Chapitre 6 : Caleb

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Léonard court dans tous les sens depuis une bonne vingtaine de minutes. J'aimerais lui dire de prendre le temps de respirer, mais j'ai peur de le brusquer. Il n'a vraiment pas l'air d'aller bien. C'est assez... Troublant.

J'ai passé la nuit ici, au laboratoire, et je prends déjà mes repères dans cet endroit. Je me sens étrangement bien, comme apaisé. Je continue de prendre mes cachets toutes les heures comme me l'a demandé Léonard. Il y a une véritable connexion entre nous deux, on se comprend même si on se connaît peu. Rien à voir avec le lien.

Hier soir, j'ai fait trois prises de sang à peine arrivé. Je me suis très vite senti faible et je n'ai pas tardé à m'endormir. Le réveil de ce matin fut assez douloureux, mais je n'ai rien à dis à Léonard. Je remarque qu'il n'est pas très apprécié ici, je ne veux pas lui causer plus de tort.

Je crois qu'il est différent des autres scientifiques. Il est porté par un élan de curiosité comme les autres, certes, mais je vois dans ses yeux le désir de sauver le monde. De créer un univers différent, et surtout meilleur.

- Caleb ! M'interpelle une voix que je connais bien désormais. Peux-tu me rejoindre s'il te plaît ?

Je me dirige vers la porte où Léonard vient d'apparaître. Derrière cette dernière, ce cache un lit légèrement surélevé qui me fait penser à un lit d'hôpital en plus... Sophistiqué. Léonard m'invite à m'allonger. Il sent bien que je suis faible et me propose sa main comme appui.

J'apprécie beaucoup ce geste.

Léonard a quelques choses de doux en lui, de fraternel. Et ça me fait un bien fou.

- Fais attention mon grand... Ne te blesse pas. J'ai encore besoin de toi !
Nous échangeons un sourire et je m'installe confortablement sur le lit. Il me tend un gobelet en plastique rempli d'eau et de deux cachets. Je les avale sans réfléchir et ma tête commence à tourner.

- Léonard...

- Oui ?

- Je... J'ai l'impression que les médicaments sont de plus en plus forts...

-Je sais Caleb, murmure-t-il. Ton corps lutte contre eux alors... Je suis obligé de les rendre plus puissants.

- Qu'est-ce que c'est exactement ? Ce ne sont pas de simples antidouleurs, n'est-ce pas ?

Ma question l'a mis mal à l'aise. Il transpire et joue machinalement avec ses lunettes. Il me jette plusieurs regards implorants, comme s'il voulait mon pardon. Et je me sens prêt à tous lui pardonner.

- Ça te dit quelques choses l'analgésie ?

- Ouais, c'est une technique qui consiste à interrompre la transmission du signal neuronal de douleur entre la zone touché et le cerveau.

Le coin de sa lèvre se soulève. Je souris discrètement. Il semble tellement fier de moi, de mes connaissances.

- Bravo, Mr.Lepetitscientifique.

- J'approuve le surnom.

- Tant mieux.

Tout en me parlant, il est concentré sur une énorme machine en métal gris. Je ne sais pas ce qu'elle fait là, mais je n'aime pas beaucoup ça. Heureusement que Léonard est là, sa présence me rassure.

- Ce traitement agit comme des analgésiques. Mais pas ceux qu'on donne pour soulager les malades. Ils ne seraient pas assez puissants pour toi. Il fonctionne plutôt comme... une maladie.

- Tu veux parler des personnes incapables de ressentir la douleur ? C'est impossible, c'est une maladie génétique...

- Rien n'est impossible pour la science.

Je me sens un peu mal à l'aise. Il m'explique rapidement, sans aucun détail, comment ce médicament est possible. Je n'ai pas très bien compris, mais pour faire simple, la coupure des analgésiques a été amplifiée en se basant sur le fonctionnement des maladies rendant insensible à la douleur.

- C'est un peu... dangereux, non ?

- Je maîtrise Caleb. Fais-moi confiance, s'il te plaît.

- Tu as toute ma confiance ne t'inquiète pas.

Tout est si naturel entre nous, comme si nous nous connaissons depuis notre plus jeune âge.

Je crois que même si ça ne marche pas, je vais rester ici. Enfin, je pense que ça peut être une bonne idée. Pour être honnête, je ne me sens pas vraiment apte à prendre une décision.

- Léo... Je ne me sens vraiment pas bien.

- Un peu de patience Caleb, insiste-t-il en me prenant la main. Tiens bon. Le jeu en vaut la chandelle mon grand...

Il sert ma main avec tellement de force que je pourrais résister même si mes ainées étaient à l'autre bout du monde et que je n'avais aucun médicament. Néanmoins, ma respiration s'emballe. J'ai du mal à remplir mes poumons :

- Je... Je vais essayer. Je te le promets.

- C'est ce que je voulais entendre. Tu es un guerrier. Courage, Caleb.
J'essaye de maîtriser la panique qui m'envahit en changeant de sujet.

- Alors ? Vous avez trouvé quelque chose dans mon sang ?

- Rien d'exceptionnel. C'est exactement ce à quoi je m'attendais.

- Je ne comprends pas.

- Ce lien est un lien naturel. Il n'est pas prouvable scientifiquement. Pas avec de simples analyses. Mais je devais d'abord prouver que cette douleur n'avait aucun lien avec une quelconque maladie.

- Très bien. Alors, comment on le détruit si c'est la nature. On pulvérise la planète.

- Non, ça c'est la dernière option.

Je ne peux retenir un sourire. Pendant un instant, je me sens mieux. Un lien avec la nature... Peut-être que c'est pour cette raison que maman les appelait les « quatre éléments ».

- Nous devons briser le lien.

- Est-ce seulement possible ? Je veux dire, nous sommes la nature !

- Oui c'est vrai... Mais j'ai déjà quelques idées. On en parlera plus tard. Je t'expliquerai au fur et à mesure.

- Pas de soucis.

Je profite du silence pour fermer les yeux et serrer les dents. Je me demande si mes frères ressentent aussi la fatigue. Mais je crois bien que non, puisque ce sont les conséquences de la suppression du lien.

C'est profondément injuste. C'est eux qui devraient souffrir. Pas moi.

Je me sens partir. Je suis en train de perdre conscience. La dernière chose que je vois, c'est un homme entrant dans la pièce qui saisit Léonard violemment. J'essaye de me rappeler de son nom. Je crois qu'il s'appelle Brown, Kenneth Brown. C'est le patron du laboratoire. Il est très antipathique. Et mauvais, à en croire les quelques mots que je parviens à discerner :

- Il est temps de passer à l'étape supérieure mon cher.

Il s'approche de la machine et active un levier. De grands arcs électriques apparaissent. J'entrouvre la bouche et sombre dans l'inconscient.

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