Chapitre 5 : Marius

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Minuit passé. Je ne lâche pas l'horloge des yeux. Dimitri et les autres sont partis dormir et moi, je reste là. Je veille. Caleb n'est toujours pas de retour. Ça me rend dingue. 

Aïden est rentré en sueur hier soir. Après que notre frère nous a parlé du soi-disant « rendez-vous » de Caleb, il s'est dépêché de le rejoindre.

Aïden souffre beaucoup plus que nous du lien. Il ne rivalise pas avec notre cadet, bien évidemment, mais il est bien placé dans notre « hiérarchie de la douleur », comme dit Caleb. De fait, il reste près de Caleb quand il le peut, pour ne pas trop souffrir. C'est un geste plutôt égoïste dans le fond, mais qui soulage tout le monde. 

Quand il est revenu, il nous a parlé d'un jeune homme, une sorte de scientifique. Apparemment, il aurait donné à notre petit frère des cachets qui ont fait disparaître les effets du lien. Je n'aime pas beaucoup ça.

Au cours de la soirée, nous avons senti la douleur du lien, et nous avons remarqué qu'elle a fini par disparaître. Nous avons mis cela sur le fait qu'Aïden était près de Caleb et que ça l'avait simplement soulagé. 

Nous étions perplexes lorsqu'il a débarqué, sans Caleb, et que la douleur n'était toujours pas revenue. Il nous a donc expliqué pour les médicaments.

J'ai un respect profond pour le lien, même s'il me détruit. Même s'il nous détruit tous. Ma mère m'a toujours demandé de prendre soin de Caleb. J'étais tout jeune quand elle s'est enfuie. Elle m'a pris dans ses bras et à murmurer ses simples mots :

« Marius, prends soin du petit. Protège l'enfant du vide. »

Pas un « je t'aime » ou même « désolé ». Aucune explication. Juste cette ultime requête. 

À l'étage, des voix murmurent. Je tourne mon regard vers l'escalier ou ma sœur apparaît. 

— Il n'est toujours pas là ?

— Non Alizée. Retourne dormir, et dis aux garçons de faire de même. 

— Dis-leur toi-même, grogna-t-elle avant de s'asseoir dans le fauteuil à côté de moi. La douleur revient doucement. Tu ne le sens pas ?

— Je n'ai pas fait attention. 

Un rire lui échappe. Suivi d'un soupir. Mon excuse est sérieusement la moins crédible que j'aurais pu trouver. 

Aïden et Dimitri ne tardent pas à nous rejoindre. Nous restons silencieux pendant une bonne heure durant laquelle la douleur part et revient constamment. Mais que fais-tu Caleb ?

— On doit s'en débarrasser. 

— Pitié. Alizée.

— Y en a marre de vous laisser prendre toutes les décisions ! J'ai le droit de donner mon av...

Je me lève brusquement et lui lance un regard lourd de sens. Elle doit se taire.

— Nous en avons parlé longuement. Il est hors de question de faire le moindre mal à Caleb. Et encore moins de s'en prendre à sa vie. Si tu émets cette idée encore une seule fois, je te jure que je m'occupe de ton cas personnellement. Est-ce que c'est clair ? 

Elle n'a pas bronché. Je ne saurais dire si c'est lié à la peur ou à la douleur que nous avons tous ressenti à ce moment-là.

Ayant besoin de réponse, nous nous sommes déplacés vers l'habitat de Caleb, derrière la maison. Mais à l'intérieur, nous ne trouvons rien, pas même un seul élément pour nous mettre sur la piste de ce Léonard. 

— Regardez ça !   

La voix d'Aïden attire l'intérêt de tous. Il montre un petit carnet, le journal intime de Caleb. Dimitri lui arrache des mains et le lit sans se poser de question. Je n'apprécie pas, mais je laisse faire et Dimitri commence à lire la dernière page qui a été écrite :

« Bientôt tout sera fini. Ils n'existeront plus pour moi, et je n'existerais plus pour eux. Cela sera la fin de cette haine.

Mais aurais-je assez de patience ? Aurais-je le temps ? Je tremble à l'idée que cette haine me consume avant. Cette colère que je ne peux maîtriser quand elle parcourt mon corps de bout en bout avec une force démesurée. »

Il s'arrête dans sa lecture. J'ai l'impression d'avoir lu notre condamnation à mort même si nous ne sommes pas nommer. 

Il était perdu. Il était seul et il a trouvé revu refuge chez ce Léonard.

Aïden m'appelle et me sort de mes réflexions. Il a réussi à cracker le mot de passe de l'ordinateur de Caleb. Il nous faut quelques secondes à peine pour trouver le site de Léonard Josteinn. Il fait des expériences sur les jumeaux. Mais pourquoi Caleb ? Et si c'était à cause de nous ? 

Je me sens cruellement coupable. Nous sommes tous les quatre coupables. Et nous devons y remédier.

— Très bien, dis-je. Maintenant, nous avons une cible. Ce scientifique nous doit des explications. On va aller le chercher.

Alizée sort un paquet de cartes de sa poche et sourit, elle voit tout cela comme un jeu. 

Dimitri semble réticent, mais je ne peux pas en tenir compte. J'ai une requête à honorer.  

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