche de mascara, rien de bien fou. J'adresse un sourire reconnaissant à Georgie qui se tient à mes côtés en silence.

— C'est magnifique ! Je lance, sincère.

La jeune fille sourit et me désigne une paire de ballerines de couleur crème près de la porte avant de me prendre dans ses bras. C'est une étreinte étrange, sa fraîcheur dressant mes poils sur mes bras et provoquant une sorte de chair de poule dans mon dos. Elle s'écarte de moi et estime du regard son travail avant de s'en aller. 

Visiblement, elle n'est pas très causante, mais c'est un bonus pour moi. Je ne veux rien apprendre de plus, j'ai eu mon quota pour la journée. Sur le mur à côté de la porte, l'heure s'affiche avec un petit décompte. Le temps qu'il me reste avant la soirée. Je respire fortement quelques minutes, pour me donner du courage, avant que le décompte ne s'efface et que ma porte s'ouvre d'elle-même. Pleine d'espoir, je jette un coup d'œil à la porte d'Aoile, mais cette dernière reste fermée. Comment suis-je censée me rendre au bal moi-même ? Je ne sais même pas où il a lieu !

The Last Banshee [Tome I]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !