Chapitre 11 - Intronisation (2)

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– Zentha Bolltes, dit l'Archiatre avec solennité, tu te présentes à nous à la fin de ton cycle d'apprentissage. Ton parrain, le Kraft Lusragan Lutdz, te propose de t'élever aux fonctions de Kraft Samarit. Le souhaites-tu ?

– Oui, répondit la jeune fille d'une petite voix fluette, mais sans hésiter le moins du monde.

– Comprends-tu les responsabilités qui t'incomberont ?

– Oui.

– Acceptes-tu de te plier à la discipline que l'on t'imposera, d'agir dans l'intérêt et pour le bien des malades, de considérer tes collègues comme tes frères et tes sœurs, de te garder de tout méfait contraire à tes fonctions ?

– Oui.

– Bien, dans ce cas prête serment, ordonna Tora.

– Que les Gardiens et mes maîtres soient témoins de mon engagement. Je jure d'exercer mon art avec conscience, dignité et loyauté, de consacrer ma vie au service de mes patients et de considérer leur santé comme mon premier souci. Je témoignerai à mes maîtres, mes frères et sœurs le respect et la reconnaissance qui leur sont dus. Je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice, je veillerai à ce que mes connaissances ne soient utilisées que dans l'intérêt de mes patients.

– Si tu remplis ce serment sans l'enfreindre, qu'il te soit donné de jouir heureusement de ta vie et de ta profession, honorée à jamais des Gardiens et des hommes ; si tu le violes et que tu te parjures, puisses-tu avoir un sort contraire !

L'Archiatre défit alors la tresse de Zentha Bolltes, retira les perles orange et les remplaça par celles des Kraft Samarit.

– Sois la bienvenue, Kraft Samarit Zentha Bolltes, fit Tora avec chaleur.

Elle lui donna l'accolade sous les applaudissements nourris du public, puis la jeune fille rejoignit Chuuluny, recevant au passage les félicitations de Lenneth, son parrain.

Eusebio suivit la suite de la cérémonie d'une oreille distraite – le serment prêté par la jeune Samarit faisait surgir des réminiscences. Ce n'est que lorsque Tora nomma un nouveau Lusragan, après que l'un des autres responsables eût accueilli à son tour un Juge, que l'herboriste se le rappela tout à coup : les paroles lui étaient non seulement familières, mais aussi inhérentes. Zygmund Hasko les avait répétées suffisamment de fois, avant de lui faire réaliser un simulacre de cérémonie du serment, peu de temps avant sa disparition. Eusebio appliquait ces paroles comme des préceptes, des dogmes, depuis qu'il était apprenti apothicaire, sans jamais interroger leur bien-fondé ou les remettre en question. Les entendre de la bouche de ses confrères lui fit courir des frissons de glace brûlante le long de l'échine et des bras – c'était comme entendre un fantôme, et retrouver un vieil ami.

À son tour, Chuuluny fut appelée sur l'estrade, annoncée par Maître Arminius. La jeune fille prêta serment, reçut un collier semblable à celui du vieux Magister, et reprit sa place dans la foule. L'herboriste la félicita chaudement – c'était grâce à sa patience et à son habileté qu'il avait pu vraiment apprendre à écrire et à lire. Le jeune homme se promit de lui donner les recettes de ses meilleurs onguents, en prévision des inévitables rhumatismes qui viendraient lui ronger les doigts dans quelques années.

On attribua ainsi leurs fonctions à une vingtaine d'adolescents – pas un adulte parmi ces nouveaux intronisés, put constater l'herboriste. Il demanderait à Lenneth ou Maître Arminius si s'élever dans de nouvelles fonctions était possible, au cours d'une vie. Tora avait-elle toujours été Archiatre ? Et, en dehors de toute considération d'âge, songeait Eusebio avec une pointe d'envie qu'il ne voulut admettre, Chuuluny possédait-elle suffisamment d'expérience pour assumer les responsabilités d'un professeur ? Lorsque les derniers applaudissements s'affaiblirent, il crut que la cérémonie était achevée et que la Sisä Censora Zander allait refermer son registre ; mais Tora reprit la parole :

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