Chapitre 3 : Caleb

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« Caleb. Je peux mettre un terme à ce lien. »

Ces paroles tournent en boucle dans ma tête depuis deux jours. J'ai fini par accepter la proposition de Léonard et nous nous sommes d'ores et déjà mis d'accord sur un lieu de rendez-vous. Il m'a expliqué avoir besoin d'un peu de temps pour concevoir un médicament qui pourrait apaiser ma douleur le temps qu'il mette son véritable projet en place. Celui qui anéantira le lien à tout jamais. Enfin, je l'espère.

Nous devons nous rencontrer ce soir, vers 19h, aux alentours d'un puits à deux pas de la maison. Il m'apportera ce dont j'ai besoin et quand la douleur ne sera plus un problème insurmontable, nous nous dirigerons vers Saïdu.

Je sais que je mets trop d'espoir dans ce projet. Mais le simple fait d'y croire me soulage, me donne envie de vivre à nouveau. Même si cela échoue, au moins j'aurais essayé.

Pour l'instant, mon premier problème et de sortir d'ici. Notre lieu de rendez-vous n'est pas loin, mais je ressentirai tout de même l'éloignement dans une certaine mesure, donc mes aînés le sentiront aussi. Tout en préparant une petite valise pour mon séjour à Saïdu, je fais tourner dans mon esprit une dizaine de scénarios différents. S'ils m'attrapent, je ne donne pas cher de ma peau.

— Je peux savoir ce que tu fais ?

Je suis figé. Ce scénario-là, je n'y avais pas pensé. Je me retourne et me retrouve face à la montagne prénommée Dimitri. Ces yeux verts sont remplis de malice. Il m'offre un petit sourire narquois.

— Je... Je...

— Si tu as l'intention de me mentir, je te conseille de te raviser immédiatement.

Il n'a pas besoin de me menacer, tout le monde sait qu'il est stupide d'essayer de mentir à Dimitri. Ce gars est un détecteur de mensonge. Néanmoins, je peux dire la vérité de manière à ne pas éveiller les soupçons :

— J'ai un rendez-vous. Mais je ne serai pas absent longtemps.

Léonard m'a dit que ça durerait environs deux semaines, ce n'est pas si long que ça... Dimitri lève un sourcil. Mon cœur ne va tarder à s'arrêter. Il s'approche de moi et me prend la valise des mains.

— Un rendez-vous, hein ?

— Dimitri... Je te promets de te donner plus de détails quand je rentrerai.

— Je te fais confiance, gamin... Je préviens les autres.

Il me rend mon sac et s'éloigne. Encore une fois, ce garçon m'étonne. Je suis persuadé qu'il sait que je n'ai pas été tout à fait honnête. Si c'est le cas, il ne dit rien et retourne dans la maison.

Ma relation avec Dimitri est la plus calme, mais la plus étrange. Il me déteste aussi, cela va de soi, mais j'ai toujours vu dans ses yeux une certaine fascination pour tout ce que je fais.
Lorsque j'étais petit et que je jouais dehors, il me regardait de loin et m'observait pendant des heures. À plusieurs reprises, j'ai imaginé qu'il puisse m'apprécier. J'avais enfin l'espoir d'une vie plus douce, avec un allié à mes côtés.

Mais chaque fois qu'il m'adressait la parole, c'était pour me dire à quel point j'étais insignifiant pour lui. Parfois, je me dis que c'est lui qui me hait le plus. Il joue avec moi comme avec un objet qu'on jette lorsqu'on en a plus l'utilité.

Mon sac sur les épaules, je sors et m'éloigne doucement de la maison. Au bout de quelques pas seulement, les effets de la séparation se font ressentir. Mais ce n'est pas encore douloureux, juste une sensation de manque au fond de moi.

Le paysage dehors est désastreux. Les rues sont vides et toutes les maisons semblent abandonnées. Pourtant, je sais bien que dans chacune d'entre elles, sont terrés des familles décimées par la maladie. Faisant partie des quelques personnes insensibles au virus « Éther », j'ai tenté d'aider ces personnes. Mais comment pourrais-je le faire ? J'ignore moi-même ce qui me rend résistant. Normalement, seuls ceux qui ont des frères et sœurs née en même temps qu'eux ont cette chance. Et si cela a un rapport avec le lien que j'ai avec les quadruplés, je préfère qu'ils restent malades. Personne ne doit vivre ce que je vis depuis 17 ans maintenant.

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