Chapitre 5 - Partie 2 - Sous couverture

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Naola, penchée sur son bureau, observait avec attention la simulation qui se déroulait sous ses yeux. Un mnémotique de la taille du plan de travail effectuait des projections en trois dimensions des marais avoisinants. L'école y organisait une course d'entraînement le lendemain et la jeune directrice passait en revue les différents obstacles mis sur le chemin de ses élèves. La représentation se figea alors que la sorcière redressait la tête pour voir Mattéo entrer dans la pièce sans frapper.

Naola resta interdite une demi-seconde avant d'offrir un magnifique sourire au jeune homme. Pantalon noir, chemise beige, manteau long gris foncé, col relevé pour se protéger du vent... comme à son habitude, il affichait une allure impeccable et toujours aussi décalée dans le désordre organisé du bureau de direction.

Lorsqu'il étudiait encore dans cette école, il n'était pas rare qu'il lui rende ainsi visite, à l'improviste, pour des raisons plus ou moins convenables. L'habitude s'était perdue avec son entrée au ministère de la Recherche.

« Pour une surprise... »

Mattéo referma la porte derrière lui et y appliqua un sortilège de confinement. Personne ne les entendrait depuis le couloir.

« Carrément, tu nous isoles ? » commenta Naola en croisant les bras.

Un sourire en coin tirait son expression entre l'ironique et le tendre. Elle se rapprocha de son compagnon et leva la tête pour l'embrasser, mais Mattéo la tint à distance d'une main ferme sur son épaule. Il sortit une enveloppe de sa poche qu'il posa sur le bureau, d'un geste vif.

« Ne te fatigue pas, je ne suis pas ton homme. Je devais faire vite. »

Sans la moindre considération pour l'air déconcerté, voire outré, de Naola, l'Once s'écarta et marcha de long en large.

« Ton vampire a mis la main sur le petit frère de Fillip, expliqua-t-elle, sèchement. Je ne peux pas y aller. Il veut m'appâter chez lui. Appâter l'Once. Va chercher le gamin et ramène-le chez-vous. Je dois absolument le récupérer.

— Heu... » souffla Naola en ouvrant des yeux ronds.

Trop prise de court pour s'indigner ou protester, elle bredouilla :

« Mais j'ai... la course à préparer pour demain...

— Ramène-le chez-toi, je m'occupe du reste. Merci. »

L'Once se transféra sans attendre de réponse et Naola se retrouva seule dans le bureau. En quelques gestes, elle rangea sa simulation et se saisit de l'enveloppe... blanche, sans aucune inscription.

« Bah voyons... » grogna-t-elle.

Il lui fallut quelques secondes de plus pour percuter la raison de l'urgence et la nature de ce qu'elle tenait entre ses mains. La vie du frère de Fillip, récupéré juste sous son nez à Maison Haute, était suspendue aux informations contenues dans ce pli. Au bout de ses doigts. Naola sursauta. Pas une minute à perdre. Elle laissa tout en plan et se transféra au Mordret's Pub, à l'étage.

D'un regard circulaire, la jeune femme jaugea la petite chambre dans laquelle elle était apparue. Elle avait vécu là, des années durant. Le lit, la penderie, le miroir drapé, les quelques représentations de joueurs de Course à Quatre célèbres épinglés au-dessus de la table de chevet... même dans l'urgence de la situation elle ne pouvait arriver ici sans éprouver la sensation de rentrer chez elle.

Mordret ouvrit la porte au moment où elle posait la main sur la poignée. Par un système très avancé d'enchantements, de charmes et d'invocations, le vampire savait absolument tout de ce qui se passait dans son établissement. Il entendait tout, il écoutait tout. Naola n'avait qu'un accès limité à ce vaste système de surveillance.

« Vous ne pouvez pas rester ici. J'attends un client qu'il vous serait nocif de croiser.

— Alors vous aviez parié sur Fillip... Je suis votre cliente, Monsieur. »

Cette réponse tira une esquisse de perplexité sur le visage immobile de la créature, puis il comprit et se mit à gronder. Naola, sans s'en soucier, lui tendit l'enveloppe vierge.

« Je repars avec le gamin. Et voici votre paiement. Faisons ça vite si vous ne voulez pas que je croise le chef de l'Ordre...

— Comme si j'allais accepter l'échange. Une lettre cachetée dont je n'ai aucun moyen de connaître la valeur !

— Si vous l'ouvrez, vous acceptez le marché, rétorqua Naola avec aplomb.

— Partez d'ici !

— Des infos qui émanent directement de l'Once, Monsieur... Enfin, vous faites comme vous voulez... » répondit la jeune femme en rangeant la lettre dans sa poche.

Le vampire découvrit sa dentition et lui saisit le bras. Elle releva la tête vers lui, soutint son regard. Impossible de se dégager d'une poigne pareille, mais elle avait l'habitude des sautes d'humeur de son ancien patron. Elle haussa les épaules.

« Lâchez-moi.

— Les avez-vous lus ? demanda Mordret

— Oui, mentit la sorcière dans la moindre hésitation.

— Et elles valent le coup ?

— Oui. »

La créature toisa la jeune femme un moment, comme si ce simple regard avait pu déceler la véracité de ses propos. Naola resta parfaitement indifférente. Elle espérait de tout cœur qu'Alix ne se soit pas montrée avare. Elle risquait de perdre sa confiance ; pire, de provoquer sa colère. Personne, ou presque, ne survivait aux colères de Mordret.

Le vampire la lâcha, agacé. Elle lui tendit l'enveloppe avec un petit sourire. Il se détourna et lui fit signe de le suivre.

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