Insolence

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Le lendemain matin, Leandru garda le silence pendant le petit-déjeuner que la famille Venazzi avait pour habitude de prendre au grand complet. Il était le dernier des huit enfants d'Antoine et de Joséphine Venazzi et il devait constamment supporter les remarques de son père qui tenait à ce qu'il se montre digne des attentes de toute la famille. Aucun de ses frères et sœurs n'avait jamais déçu Antoine Venazzi et Leandru supportait très mal les comparaisons incessantes que ses parents faisaient à longueur de journée.

Envoyé très jeune chez l'une de ses tantes à Corti, il ne revenait dans son village natal que lors de certains weekends et durant les vacances scolaires. Il côtoyait donc très peu ses frères et sœurs mais il s'entendait assez bien avec tous. Couvé et protégé par Charles, l'aîné, il avait tissé des liens très forts avec son grand frère.

Ce dernier avait pris en charge une partie de l'éducation de Leandu en lui expliquant notamment les nombreuses offenses du Clan des Casaleccia, cette famille détestable du hameau de Convento. Charles avait dépeint les ennemis de sa famille comme d'affreux paysans, grossiers et fourbes. Il avait également averti son frère de se méfier de toutes leurs femmes, terriblement rusées et capables de faire basculer les décisions politiques prises par le maire de Merusaglia.

Leandru avait bénéficié d'une éducation très stricte où le jeu et les distractions n'avaient pas leur place et il avait grandi en développant à son tour une haine féroce pour les ennemis de sa famille.

A la fin du repas, il se leva et pris sou courage à deux mains pour confesser sa faute.

- Je dois te présenter mes excuses papa, je...je ne t'ai pas tout raconté hier.

- Que veux-tu dire ?

- Et bien, je me trouvais non loin du Prunitaccio lorsque j'ai entendu du bruit et j'ai eu la surprise de découvrir la plus jeune des Casaleccia qui avait fait une chute près de l'eau.

- Comment ? Mais que faisait-elle là-bas ?

- Je crois qu'elle s'était égarée.

- Egarée ? Cette petite furie connaît le maquis aussi bien que son misérable père ! Comment as-tu pu laisser faire une chose pareille ?

- Je suis désolé papa. Lorsque je l'ai aperçue je me suis caché, je redoutais une embuscade. Et j'ai bien fais car peu de temps après j'ai vu surgir Gabriel qui est très vite partie avec sa sœur. Papa,...nous ne faisons jamais rien aux enfants, ni aux femmes. Je n'ai pas...

- L'aîné de la famille,...sur nos terres... te rends-tu compte de l'affront qu'ils nous font ? Oser venir nous narguer aussi près de la demeure de tes ancêtres Leandru !

- Je regrette.

- Elisabetta Casaleccia n'a peut-être que quatorze ans mais elle est aussi perfide que la vieille sorcière qui lui sert de grand-mère. Elle manipule tout le monde au village. Ne te laisse pas attendrir par son apparente fragilité, ses frères et sœurs ont fait d'elle la digne héritière d'Alba Petrucci. Tu vas te rendre au village. Cette vieille harpie s'y rend tous les matins pour y vendre quelques produits de son exploitation. Sa petite-fille l'accompagne en permanence. Tâche de me prouver que tu es digne des hommes de notre clan, Leandru.


La tête basse, le jeune homme sortit de la demeure bien décidé à obtenir réparation de cette petite gamine qui avait été responsable de son humiliation devant toute sa famille.Sur le chemin, Leandru se demanda ce qui avait bien pu lui passer par la tête la veille pour se monter aussi tolérant envers deux membres du clan Casaleccia. Plus il approchait des petites ruelles du hameau de Convento, plus les habitants le dévisageaient avec crainte car, même s'il passait l'essentiel de son temps à Corti, le jeune homme était bien connu de la région au même titre que ses frères et sœurs.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now