Chapitre 10 : Alizée

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Je vais le tuer. 

Je vais sérieusement le détruire, l'anéantir et annihiler toute trace de son existence.

À l'origine, ce n'est déjà pas facile d'être la seule fille au milieu de trois garçons.

vec Aïden, c'est super. On s'entend plutôt bien et quand il s'agit de faire n'importe quoi ou de se rebeller contre la pseudo-autorité des deux autres frangins, il est toujours au rendez-vous.

Marius, c'est le petit chef. Il prend les rênes quand tout va mal. Personne n'aime ça.

Sérieusement, pourquoi c'est lui qui prend les décisions ? On a tous le même âge, donc il ne peut pas utiliser l'excuse du « premier-né ». Et le pire dans tout ça, c'est qu'il prend toujours la bonne décision. Il est toujours réfléchi et n'agit jamais sûr un coup de tête. S'il se trompe, il s'en veut tellement que finalement, on n'en rajoute pas.

Et Dimitri. Certainement l'être le plus arrogant de cette planète. Il me prend pour une gamine irrespectueuse et stupide. Il ne voit que ce qu'il a envie de voir. Dire à Dimitri qu'il a tort, c'est comme faire tenter d'expliquer des théories philosophiques à un enfant de huit ans. On a essayé de s'entendre. Mais l'envie de lui mettre mon poing dans la figure n'est jamais partie. Je suis sûr qu'il ne se défendrait même pas avec son coté « le monde ne m'atteint pas ». 

Au fond, je crois que c'est lui la fille du groupe.

Et puis il y a le morveux. Caleb. Cet ignoble gosse. 

Sa naissance est arrivée comme ça. Je n'ai jamais vu mes frères naitre, puisque nous sommes nés ensemble. Mais quand Caleb est arrivé, nous l'avons senti. Et depuis, nous ne sentons que lui.

Il y a un avant et un après Caleb. 

D'après Marius, il est important, sa présence près de nous est vitale. Je m'en contrefiche. Je le hais. Même notre père le haïssait. Et j'aimais mon père comme je n'ai jamais aimé une autre personne.

Avant Caleb, j'étais heureuse. Je partais des semaines entières avec mon père dans son camion.
Mon père, Fred Galyn. Il nous adorait moi et mes trois frères. Mais moi, c'était spécial. Il m'emmenait avec lui dans les casinos où il jouait au poker. Il était doué. Mon père était un manipulateur. Un magicien. Il me faisait rêver. C'était la seule personne qui comptait dans ma vie. 

Après Caleb, il a changé. C'est comme si Caleb lui avait volé quelques choses. Il lui a volé sa force. Il lui a volé sa femme.

Il nous a volé maman. 

Maman, c'était notre rayon de soleil. Une femme joyeuse, juste, belle et intelligente. Quand Caleb est venu au monde, elle a perdu les pédales. Elle passait son temps à parler de « vide » et de « symbiose ». Elle disait qu'elle était la lumière et que papa était les ténèbres.

Il n'y avait plus que Caleb. 

Je le haïssais. J'ai souhaité tellement de fois qu'il meurt.

Plus je grandissais, plus cette rancœur augmentait. Marius me répétait que ça passerait. 

Il continue de me le dire d'ailleurs.

Et pourtant rien n'a changé.

Caleb n'est rien pour moi. Ce n'est pas mon frère. C'est un monstre qui a tous saccagé dans ma vie. 

Des années que je ne ferme pas l'œil pour ne pas manquer l'arrivé de mon père, si jamais il revenait.   

Je sais que c'est impossible, mais je ne peux pas faire autrement. 

Et pendant que tout le monde court à la recherche de Caleb, je suis dans min lit. J'attends.

— Alizée ? 

J'essuie mes larmes discrètement. Aïden est sur le pas de la porte. Il me sourit. Mes yeux rouges doivent me trahir, mais peu importe. Avec Aïden, pas de secret. 

— Ouais ? 

— Comment tu vas ? 

— Bien.

— Cool. La vérité maintenant ? Me demande-t-il un sourire aux lèvres. 

— Tu me fatigue !

Je me lève et tourne en rond dans ma chambre. J'essaye de garder cette assurance qui me va si bien. Mais très vite, et sans m'en rendre compte, je fonds en larmes. Aïden me prend dans ses bras. 

— Oh, Alizée. 

— Je n'en peux plus. Il doit disparaître de nos vies. Maintenant !

Aïden desserre son étreinte et me fixe. Je sais ce qu'il va me dire et je n'ai pas envie de l'entendre.

— On ne peut pas A...a...

— Aïden ? Aïden ! 

Il tousse et tombe. Marius et Dimitri viennent en courant et m'aide à le mettre sur mon lit. Marius me regarde avec effroi. 

La douleur.

Elle est de retour. 

Pourquoi maintenant ? 

Caleb. Même Aïden le défend. Et cela, même s'il est le premier à souffrir à cause de ce gamin. 

Je ne ressens plus que du mépris et de la colère.

Au rez-de-chaussée, j'entends une vitre se briser. Je jette un regard perdu à Marius. 

— Il faut partir. Maintenant. 

— Mais Aïden ?

Pas le temps de répondre, il se relève. 

— J'ai eu... Un étourdissement. Désolé. 

— Ne t'excuse pas, le coupe Marius. Nous n'avons pas le temps de tergiverser. Nous devons partir. 

Des voix se rapprochent. Mon cœur s'accélère. Peu importe de qui il s'agit, ils ont violé notre maison. Notre refuge. 

— Maintenant ! S'écrit Marius. 

Nous rassemblons nos affaires pendant que nos visiteurs saccagent tous en bas. Nous allons abandonner notre seul point d'attache. 

Une seule personne est responsable de tous cela. De la débâcle de nos vies. 

Caleb a blessé trop de personnes qui comptaient pour moi. Il doit payer. 

Même si on doit tous en payer de notre vie.   

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