Chapitre 7

3.6K 312 16

Oops! This image does not follow our content guidelines. To continue publishing, please remove it or upload a different image.


Ce matin-là, il était 9h00 et j'avais passé la nuit sur le toit. Encore une fois. J'avais pris mon tapis de prière avec moi, mon Coran et une bouteille d'eau, histoire de passer la nuit correctement. J'ai longuement observé les étoiles, toutes plus brillantes les unes que les autres. J'ai prié Fajr, la prière de l'aube, le visage éclairé par les premières lueurs du soleil. Une brise séchant mes joues humides.

En chuchotant, j'ai commencé à parler seul...

« Eh Ozcan, faut qu'tu reviennes mon pote. Ca fais déjà quelques semaines que t'es partis et regarde dans l'état que j'suis depuis. Regarde-moi, reviens et rends-moi mon sourire espèce de p'tit voleur. Tu m'as tout pris frère et ça c'est pas drôle.

T'es partis et t'as tout emmené avec toi tu sais ? Tu m'as rien laissé. J'imagine même pas l'état de Nahil, J'ai essayé de consoler ta mère, mais tu sais perdre son fils c'est loin d'être une épreuve facile à surmonter, il faut qu'tu lui laisse du temps. Je sais que chaque soir elle te pleure, mais elle continuera de pleurer, quoi qu'il se passe.

J'étais là à la salât janaza, j'espère que tu m'as vu. Tout le quartier était là d'ailleurs. Des plus petits jusqu'aux plus grands et personne n'a su me consoler moi. Il a fallu ton décès pour nous rassembler, triste histoire, triste réalité. J'ai embrassé tes parents, les ai serré fort dans mes bras. J'avais le cœur en miette mon frérot.

J'crois bien que j'ai jamais été aussi triste de toute ma vie. Le départ de Wafa était une rigolade à côté de ça. J'suis anéanti et tous les jours j'me demande comment je vais réussir à me relever. J'y songe pas encore. J'en ai même pas envie d'ailleurs.

Ce que j'ressens ? Tu veux vraiment savoir ? Même si j'étais le plus dur de toute la cité, j'ai finis à Terre. J'ai sentis mes sentiments se dissoudre à l'acide. T'as tout saccagé sur ton passage. Un p'tit galérien au cœur ruiné. Il n'y a pas que mon visage qui est balafré. La douleur a été la même que si on m'avait torturé. Tu vois Ozcan, j'ai jamais eût aussi mal de toute ma vie, j'ai jamais autant souffert.

Dis-moi qu'c'est un cauchemar, que j'vais me réveiller demain matin et qu'tu m'auras envoyé un message sur mon téléphone. Dis-moi qu't'es pas partis définitivement, que t'es sur la route du retour. Dis-moi qu'c'était qu'une illusion, un mirage, une rumeur.

Et puis dis-moi qu't'as pas souffert aussi, que ta mort était douce, qu't'as pas eût mal une seule seconde. Parce que si j'pense à tout s'que t'as pu ressentir j'vais leurs faire du mal. J'vais briser leurs vies et leurs familles, alors dis-moi qu'c'est pas de leurs fautes. Ramènes-toi, viens me raisonner, j't'en prie, avant que j'dérape une nouvelle fois. Dis à mes vieux démons qu'ils restent dans leurs coins et que j'ai pas besoin d'eux.

Faut qu'tu m'parles, faut qu'tu m'dises. Expliques moi, j'ai trop de point d'interrogation. Qui t'a appelé ce soir-là ? Qu'est-ce qu'il t'a dis ? Pourquoi t'a baissé les bras hein ? Pourquoi t'as pas lutté plus longtemps ? J'suis rempli de « pourquoi », de « comment », alors viens m'répondre, une dernière fois.

Non j't'en veux pas, j'suis pas en colère même si j'en ai l'air. J'suis triste, simplement triste. J'en veux à la Terre entière Ozcan, j'en veux à tout le monde et à personne. J'suis perdu, j'ai besoin de toi, t'étais ma boussole.

A quoi ressemble l'intérieur de mon cœur ? Je suis le quartier Chaar à Alep, en Syrie, quand ils se font bombarder jour et nuit, j'vais mal comme ces syriens qui luttent pour respirer après une attaque au gaz sarin, comme tous ces juifs qu'on a torturé en 39-45 parce qu'un débile à eût une pensée plus conne que les autres. Les dégâts prennent une ampleur phénoménale. Tout se propage et tout le monde s'emmêlent, alors que j'veux que toi frérot.

Et puis, j'me sens coupable aussi, coupable de s'qu'il t'arrive. J'me dis que si j't'avais pas embarqué avec moi il y a plusieurs années, t'aurais jamais eût cette crise. J'pense que si j't'avais laissé tranquille, si j't'avais pas pris sous mon aile, j'aurais peut-être pu permettre à ta mère de te garder dans le creux de ses bras.

Dis-moi qu't'es bien là-bas, que tu manques de rien. Dis-moi qu't'as plus besoin de rien et que tu veilles sur les tiens. Dis-moi qu'tu m'aimes aussi, aller une dernière fois. Une première fois plutôt, parce que j'crois qu'on se l'est jamais dit et pourtant on n'arrêtait pas de se le montrer hein ?.. Dis-moi qu't'as tout entendu, que j'ai pas besoin d'me répéter..

Et puis merde, j't'aime tellement Ozcan. J'suis désolé pour tout, désolé si une seule fois je t'ai fait du mal. Excuse-moi si une seule fois j'ai haussé le ton sur toi, si j'ai été méchant, si je me suis moqué. Pardonne-moi la moindre petite erreur à ton égard.

J'pensais avoir le temps de m'excuser mais Allah t'as enlevé à moi, j'en suis réduis à m'excuser au haut d'un toit. J'pourrais sauter aussi, mais j'sais qu'tu m'regardes et que ça te ferais mal de me voir écrasé sur le sol.

Tu sais il y a sept merveilles au monde : la pyramide de Khéops à Gizeh en Égypte, les jardins suspendus de Babylone, la statue de Zeus à Olympie, le temple d'Artémis à Éphèse, le Mausolée d'Halicarnasse, le Colosse de Rhodes et le phare d'Alexandrie. Mais finalement j'en compte huit, ton joli petit cœur vient s'y ajouter..

wAllah faut que j'arrête de pleurer je sais, mais j'suis inconsolable. J'bégaye même quand je parle, j'hésite, j'arrive même plus à finir mes phrases... Même mes lèvres refusent de s'ouvrir, de prononcer ces quelques mots.. Regardes- j'ai trempé mon qamis, ma barbe est mouillé de sanglot..

Alors j'vais t'laisser mon frangin. Si tu vois mes deux autres p'tits frères, dis-leurs que je l'ai ai pas oublié, mais que j'me suis toujours pas pardonné leurs disparitions. Dis-leurs que j'les aimes eux aussi, même si j'leurs ai jamais dis, dis-leurs. Et j't'en supplie, pardonne moi, pardonne moi... pardonne moi... »

Les larmes dévalaient mon visage, caressaient mes lèvres asséchées, je criais de douleur, assis sur mon tapis, mon seul meilleur amis, quand je l'ai entendu prononcer ces quelques mots...

Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !