Chapitre 7 : Caleb

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Mes yeux se rouvrent avec beaucoup de peine. Je me sens perdu. Les informations remontent doucement jusqu'à moi. 

Saïdu. Léonard. Les médicaments. La douleur.

Le lien. Encore une fois. 

Léonard est derrière le lit, penché sur moi. Il a l'air sincèrement inquiet.

— Caleb ? Tu m'entends ? 

Sa voix résonne dans mon crâne et me donne d'horribles maux de tête. Je lutte pour rester en éveille. Je lève doucement la tête et Léonard passe la main derrière pour la maintenir. Je constate que ma chemise est ouverte et que mon corps est recouvert de patchs. Des électrodes. Ce qui explique les arcs électriques que j'ai vu avant de perdre conscience. Mais qu'ont-ils derrière la tête ?

— Léonard... Qu'est-ce qui se passe ?
—Rien, ne t'en fais pas...

Il repose ma tête lentement et s'adresse à Brown toujours présent près de la machine.

— Monsieur Brown, commence-t-il d'une voix tremblante. Peut-être pouvons-nous encore attendre un peu... Je...Je vais avancer dans mes recherches et nous pourrons éviter cette étape...
— Hors de question. 

Léonard s'accroupit et pose son menton près de ma tête. Il murmure à mon oreille :

— Je suis désolé Caleb. Mais c'est la seule solution.
— Ne...Ne t'en fait pas... Tu... Je suis un guerrier pas vrai ?

Les deux hommes enfilent des gants de protections en latex. Je sens ses larmes qui coulent le long de ses joues et tombent sur mon visage. Kenneth Brown lui fait un signe de tête et il se relève. Ses mains se pose sur mes épaules et me plaque avec force contre le lit. Cette soudaine agressivité me surprend. Léonard n'a pas l'air bien, sa respiration est saccadée et il a les mains moites.

— Cessez donc de vous agiter, Docteur Josteinn.
— Oui Monsieur. 

Il ferme les yeux et le docteur Brown me regarde en souriant.

— C'est un moment difficile à passer Caleb. Mais ne t'en fait pas, rappelle-toi pourquoi nous faisons tous cela.
— Pourquoi vous faites tous cela, vous ? Quelles sont vos raisons ?
— La science, Caleb. Rien que la science. 

Je ne crois pas une seule de ses paroles. Il sent le mensonge à plein nez. Mais Léonard ne semble pas prompt à riposter. Alors j'attends de voir.

Mais je ne vois pas grand-chose. Je ne fais que sentir. Et ce que je ressens est au-delà de tout ce que j'ai vécu jusqu'à maintenant. Intense. Fulgurante. Inouïe. 

L'électricité parcourt la totalité de mon corps en deux secondes à peine. Les décharges s'enchaînent sans répit. J'ouvre la bouche, mais Léonard me lâche l'épaule droite et bloque mon cri avec sa main. C'est Brown qui le succède pour m'empêcher de bouger.

Crier permet de soulager la douleur dans une certaine mesure. Avec cette main sur ma bouche, je ne peux pas évacuer cette souffrance. 

Je me contiens. J'encaisse le coup. Encore et encore. Ma poitrine me brûle. C'est comme si mon corps recevait des millions de coups de couteau. Des larmes jaillissent de mes yeux.

Nouvelle décharge. 

Mes mains se serrent par réflexe. Je ne peux desserrer mes poings. Mes ongles pénètrent ma peau et la lacèrent.   

Encore une décharge. 

Une nouvelle douleur aiguë remonte jusqu'à mon cerveau.

Encore une. Et encore. 

Ça ne finira donc jamais ?

— Caleb ? 

Je ne ressens plus rien. Je me sens atrocement... Vide ?

— Caleb ? Tu l'entends ? 

Tout est noir autour de moi. Il n'y a que cette voix, quelques parts en moi, qui me semble familière.

— Mon grand ? S'il te plaît réponds-moi !

Mes sens se réactivent. Mes paupières se soulèvent. Je n'arrive pas à ouvrir la bouche pour m'exprimer.

— Docteur Brown ! Il a ouvert les yeux !
— Bien sûr que oui. Que croyez-vous ?
— Nous avons failli le tuer, murmure-t-il.
— Seul un humain peut mourir. 

Je ne comprends pas le sens de cette phrase. J'aimerai bien demander des explications à Léonard, mais il m'est impossible de prononcer le moindre mot.

— Très bien, reprend Brown. Son système nerveux est pratiquement annihilé. Tant qu'il reste brancher à la machine, elle continuera de lui envoyer des petites décharges à peine perceptibles, comparé à ce qu'il vient de subir, et il ne ressentira plus le lien. Enfin, temporairement.
— Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Demande Léonard.
— On trouve un moyen de complètement le détruire, définitivement.
— Comment ? Comment on détruit le lien d'un être humain avec la nature ?
— Quel est le contraire de « naturel » ?
— « Artificiel » ?
— Exactement. 

Je suis obligé de rester le témoin silencieux de la scène. J'ai l'impression qu'on parle de moi comme d'un objet.

— Faites de lui un être « artificiel ».
— Je ne comprends pas. 

Il semble perdu. Moi, je sais très bien de quoi il parle.

Finalement, les yeux de Léonard s'ouvrent tout grand. Il a compris.

— On ne peut pas...
— On peut tout faire, Docteur. 

Brown sourit de toutes ses dents. Il ouvre une armoire, à l'autre bout de la pièce, contenant plusieurs plaques de métal. L'une d'elles à la forme d'un torse.

Je ne me suis pas trompé. 

Ils vont faire de moi un robot.

Ils commencent par baisser le courant qui passe dans les électrodes au plus bas. 

Léonard redresse le lit et me maintient en position assise. Brown sort une petite boite contenant une puce métallique. Il fait signe à Léonard de m'éloigner du siège et, une fois cela fait, saisi ma nuque entre ses doigts. Je sens une pointe s'enfoncer dans mon cou est descendre petit à petit. Ce n'est pas très douloureux, sûrement parce que je n'ai plus de systèmes nerveux, mais la sensation est étrange.

Il enfonce la puce dans l'interstice qu'il a fait et me recoud rapidement. Je ne l'ai même pas vu prendre une aiguille stérilisée. Il a fait ça très rapidement, comme s'il réparait une poupée.
Le lit est remis en position allongée. Je suis à bout de forces.

Léonard m'explique que nous devons attendre un peu avant de débrancher la machine et de voir si la puce fonctionne ou pas. Je hoche la tête doucement.

Brown quitte la pièce. 

Léonard remonte la puissance du courant électrique et part à son tour. Tous les flux d'électricités sont attirés par la puce. J'ai l'impression que mon crâne va exploser.

Seul, mes pensées vont vers Marius et les autres. Que font-ils en ce moment ? Me cherchent-t-ils ? Est-ce qu'ils souffrent eux aussi ? 

S'ils sont mon seul espoir, je suis fichu.   

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