Chapitre 9 : Léonard

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  — Allez Caleb, réveille-toi !

Mais pourquoi ne se réveille-t-il pas ? Ce petit bonhomme est bien plus résistant qu'il en a l'air, je suis persuadé qu'il peut s'en sortir.

Il le peut. Et il le doit.

Je ne veux pas le perdre. Il est ma dernière chance de devenir celui que j'ai toujours voulu être. Enfin. Après tant d'années d'efforts.

Je serai enfin débarrasser de mon plus grand fléau : Kenneth Brown. Cet idiot dirige Saïdu depuis beaucoup trop longtemps maintenant. Il est temps qu'il laisse sa place aux plus jeunes. Mais cela n'arrivera jamais. Il a des amis hauts placés. 

Chaque jour à ses côtés est une terrible épreuve pour moi. Je suis déjà la risée de tous les chercheurs de cette ville. Je n'avais pas besoin d'être le souffre-douleur du patron. Saïdu offre beaucoup de possibilités, encore faut-il survivre aux obstacles.

C'est une route longue et difficile. Mais la récompense en vaut la peine : le respect, les honneurs et le pouvoir de changer les choses. De rendre ce monde un peu plus fort, un peu moins dur pour les générations futures. 

C'était mon idée quand je suis arrivé ici. Comment j'ai pu faire des choses aussi monstrueuses avec de si bonnes intentions ? Ce pauvre Caleb. Je lui ai promis de l'aider. Je me doutais bien que ça serai dur. Pour être honnête, je suis sûr que c'est impossible. Mais j'avais besoin de lui, et cette promesse me semblait justifiée.

La science justifie tout. C'est ce qu'on m'a toujours appris. 

La morale et l'éthique sont des freins aux avancées. Pourtant, nous nous devons de les respecter. Même ici, à Saïdu, nous sommes surveillés.

C'est la raison pour laquelle Brown a changé le statut de Caleb en un simple objet. Du matériel scientifique. Il n'est plus rien. S'il meurt, il sera jeté dans une benne à ordures. Et on oubliera totalement qui il était. 

Je n'aime pas cette façon de faire, mais sans ça, je n'aurai rien pu faire. Aujourd'hui, je n'ai aucune limite. Mais Caleb ne pourra pas tenir bon encore longtemps si je ne change pas de mentalité. Il est déjà à bout de forces.

Enfin, il finit par ouvrir les yeux :

— Léonard ?

— Caleb ! Comment tu te sens ? 

— Mal.

Je sens un lourd poids dans mon cœur et sur mes épaules. 

— Pardon.

— Arrête de t'excuser. Ce n'est pas de ta faute. 

Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de ce petit, mais il semble déterminé à ne pas m'accuser de quoi que ce soit. Seul Brown est coupable à ses yeux. Il ne me voit que comme une marionnette qui tente en vain de se défendre pour le protéger.

Je suis vraiment une marionnette qui se bat. Mais seulement pour pouvoir continuer mes expériences en paix. Mon objectif n'est pas de sauver Caleb. Il s'est condamné à mort au moment où il a accepté de me suivre ici. Je ne l'ai pas obligé. Il est responsable de tout ce qui lui arrive. 

— J'ai besoin d'informations pour avancer dans mes recherches Caleb...

— D'accord, articule-t-il difficilement. Que voulez-vous savoir ? 

— Parle-moi de tes frères et sœurs. De ce qu'ils ressentent.  

Je le vois réfléchir. Ses paupières sont légèrement soulevées et ses yeux fixent le plafond. Sa bouche est entrouverte, à la recherche d'un peu d'oxygène. 

— Marius. C'est lui qui prend les décisions. Je crois que c'est lui qui me déteste le moins. Des fois, il s'approche de moi discrètement pour apaiser ma douleur. Il... Il essaye d'être quelqu'un de bien. Mais il n'a pas le courage d'être juste. 

Il se tord afin de reprendre sa respiration du mieux qu'il peut. Je prends des notes sur mon carnet et lui fais signe de continuer :

— Tu as une sœur aussi, c'est ça ? 

— Oui, Alizée. C'est elle qui me hait le plus. Elle dit que je l'empêche de vivre. Souvent, elle demande à mes frères de ce débarrassé de moi. Au sens premier du terme : elle veut ma mort. Mais Marius lui a interdit de me faire du mal. Elle s'entend très bien avec Aïden.

— Hum... Parle-moi d'Aïden. 

— Il est très sensible au lien. Mais il semble être plus en colère contre le lien que contre moi. Il est très résistant. Il s'éloigne le plus possible de moi parfois, pour prouver qu'il est fort. Le truc, c'est que moi, je ne suis pas fort. Et ça me fait mal. 

Je ne pensais pas qu'écouter ce genre de choses serait aussi éprouvant. Je continue d'écrire en restant le plus neutre possible, mais je suis de tout de même touché par les souffrances de Caleb. 

— Et puis... Il y a Dimitri. 

Je sursaute. Je n'avais remarqué que le compte n'était pas bon. 

— Oui... Continue, je t'en prie. 

— Je pense qu'il en sait plus que nous tous sur le lien. Il est très proche de la nature. Il est capable de soigner les blessures avec des plantes médicinales. Il a un côté protecteur, mais il reste assez neutre face à ce qui l'entoure. Je ne sais même pas ce qu'il pense de moi. Il me déteste sûrement, et je le fascine en même temps. C'est... Très bizarre. 

Tout cela est très intéressant, mais ça ne m'aide pas beaucoup pour être honnête. J'ai besoin qu'il aille chercher loin dans ses souvenirs.

Mais il a besoin d'aide pour plonger dans les recoins de sa mémoire. 

Je vais chercher une seringue dans l'armoire à pharmacie est me dirige vers lui.

— Qu'est-ce que c'est ? 

— Tu me fais confiance ?

A force de poser cette question, je n'aurai plus confiance en moi-même. Pourtant, Caleb campe sur sa position :

— Oui.

— Alors on y va. 

Je me concentre pour trouver une veine dans le creux de son coude et j'enfonce l'aiguille. Ses yeux s'ouvrent tout grands. La drogue fait rapidement effet et il est plus détendu. Je détruis tous ses murs de protection petit à petit. Je n'arrive pas à m'arrêter. L'envie de savoir est si grande qu'elle dépasse l'affection que j'ai pour cet enfant : 

— Caleb, raconte-moi ton plus lointain souvenir. 

— Quand ma mère est partie. Je n'étais qu'un enfant. Elle m'a murmuré quelques mots à l'oreille. Je suis le seul à l'avoir entendu et je ne me rappelle plus de ce qu'elle m'a dit. Mais je me rappelle que j'avais cessé de pleurer. Et la peur s'est enfuie. Pas seulement chez moi. Mais chez les plus grands aussi. C'est la seule et unique fois où tous les cinq, nous étions prêts à nous battre, uni envers et contre tous. 

Il sourit. Et ce sourire est rayonnant. Je n'en avais jamais vu de si beau dans ma vie. 

Ce qu'il me raconte est un événement majeur. 

Un souvenir de paix. Ou les éléments et le vide étaient en parfaite symbiose.  

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