Chapitre 5

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Tout d'abord, il nous expliquait qu'une chose étrange s'était déroulée cette nuit

Tout d'abord, il nous expliquait qu'une chose étrange s'était déroulée cette nuit. Un jeune homme, se présentant comme son frère, aurait appelé l'hôpital, pour parler à Ozcan. L'infirmière a expliqué que cela se révélait impossible puisqu'Ozcan ne parlait toujours pas et qu'il était toujours dans le coma. Mais comme il insistait, elle aurait apporté le téléphone à l'oreille d'Ozcan, quelques minutes. Elle n'a pas entendu ce qu'il a dit, mais était certaine que cet appel avait eût une incidence sur ce qui s'était déroulé après. Puis le médecin a conclu par :

« Ecoutez Madame ***** ... Dans la nuit il y a eu quelques complications, une petite heure après cet appel, la tension d'Ozcan est montée en flèche avant de redescendre au plus bas, entrainant dans sa chute, son cœur. Nous avons essayé en vain de le réanimer, durant 38 minutes, mais sans succès. Ozcan est décédé à 05 :33 d'une crise cardiaque d'abord. Puis quelques minutes après cette crise, tous ces organes vitaux ont cessé de fonctionner. Ses poumons se sont remplis d'eau, son pouls a diminué jusqu'à devenir absent. Ozcan a arrêté de se battre, cette nuit il a déposé les armes. Nous avons tenté de vous joindre à plusieurs reprises aujourd'hui mais cela était impossible... Je suis sincèrement désolé, toutes mes condoléances.... »

Ses genoux se sont pliés, entrainant sa maman au sol. Les mains très hautes vers l'Omniscient, la mère d'Ozcan hurlait sa peine et son désarroi. C'était bel et bien fini. Mon frérot était partit, il avait lâché l'affaire. Je l'ai serré si fort que mes bras s'en souviendront toute leurs vies. J'ai tenté de la consoler mais elle était inconsolable. Tout en pleurant elle m'a chuchoté, « j'étais à la mosquée toute la journée Yazid.. J'étais à la mosquée..... ».

« Je sais, tu étais à la mosquée, tu priais pour lui et qu'est-ce que c'est beau de voir tant d'amour dans les yeux d'une seule femme. Tu as été une mère parfaite tata, que tout le monde rêvait d'avoir, il était si fier de toi. Il t'aimait d'un amour inconditionnel. Mais lui aussi était fatigué tata, une vingtaine de mois qu'il luttait tant bien que mal à revenir à lui, mais tout dépend d'Allah. Il a fait de son mieux, ne lui en veut pas... Ça va aller tata, tu vas y arriver. Regardes-moi, allez lève la tête, je vais t'aider à t'en sortir. wAllahi tu ne seras jamais seule... »

Je ne remplacerais jamais son fils. Je ne prendrais jamais sa place dans son cœur. Personne ne remplacera Ozcan, jamais.

Ses jambes se sont mises à trembler, si bien qu'il lui était devenu impossible de marcher. J'ai porté ma tante, ma deuxième mère, à bout de bras. Subhana'Allah, j'avais l'impression de porter une enveloppe corporelle, sans rien à l'intérieur, dépourvu de toute âme, de tout organe. Elle pleurait, coller contre mon torse, comme une enfant de dix ans qu'on venait de punir, comme lors d'un premier chagrin d'amour, comme lors d'un décès. On venait de lui arracher les poumons à vif, on lui avait enlevé ce qu'elle avait de plus chère sur cette Terre, sa raison de vivre.

Cette sensation devait être horrible, invivable. L'impression qu'on te compresse la cage thoracique, qu'on te broie la gorge jusqu'à ne plus pouvoir respirer. La sensation d'étouffement. La vie aurait pût tout lui enlever, tout lui prendre, sa santé, son toit, son métier, son argent, son mari, mais surtout pas son fils.

 Et elle y croyait tellement, elle pensait tellement qu'il s'en sortirait, qu'ils sortiraient ensemble de cet hôpital si froid, si vide, si glauque. Et puis tous ces espoirs se sont réduits à néant, partit en fumée, incendiés, brûlés, calcinés, tout était terminé. Tout était terminé pour elle, pour lui, pour moi.

Notre vie ne sera jamais plus la même, plus jamais pareille. Tout prenait un nouveau tournant, il fallait que l'on apprenne à vivre sans notre rayon de soleil et wAllah qu'est-ce que ça allait être difficile. Qu'allait devenir ma vie sans lui ?

Ce soir-là, j'ai senti mon cœur se meurtrir d'amour, je l'aimais tellement. Aucun amour ne pourra rivaliser avec le nôtre. Un amour inconditionnel. Je l'ai protégé, aidé, sauvé, plusieurs fois. Je l'ai vu grandir, sourire et parfois même pleurer. Je l'ai porté sur mon dos quand il était fatigué, j'ai pris des coups de matraques pour qu'il puisse courir plus loin. Quand j'étais petit, je lui ramenais toujours son malabar à la menthe avant l'école. D'ailleurs on aurait mieux fait d'y rester plus longtemps à l'école, peut-être qu'on serait assis dans un bureau à cette heure-ci.

Alors il a fallu une seule fois, un seul jour, une seule heure, pour que tout dérape. Ya rabbi, pourquoi tant de peine ? Pourquoi tant de tristesse dans ma vie ?

Si j'avais eût une corde ce soir-là, je me serais pendu. Je m'y serais attaché. Si j'étais sur une colline, wAllah j'aurais pris de l'élan avant de sauter. Il fallait que j'en finisse, c'était horrible de voir tout le monde souffrir. Alors peu importe le moyen, qu'un train me passe dessus, qu'on me tire une balle dans le cœur, entre les yeux ou dans le crâne, qu'on me pousse dans le vide.

Le voilà donc, celui qui avait le plus fais de mal à ma vie. Il m'a blessé d'un coup de couteau dans le plexus. Une blessure qui te met à genou mais qui ne te tue pas concrètement. Il y a des coups qui te tuent en une seule et unique fois et ceux qui te torturent jusqu'à ce que ce soit toi qui en finisse, jusqu'à l'agonie.

Ozcan était l'hémorragie de ma vie, l'hématome de mon cœur. Et je ne pouvais pas imaginer ma vie sans lui, cela m'étais inimaginable tant je l'aimais. J'aurais préféré qu'on m'ouvre la boite crânienne plutôt qu'on me le prenne.

Alors ramenez-le moi, avant que j'aille moi-même le chercher.


Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT!