Chapitre 15 Ils ne montent pas pour moi, mais pour toi

Depuis le début

-Rassure-toi, je ne l'oublie pas. D'ailleurs, si tu le permets, dès la fin du repas, je vais utiliser le vélo que parrain a révisé et partir en exploration.

-Sans problème, du moment que tu évites le phare et que tu prends ton portable. Où comptes-tu aller ?

J'hésite. Aussi surprenant que ça puisse paraître, ma première réponse aurait presque été le cimetière ; je vais avoir besoin de renouveler cette visite et d'aller retrouver ma mère. Mais pour l'heure, je vais plutôt faire un tour, sans but précis, probablement vers l'une des plages du secteur.

Je savoure ce sentiment de liberté intense. C'est bête mais je ne suis jamais partie ainsi à l'aventure, seule, sur mon vélo, à sillonner les petites routes presque sans but. Finalement, je me réfère aux panneaux indicateurs et je me retrouve en vue de la plage de Serpico. Je n'ai pas pris mon maillot et d'ailleurs, je ne me cache pas que le temps, voilé et assez frais, ne m'aurait pas incitée à le faire. D'ailleurs, je crois qu'il va bientôt pleuvoir. En tous cas, je suis sûre que je viendrai là, très prochainement. Peut-être même pourrai-je convaincre mes cousins de m'y emmener ? Je vois mal grand-mère en baigneuse convaincue. Les joues battues par le vent et mes cheveux dénoués, je reprends finalement le chemin de la chaumière, presque soule de grand air et d'une griserie inédite.

Grand-mère lève la tête vers l'horloge à mon arrivée et m'adresse un petit signe de tête approbateur. Visiblement, elle aime mon sens de la discipline. Avec son accord, je commence à confectionner quelques sablés que j'ai prévus avec le café. Assise à la table de la cuisine, elle me regarde dans un premier temps, avant de se joindre à moi pour confectionner avec dextérité les petites douceurs.

Elle parle peu, pose peu de questions, mais esquisse un sourire lorsque je lui parle de la destination imprévue de ma balade. Après avoir remarqué que je n'ai pas dû trainer en chemin, elle m'avoue que c'était le coin de ma mère et ma marraine qui passaient des heures là-bas à discuter de tout et de rien.

Bien sûr, je sais que les coins tranquilles sont probablement peu nombreux dans le secteur, mais le hasard me paraît une fois encore révélateur.

Je ne suis pas encore redescendue de ce petit bonheur fugace lorsque Yann passe me récupérer pour mes courses. J'ai fait plusieurs listes, une pour les éléments que je récupèrerai samedi (qui, suite à l'intervention de mon parrain, seront directement livrés), une pour ceux que je veux ce soir-même pour attaquer les préparations, d'autant que la pluie est de la partie. Ca risque de m'empêcher de lire comme j'en ai l'habitude. Quoique. Je trouverai sûrement un moyen ; et puis j'ai de quoi m'occuper ce soir !

Comme hier, la discussion s'engage telle une évidence. Les courses sont rondement menées : je sais ce que je veux ; il sait où aller. D'autorité, il indique aux détaillants les achats qu'il faudra livrer chez ma grand-mère samedi. Cette exigence me gène, mais le maraîcher, avec lequel je reprends la discussion entamée hier, me rassure. Ils en ont l'habitude et feront une livraison groupée comme pour tous les repas de famille. Je crois d'ailleurs qu'il préfère ça à devoir traiter avec ma grand-mère. La soirée est déjà bien entamée lorsque mon parrain me dirige vers une boutique modeste. Le vendeur, petite trentaine, fine barbichette brune qui contraste avec une calvitie totale, nous accueille chaleureusement.

-Eh ! Yann ! j'ai cru que tu m'avais oublié et j'allais t'appeler pour t'incendier. Quand on exige de tels délais, ...

-Je sais, je sais Antho, j'ai battu des records, concède mon parrain en riant, alors que j'écarquille les yeux devant cet échange. Non seulement, mon oncle, sa carrure et son statut ne semblent pas le moins du monde impressionner le commerçant, mais il y a entre eux une forme de camaraderie que je n'avais pas encore vue chez lui, à part peut-être pendant les quelques secondes où j'ai vu son associé. Mais cette facette de sa personnalité me décontenance un peu, d'autant qu'il ne me semble pas avoir oublié quoi que ce soit sur ma liste. Avant que j'aie le temps de me demander où je suis tombée, je sens, au silence plein d'attente, que j'ai raté une partie de la discussion et que visiblement celle-ci me concerne. D'ailleurs, mon parrain me demande ce que j'en pense.

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