Chapitre 3 : Caleb

Depuis le début

Je regarde derrière moi toutes les secondes. Les plus grands ont déjà dû se rendre compte de quelque chose. Mais apparemment Dimitri a honoré sa promesse puisque je ne vois personne.
Parfait, rien ne viendra gâcher ce moment. C'est ma seule et unique chance de m'en sortir. Tout doit se passer comme prévu.

Arrivé au puits, je distingue une silhouette.

Léonard.

Je m'approche de lui, un grand sourire aux lèvres. Son visage fin et doux inspire une grande confiance. Il est beaucoup plus jeune que je le pensais. Une trentaine d'années, je pense, peut-être moins.

— Bonjour Caleb.

Sa voix colle parfaitement à sa carrure, à la fois calme, grave et puissante. Il est de taille moyenne, assez fin, mais des muscles se dessinent sous sa blouse. Ses cheveux bruns en pagaille et ses lunettes noirs lui donnent un petit air de savant fou.

— Bonjour, Docteur.

— Je suis très heureux de te rencontrer, enfin. 

Je hoche la tête. Il fouille son sac et sort deux petites gélules bleues qu'il me tend. Je le regarde perplexe.

— C'est pour le lien. En attendant...

— Merci.

J'avale les gélules d'un coup, sans trop y croire. Pourtant, très vite, je ne sens plus rien.

— Comment ?

— Ce n'est pas la question Caleb. Et ce n'est que momentané. Nous devons rejoindre Saïdu le plus vite possible.

— Et mes frères ?

— Tu es le noyau. Si tu ne souffres plus, ils ne souffrent plus.

Je me demande si je ne devais pas en rester là. Me contenter des gélules une fois de temps en temps. Elles ont l'air de fonctionner. Mais cela semble trop facile... Il y a forcément quelque chose qui m'échappe. Mais quoi ?

— Caleb ! Crie une voix derrière moi.

Je me retourne, paniqué. C'est Aïden qui court vers moi, il est repérable de loin avec ses cheveux d'un roux intense. Il semble totalement apeuré, ce qui change de sa colère habituelle.

— Aïden... Attend, j'ai déjà prévenu Dim...

— Je sais. Je ne viens pas pour ça.

Un peu surpris, je le laisse s'approcher de moi.

— Comment ?

Il a dû me suivre pour être sûr que je ne m'enfuis pas. Et pour rester à proximité de moi.

Pour des raisons que j'ignore, Aïden est celui qui souffre le plus du lien après moi. Ensuite, il y a Marius, puis Alizée et enfin Dimitri. Il nous a fallu des années pour dresser cette « hiérarchie de la douleur ».

Aïden est ému. Ses yeux brillent. Il comprend que je ne peux pas répondre à sa question puisque moi-même, je n'en sais rien. Il se relève et fixe Léonard. Sa colère reprend le dessus :

— Pas d'entourloupe le binoclare. Je ne sais pas qui tu es, mais s'il arrive n'importe quoi à Caleb, tu auras affaire à moi.

Je hausse les sourcils. Serait-il inquiet pour moi ?

— Ma vie, rajoute-t-il, dépend de la sienne. Alors fais attention.

Je soupire. Encore un faux espoir. J'aurai dû m'y attendre.

Léonard pose sa main sur mon épaule et nous nous éloignons d'Aïden, toujours immobile. Nous montons dans une camionnette noire, Léonard à l'avant et moi à l'arrière.

— C'est loin ?

— Non, ne t'en fais pas.

— Aïden va dire aux autres que je suis parti. Ils vont me rechercher.

— Tu es en sécurité avec moi. Ne t'inquiète pas.

Je décide de la croire. Je pense que c'est la meilleure chose à faire. Assis sur le siège arrière, je fouille dans ma valise à la recherche de la lettre de ma mère. Ma vie prend un tournant, et j'ai envie de prendre un nouveau départ avec les mots de la femme qui m'a mis au monde dans la tête.

Mais au fur et à mesure de ma lecture, je comprends qu'un certain nombre de choses m'échappent.

« Je t'écris cette lettre comme une dernière requête : s'il te plaît, ne les hais pas en retour. Reste auprès d'eux, un jour, ils comprendront. Mais reste prudent, ce sont des joueurs, comme ton père. Ils ne te laisseront pas tranquille et ils t'imposeront leurs règles. Et surtout, reste dans l'ombre. Ne t'approche pas de Saïdu. Ne fais confiance à personne. »

Je découvre alors que je viens de me jeter dans la gueule du loup.  

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