Chapitre 6

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En partant, Ozcan avait broyé mon cœur

En partant, Ozcan avait broyé mon cœur. Je perdais goût à tout et même Allah azzawajel n'avait pas pris la peine de me consoler. Je me sentais seul, désespérément seul. Ma mère perdait un troisième fils, une nouvelle fois, mon père pleurait, le front sur son tapis de prière. J'étais moi aussi, inconsolable, remplis de larme.

 J'étais devenu un homme si triste, au ciel gris, sombre et noirâtre. Ma vie était devenue en elle-même une épreuve. Si je n'avais eût mes petites sœurs durant cette période, je serais moi-même partit. Le décès de mon troisième petit frère, la poisse me collait à la peau, ou bien peut-être que c'était moi qui collait la peau de la poisse.

Tous ceux qui vivent autour de moi finissent par être touché de malheur : ma mère a perdu ses fils, ma tante perd son fils, mon frère est emprisonné de ma faute... et les problèmes arrivaient par centaines. C'était une dure responsabilité à assumer vous savez, être au milieu de tous ces pleurs, sans pouvoir sécher une seule larme, j'aurais aimé devenir aveugle, sourd et muet en même temps.

Au départ, j'ai fait le fort, pour ma famille. Parce que j'étais dur, j'étais un homme fier et tenace. Il était difficile pour moi d'avouer que j'étais blessé, que je saignais. Puis les jours passaient et je devenais fragile. Je pleurais de plus en plus souvent, sur le toit de la tour, comme mon semblable auparavant. Je me suis souvent « moqué » de lui avant, et pourtant ce que ça fais du bien. Si vous saviez.

Ensuite, j'ai perdu l'appétit. Je ne mangeais que rarement. Rien ne me donnait envie, à mes yeux rien n'était appétissant. La moindre odeur de nourriture me dégoûtait. Le moindre fast-food me faisait fuir.

Puis enfin, j'ai perdu le sommeil. Je passais mes nuits sur le toit. A parler, à pleurer, à somnoler, mais jamais je n'ai dormis d'un sommeil lourd. Il m'arrivait même de partir au travail, sans avoir fermé l'œil de toute la nuit.

Mon qamis préféré était devenu un qamis noir foncé. J'avais les cheveux longs, ondulés, jusqu'au-dessus des épaules. Je ne me parfumais plus. Je ne sortais plus. Je ne parlais presque plus à Nahil. Parce que nous étions dans un mensonge constant, autant lui que moi et cela devenait invivable. Il me faisait croire que tout allait pour le mieux et je faisais de même. Mensonge sur mensonge. Erreurs sur erreurs.

En fin, je me suis mis à l'écart. Je ne supportais plus la foule. Aller au travail devenait un supplice parce que je les voyais me fixer. Ils m'avaient vue changé et s'inquiétaient pour moi. Mais moi-même je ne m'inquiétais pas pour moi, alors qu'ils continuent tous leurs vies comme si je n'étais pas là. Je voulais être tranquillement seul, complètement seul.

 J'ai dédié ma vie à mes petites sœurs, à les gâter comme je le pouvais avec de l'argent propre. De nouveaux sacs d'école, de nouveaux vêtements, de nouveaux jouets. Puis j'avais commencé à refaire la nouvelle cuisine pour ma mère, elle méritait bien ça, c'était le minimum.

Ma vie était devenue un véritable enfer sur terre. Les mecs de ma cité disaient de moi que je devais me droguer, vue l'état dans lequel j'étais. Starfa'Allah, comme les gens se permettent de porter des jugements, des suppositions dégradantes sans véritablement savoir ce que vivent les autres autour d'eux.

Qu'Allah azzawajel m'éloignent de ce genre de personne, qui pensent avoir le dessus sur des personnes qui côtoient le très bas. Il est tellement facile de s'en prendre aux plus faibles, de critiquer et cracher sur des personnes qui n'ont même pas l'envie de répliquer.

En vérité, ces personnes n'existent que par leurs médisances. Alors s'il y en a qui me lisent, qu'est-ce que ça fait d'être transparent hein ? Vous vous sentez importants quand vous parlez sur le dos des gens ?

Enfin bref, certains disaient de moi que je courrais à ma propre perdition, ma propre destruction. D'autres pensaient que Wafa était la seule qui pourrait me guérir de toute cette maladie, qu'elle serait la seule à pouvoir m'aider, me guider. Mais la vérité c'est que je n'avais plus goût d'aimer. Je la gardais dans le fond de mon cœur, bien au chaud, en attendant que j'aille mieux. Parce que quelqu'un de si malheureux n'aurait jamais réussi à la rendre heureuse.

Je n'aurais même pas su la faire sourire, j'avais perdu mon amour, mon humour, ma douceur. J'avais tout perdu, mais je ne voulais pas la perdre, pas elle. Pas ma future femme, pas la future mère de mes enfants. Alors je lui ai passé un coup de fil :

Yazid : « Salam Aleykum wa ramatullAhi wa barakatu Wafa c'est Yazid. Je voulais juste te dire que tout va bien mais que je passe une dure période, j'ai beaucoup de problème. Je suis désolée ma puce, tu sais j't'oublie pas et j'pense à toi tous les jours, seulement j'suis si mal que j'veux pas te faire de mal. »

Wafa : « Wa aleykum salam wa ramatullAh wa barakatuhu, j'ai appris pour Ozcan. Tiens le coup mon ange, soit fort. Tu sais à quel point il t'aimait, t'étais son grand-frère, alors t'as pas le droit de baisser les bras, continues de le rendre fier.. »

Yazid : « J'avais tellement besoin d'entendre ça, si seulement tu savais... »

Wafa : « Je suis là, je serais là tous les matins de ta vie si Allah me le permet sois en sûr. Tu peux t'endormir, je veille sur toi. A des centaines de kilomètres c'est toi, toujours toi. Je sais que tu va-t'en sortir et j'peux te le répéter toute la nuit si t'en a besoin.. »

Yazid : « Uhibukki fillAh, tu es la meilleure chose qu'Allah m'ai apporté. Je vais venir te chercher, fais-moi confiance.. »

Wafa : « In shâa Allah. Tu sais, t'avais raison. T'es quelqu'un de bien tu sais pourquoi ? Parce que tu m'as fait comprendre que la pudeur était primordiale. Je porte le jilbab Yazid... »

Yazid : « Ma shâa Allah, Allahu akbar, j'en ai tellement rêvé, je suis si fier de toi. Passe une bonne nuit, je t'aime ma perle. »

Quelle douceur, quel bonheur à l'état pur. Elle était le pansement de toute mes plaies et depuis toujours. Elle m'était destinée. C'est elle le terminus de mon cœur, mon mektoub, mon bijou. Je l'aimais si fort, si intensément. Qu'Allah le Très-Haut me la garde le plus longtemps possible in shâa Allah ....


Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT!