Un matin difficile

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Michel se réveilla plusieurs fois, cette nuit-là. Un bourdonnement dans sa tête, et des rêves un peu trop vrais. Chaque fois, il regardait le cadran. Il n'avait pas dormi une seule heure d'affilée.

Longtemps avant l'aube, il décida que c'était peine perdue et se leva.

Il chercha la salle de bain à tâtons. Sa vision était embrouillée, il n'y avait presque pas de lumière et il ne voulait pas allumer, pour ne pas réveiller ses parents. L'eau froide qu'il se jeta d'abord au visage l'aida un peu. Puis il croisa son regard dans la glace. Ses yeux étaient injectés de sang.

Merde.

Il se rasa de son mieux, sans presque se couper. Après une courte douche, il s'habilla rapidement et se glissa dans la cuisine. Il avait besoin d'un café et d'une tonne d'aspirines. Ses parents n'achetaient jamais de café moulu. Il jeta quelques cuillers de grains au fond du moulin avec des précautions ridicules, en sursautant au moindre son.

« Michel ? Quelle heure est-il ? »

Michel se figea. Il ne voulait pas que son père voie ses yeux. Il lui avait déjà causé tant de tracas. Il resta penché sur le moulin, lui tournant le dos.

« Pas encore six heures.

— Des cauchemars ?

— Pas vraiment. J'ai travaillé tard.

— La police ?

— Oui, la police. »

Son père lui tapota l'épaule. Un geste réconfortant.

« Tu en fais pour moi ?

— Pas de problème. »

Michel mit l'eau à chauffer, jeta le café au fond du piston. Combien de temps pourrait-il tourner le dos à son père ? Il décida d'aller s'asseoir à table avec lui, attendant que l'eau bouille, comme si de rien n'était. Peut-être qu'avec la faible lumière du matin...

« Tes yeux...

— Je sais. Ne t'en fais pas.

— Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

— C'est le travail. J'ai dû me concentrer beaucoup, pendant longtemps. »

Son père ne répondit rien. Lui, qui avait promené son fils d'un psychiatre à l'autre durant tant d'années, n'était jamais parvenu à croire vraiment au don de Michel. C'était pourtant un homme religieux. Des trucs comme la multiplication des pains et la résurrection des corps étaient la base de sa foi. Alors un peu d'ubiquité...

« Tu as trouvé quelque chose ? »

Michel haussa les épaules.

Kafka l'avait abandonné, d'assez bonne grâce, avec un monceau de dossiers de suspects potentiels. Presque personne ne passait directement au meurtre en série, avait-elle expliqué. Tous les grands tueurs avaient laissé des traces, commis quelques crimes violents. Il avait lancé son regard comme une balle de tennis, encore et encore, à en perdre l'esprit, à sentir sa tête sur le point d'exploser. Il avait surpris une vingtaine, une trentaine d'anciens criminels dans leur intimité banale et sordide, au lit ou au bar, le plus souvent devant la télévision, jusqu'à les confondre les uns avec les autres. L'effort l'avait lessivé. Il était encore nauséeux, même après une demi-nuit d'un sommeil agité.

Bien sûr, pas la moindre trace. Avec la venue des anges, même les tueurs avaient changé.

« Tu vas retourner te coucher ?

— J'ai cours, ce matin.

— Tu ne crois pas que tu as besoin de repos ?

— Pour ce que ça donne... »

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !