Elisabeta - Chapitre 4

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« Après le crime de meurtre, le crime de transformation est considéré comme le plus grave au sein du Cercle : offrir son sang à un humain, de gré ou de force, dans le but de lui donner l'éternité, et sans l'autorisation des Maîtres, est puni de mort.

Aucune exception ne pourra être tolérée, en vertu des accords conclus entre le Cercle et l'Église en 1280. Le Rettore devra s'assurer du respect de cette Loi, par tous les moyens mis sa disposition. »

Loi relative à la nomination du Rettore, 
promulguée en mai 1640


Giovanna
Positano (région de Naples), Italie — Novembre 2014



J'espérais perdre connaissance mais à mon grand désarroi, impossible d'échapper à cette interminable paralysie qui ne me laisse aucun répit. La douleur revient, petit à petit, elle s'empare de mon corps comme une vague : la barrette qui me rentre dans le crâne, mon dos malmené, ma gorge comprimée et réduite en charpie... Clouée au sol, baignant dans mon propre sang, je parviens à regagner mon calme au bout de longues minutes de panique. J'analyse ensuite la situation, froidement. Mon agresseur a foutu le camp sans demander son reste, et mon téléphone traîne quelque part hors de portée. Luciano ne rentrera pas avant un moment. Je ne peux plus bouger.

Je suis dans la merde, donc.

Une sourde colère commence peu à peu à prendre le dessus, ce qui en rajoute à mon désœuvrement. Pourquoi ce type m'a-t-il fait subir ceci ? Pourquoi ne s'est-il pas contenté de me foutre une tannée, de boire mon sang et de se tirer, s'il s'agissait d'envoyer un message à Luciano ? Quel message, bordel ?

La perspective de la métamorphose à venir me terrifie. Je me force à ne pas y songer, à occulter cette donnée pour y revenir plus tard, mais l'idée s'impose dans mon esprit sans vergogne. Impossible de m'y soustraire. Je me demande d'ailleurs comment je peux imaginer ne pas y penser alors que je sens encore la brûlure le long de mon œsophage et dans ma gorge, comme si l'on m'avait obligée à avaler un acide. Ma paralysie n'est qu'un des symptômes de la transformation qui s'est enclenchée. D'ici quelques heures, je deviendrai l'un d'entre eux.

Putain, non, je ne veux pas accepter ça. Je ne veux pas me changer en l'un de ces monstres. Car l'immortalité m'obligera à me conformer aux lois du Cercle, et je n'en ai pas la moindre foutue envie. Je ne veux pas me soumettre à leur autorité ni subir leurs interdits. Je refuse qu'ils me surveillent et décident à ma place. Déjà, les conséquences de mon agression m'assaillent : si les Maîtres acceptent de me garder en vie, je devrai quitter Luciano. Et Mila... Mila pourrait devenir une Gemella à son tour, peut-être même dans cette maison. Tout ce que j'ai sacrifié ne servirait à rien.

Penser à Mila exacerbe ma colère et, curieusement, me sort de ma transe. Je parviens enfin à bouger mes mains et mes pieds. Mes membres commencent à fourmiller, m'arrachant une grimace de douleur. Avec l'aide de mon écharpe, je tente de réduire le flot léger et continu de sang qui s'échappe des morsures. Puis je réussis à ramper jusqu'au salon, laissant derrière moi de longues traînées rouges. Une fois près du canapé, je me hisse dessus et trouve mon téléphone. Les vertiges se sont estompés, par chance, remplacés par d'étranges taches de couleurs dansant sur mon champ de vision.

Je me surprends par mon propre calme. Mes mains tremblent sur mon téléphone, mais je parviens tout de même à envoyer un message à Luciano et à Raphaël, renonçant à appeler l'un ou l'autre à cause de ma gorge malmenée.

Elisabeta + SintevalLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant