Chapitre 6 - Partie 4 - Le Gala de la fraternité

292 57 13

Le regard émerveillé des humains tira à l'horreur quand le dragon fondit sur la foule. Amalia, debout à côté du Yasard Cleto, le retint alors qu'il s'apprêtait à fuir. D'un geste vif, elle activa le sort de protection : une barrière infranchissable, dans un sens comme dans l'autre, et qui ne pouvait être levée que par Serge lui-même.

Stressée, la sorcière regardait les P.M.F. et mages de feux se démener pour éteindre les flammes et maîtriser le dragon d'artifice. Est-ce que l'Ordre était derrière ça ? Est-ce qu'il y avait beaucoup de blessés ? De là où elle était, il lui était impossible d'évaluer la situation. Être enfermée, à l'abri, cela ne lui convenait absolument pas...

Cleto hurla. Amalia se retourna pour voir le corps brûlé du Yasard heurter le sol. Fillip se tenait derrière lui, entre la Magistre et les autres invités d'honneur, au centre de l'estrade. Comment avait-il fait pour s'infiltrer jusqu'ici ? Était-il devenu si puissant pour oser venir narguer les fédéraux au cœur de leurs défenses ? Il ne s'était pas passé plus de trois mois depuis leur dernière rencontre... Non. Depuis la rencontre entre l'Once et le sorcier. Il fallait qu'elle prenne garde.

Amalia, concentrateur chargé, visa le leader de l'Ordre et tira. Le sortilège explosa au travers de l'intrus, sans paraître lui causer le moindre trouble. Il souriait. Il avait rangé son arme et calé ses mains au fond de ses poches. Comme Leuthar avant lui, il portait un jean et un sweat, en dessous d'une veste grise.

« Allons, il ne faut pas le prendre comme ça, madame Elfric... » souffla-t-il à mi-voix, alors qu'il essuyait une seconde, puis une troisième attaque, sans subir le moindre dommage.

Chacun de ces sortilèges aurait dû être mortel.

La sorcière parvint néanmoins à dresser un maléfice de confinement qui protégeait les Yasards survivants. Un charme que Fillip ne franchirait pas tant qu'elle serait en vie.

Elle lui jeta un regard noir et, lentement, prit une posture défensive. Si elle ne pouvait l'atteindre, alors elle tiendrait la position aussi longtemps qu'il le faudrait. L'homme, sans prévenir, se porta à son niveau et vint directement au contact. Un coup de poing qu'elle contra sans difficulté.

L'adversaire s'adapta instantanément et l'attaque suivante fut plus rapide, et plus forte encore. Amalia serra les dents. Elle devait se maîtriser, calculer chacune de ses actions, chaque sort, chaque impact, pour ne pas laisser transparaître sa puissance réelle et ne pas éveiller de soupçons. Encaisser sans répondre... Elle bouillait intérieurement.

Fillip enchaîna un coup de genou vers son ventre et un crochet du droit, comme s'il tenait à vaincre l'une des fédérales les plus puissantes de l'armée sans paraître user de magie. Son poing fermé heurta la joue de la sorcière. Dans le prolongement de son coup, il lui balaya les jambes, l'étala par terre et, d'un sortilège, l'envoya s'écraser devant le reste des invités d'honneurs.

« Tenez-vous tranquille, où j'exécute vos précieux humains. Quel que soit le soin que vous mettrez à les protéger », ordonna-t-il avec un sourire tout à fait charmant.

La sorcière se releva et se contenta d'une expression incendiaire pour toute réponse. Elle doutait qu'il puisse réaliser ses menaces. Elle n'était pas si faible et, même sous l'identité d'Amalia, elle pourrait se permettre de lui tenir tête, mais elle devait en priorité assurer la protection des Yasards. Pour sa couverture, comme pour eux, mieux valait faire profil bas.

Le mage remit ses mains dans ses poches, puis se détourna, sans prêter attention aux humains et aux invités qui se tassaient au fond de la scène. La belle défense inviolable et infranchissable s'était transformée en prison.

Il s'avança vers l'assemblée, qui, à l'extérieur du bouclier, s'agitait frénétiquement. Serge et trois autres sorciers étaient en train de faire tomber le charme, une dizaine de soldats se tenait prête à intervenir, alors que le gros des troupes, pris de court par le dragon d'artifice, combattait encore ses ravages incandescents. Fillip leva les deux mains et parla d'une voix claire qui, étrangement, porta par-dessus le tumulte :

« Que d'énergie et d'argent dépensé en niaiseries futiles ce soir ! J'espère que vous apprécierez la façon dont nous pimentons vos ronds de jambe soporifiques, Général », commença-t-il en s'adressant directement au chef des armées, dont la main disparaissait sous un chapelet de sortilèges lumineux.

Serge s'escrimait à accélérer le processus d'annulation des charmes protecteurs en criant des ordres pressés à ses subalternes. Il se tut subitement et porta son attention sur le leader de l'Ordre qui poursuivit :

« Je viens vous délivrer un message. Rassurez-vous, il sera simple. Rendez-nous Lievinsk. Rendez-nous la gestion des territoires slavesqs. Je vous laisse neuf mois pour réfléchir à cette question, mais, entre nous, vous n'avez pas le choix. Plus vous attendrez, plus fort nous frapperons... Ce soir... »

Il s'esclaffa d'un rire froid, jubilatoire, les deux paumes tournées vers le haut. Un sourire tranchant barrait son visage.

« Ce soir, messieurs-dames de l'armée fédérale, ce n'est que le début. Et pour vous, humains, compléta-t-il en pivotant vers les Yasards, ce soir marque le début de votre fin. Il est plus que temps que nous, sorciers, nous occupions enfin du problème que vous représentez. »

Il leva vivement le bras, son concentrateur pulsa et anéantit ce qui restait de la défense de la scène. Les sortilèges s'entrechoquèrent en gerbes d'étincelles et en explosions. Lorsque le clame revint, Fillip avait simplement disparu.

La destruction du charme de protection remonta toute la chaîne de maléfices jusqu'à celui de désarmement qui illuminait la main de Serge et le brûla. Le Chef des Armées serra les poings alors que sa magie luttait contre la vague avec difficulté. Il grinça des dents. Il ne s'en tirerait pas sans cicatrices.

Le silence provoqué par le discours de Fillip se brisa sur les bruits des explosions et des cris de la foule. Il y avait plus urgent. Il fallait reprendre la situation en main. Les convives fuyaient la réception et l'armée bloquait les sorties. Hors de question de laisser quiconque profiter du tumulte pour s'enfuir.

Amalia, livide, encore en garde, ravala sa colère pour apporter son soutien aux Yasards. Un des émissaires se tenait à genoux à côté du corps de leur collègue, la deuxième, une femme grande et sèche, parlait dans un petit dispositif de communication, un rectangle noir, placé entre sa bouche et son oreille. La Magistre s'approcha d'eux, les deux mains en évidence, et les isola de la foule, du bruit, et de toute autre agression. Son rôle, à présent, consistait à les amener à l'écart, à l'abri, et à limiter la casse.

 Son rôle, à présent, consistait à les amener à l'écart, à l'abri, et à limiter la casse

Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou télécharger une autre image.

http://bit.ly/cdvutip

http://w.tt/2hmm0nS

Les traitresLisez cette histoire GRATUITEMENT !