Chapitre 4

3.2K 285 32


Le lendemain je m'étais fièrement levé, pour aller à ma journée de travail

Le lendemain je m'étais fièrement levé, pour aller à ma journée de travail. Je me suis présenté, fier qu'on me donne ma chance. J'avais taillé ma moustache, entretenu ma barbe, m'étais parfumé et avais mis un Qamis foncé. Je ne délaisserai jamais ni ma foi ni ma religion, pour aller travailler. Il en est hors de question.

La foi mène au paradis, au bonheur. Aucun choix n'est à faire. Alors non, je n'ai pas la haine de la France ou des autres religions, mais mon bonheur réside dans ma foi. A partir du jour où j'ai délaissé la prière, je me suis perdu moi-même, mettant tout le monde en danger à vivre avec un mécréant comme moi. J'avais besoin de Dieu dans ma vie, plus que de travailler.

D'ailleurs au moment où j'écris ça, je pense à toutes les femmes qui sont contraintes d'enlever leurs foulards pour aller travailler, aux petites sœurs qui retirent leurs voiles pour aller étudier, à nos mamans qui a cause de ce même bout de tissus se font insulter. Personne, je ne dis bien personne ne peut vous obliger à faire ceci. Personne ne peut vous obliger à enlever le bout de tissus qui fait de vous une croyante à part entière, une musulmane, une sœur de plus dans le Oummah.

C'est donc ça le pays des droits de l'Homme ? Un pays où la laïcité reflète en vérité l'effacement de toute les religions quelles quels soient ? Le gouvernement accepte clairement et fièrement que l'on se dénude jusqu'à l'impensable mais punis ceux qui veulent être discret, ceux qui se couvrent. Jamais je ne comprendrais à quel point une religion de paix peut attirer autant de critiques, de censures et de restrictions. Je ne peux pas penser que je finirais ma vie dans cet endroit, au milieu de tous ces mécréants.

Tous ces frères que je croise en bas de mon bâtiment me rappellent quelqu'un et ce quelqu'un en vérité c'est moi. Parce qu'avant la prison j'étais comme ça, je pensais comme eux, parce que désormais je sais ce qu'il se passe dans leurs têtes. Les femmes ont raison lorsqu'elles disent que nous sommes tous les mêmes, parce que notre cerveau pense à la même chose.

Ils veulent gagner de l'argent, que ce soit de manière licite ou illicite, de l'argent propre ou sale. Ils veulent offrir une meilleure vie à leurs parents, leurs petits frères, leurs petites sœurs. Puis ils penseront à se ranger dans le droit chemin plus tard, lorsqu'ils commenceront vraiment leurs vies d'adultes. Le problème c'est que « qui sait s'ils deviendront adulte un jour ou l'autre ».

Demain la vie peut s'arrêter, demain tu peux te faire questionner par des anges. Demain tu te retrouveras seul dans ta tombe et si ce n'est pas demain, ce sera peut-être après-demain. Dans la nuit, dans l'après-midi ou même très tôt le matin. Tout ça, c'est Nahil qui me l'a fait comprendre, la vie est beaucoup trop courte pour être gâchée, mise de côté.

N'oubliez jamais, le temps perdu est un temps que vous ne récupérerez jamais, il est définitivement perdu et jouera en votre défaveur le jour du jugement dernier. Alors il est temps de regagner tout ce qu'on a perdu, il est temps de construire une vie, il est temps de faire des bonnes actions.

Je suis allé travailler et à ma grande surprise tous ont accueillis mon qamis avec un sourire de curiosité, de fierté. Le travail était répétitif, on portait les cartons, déballais, rangeais. 1100 colis la matinée et j'étais libre l'après-midi. La journée s'était plutôt bien déroulée et les journées ont défilés.

Je travaillais de quatre heure du matin jusqu'à treize heure de l'après-midi. J'avais trouvé ma stabilité, mon rythme quotidien. Dieu sait à quel point j'aimais cette nouvelle routine, à quel point elle m'était précieuse. La première paye venait d'arriver. J'ai envoyé de l'argent à mon frérot derrière les barreaux, en lui criant que je l'aimais. J'ai refait la tapisserie des chambres de mes deux petites sœurs et j'ai acheté un nouveau bureau à Suheyla. Je ne m'étais rien acheté, pas un vêtement, je n'avais pas fait une seule sortie, pas un repas, rien. J'avais seulement commandé deux nouveau qamis, un pour moi et un pour mon bras droit. Les deux mêmes. Identiques. Je devais mettre de l'argent de côté pour repasser mon permis que la juge m'avait sauté.

Pablito était toujours introuvable, personne ne semblait l'avoir revu, comme s'il n'avait jamais existé. En rentrant ce soir-là à la maison, ma mère recevait un coup de fil de la maman d'Ozcan. Elle devait se rendre à l'hôpital, mais ils n'avaient pas expliqué pourquoi. Je l'ai accompagné, laissant ma mère avec mes petites sœurs et mon père.

Toute la route, sa mère a chehed. Implorant le Tout Puissant de lui laisser son fils. Elle serrait fort ma main, fort de toute sa colère, de toute sa peine, de tout son cœur. Elle avait peur pour lui, mais elle était épuisée de cette situation. Il fallait qu'elle continue d'y croire, il fallait qu'elle continue parce que c'est ce qui la maintenait en vie, c'est ce qui faisait que chaque matin elle se réveillait, qu'elle s'habillait et qu'elle rabattait sur elle ce long voile gris. C'est ce qui la maintenait debout, c'était sa veine jugulaire, tout ce qui touchait Ozcan la détruisait. Elle était fière de moi, de ce que j'étais devenu, elle m'a félicité tout au long de notre marche. Elle caressait ma main comme si j'étais son propre fils, pour me protéger. Elle répétait sans cesse cette phrase qui résonnait en moi « Tu verras Yazid, il s'en sortira, ça va aller ».

Elle le répétait comme pour se convaincre elle-même de ça, comme si elle essayait d'y croire de nouveau, comme pour s'en sortir. Elle attendait sûrement que j'acquiesce, que je la console, que j'appuie ce qu'elle dit. Mais j'avais le cœur engourdi, j'avais peur pour mon frérot, j'avais peur pour sa vie.

A l'hôpital, on a attendu quelques minutes avant d'être reçu par un médecin, des minutes qui nous paraissaient une infinité, l'éternel. Puis il enfin annoncé la nouvelle......

Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT!