«Tu n'as rien à craindre de moi»

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Hélène et Guenièvre dégustèrent un café viennois pendant que le soleil et la foule disparaissaient peu à peu. Les gens désertaient tôt le Jean-Sol Partre. Ils avaient appris à craindre la nuit. C'était un effroi qu'elles n'avaient jamais compris.

« Peut-être que l'Inquisition est la réponse des vampires à Sol Invictus ? »

Guenièvre n'avait poussé cette interrogation que du bout des lèvres, mais Hélène savait qu'elle n'aurait jamais dit une chose pareille sans y avoir longuement réfléchi. Elle-même y avait songé. Les inquisiteurs se prétendaient immortels, après tout. Des élus, des choisis, devenus des anges par la vertu du sang du Christ. Les gens avaient rapidement accepté leur version des faits avec les miracles. Ils auraient cru à n'importe quoi, pourvu que s'éloignent les calamités.

« Les inquisiteurs travaillent durant le jour.

— Leurs serviteurs, peut-être. Ceux qui attendent leur récompense. »

Elles n'en discutèrent pas davantage. C'était le genre de pensées qu'il valait mieux garder pour soi, même dans un café presque désert.

Elles allèrent à l'appartement de Guenièvre pour se préparer à sortir. Hélène habitait encore chez ses parents et, s'ils lui accordaient beaucoup de liberté, ils ne pouvaient lui cacher leur désapprobation. Quel parent accepte de voir son enfant s'affranchir, voler de ses propres ailes ?

Guenièvre lui prêta des vêtements. Elles avaient les mêmes sombres goûts, et à peu près la même taille. Cette préparation était devenue un rituel entre elles, que Guenièvre semblait aimer de plus en plus.

Ce n'est que lorsqu'elle se retrouva seule dans la salle de bain qu'Hélène se demanda si Guenièvre n'avait pas pour elle des sentiments qui dépassaient la simple amitié.

Elle ne la connaissait que depuis quelques semaines. Elles avaient parlé de tout et de rien, de plus en plus intimes, jusqu'à ce que Guenièvre partage avec elle cette improbable quête des vampires. Jamais, durant cette période, elle n'avait évoqué les garçons.

Un fard à paupières violet, une touche de poudre sur les joues.

Et si, vraiment, Guenièvre était amoureuse d'elle, qu'est-ce que cela changerait ? Rien, rien du tout. Hélène accepterait-elle encore de se déshabiller devant elle ? Cela allait lui donner des idées, ruiner leur amitié ?

Elle eut du mal à appliquer son rouge presque noir. Non, c'était son imagination qui s'emballait.

Mais tout de même.

Quand elle sortit, Guenièvre lui adressa un sourire — le compliment le plus appuyé qu'elle pouvait attendre d'elle — puis entra se maquiller à son tour.

« Comment as-tu trouvé Michel ? »

Hélène se trouva sournoise tout à coup. Sournoise et rusée.

« Je ne sais pas. Il a l'air d'un type bien.

— Mais sinon, disons physiquement ? Il te plaît ?

— Tu n'as rien à craindre.

— Comment ?

— Tu n'as rien à craindre de moi. Je ne vais pas te le piquer. »

Geneviève allongea la bouche pour appliquer le même rouge-à-lèvre-foncé-presque-noir. Hélène était encore abasourdie.

« C'est évident que tu en pinces pour lui, alors je ne vais pas me mettre entre vous deux.

— Tu te trompes. C'est un ami... »

Le sourire de Guenièvre devint un peu narquois. Toutes ses expressions tenaient en des nuances de sourire.

« Si tu le dis. »

Et elles n'en parlèrent plus.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !