Chapitre 2 : Caleb

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Enfermé dans ma chambre, je navigue sur Internet à la recherche d'un divertissement. Mais le web est envahi par les sites des scientifiques de Saïdu. Depuis qu'ils nous ont sauvé du « Virus Éther », ils sont au centre de l'attention du monde entier.

Je ne me suis toujours intéressé à la science. Elle est riche, inaccessible et illimitée. La science, c'est l'étude de la nature. De notre nature. La science, c'est nous. C'est pourquoi nous ne pouvons pas la comprendre.

Je clique un peu au hasard quand je tombe sur le site d'un scientifique nommé Léonard Josteinn. Un chercheur islandais qui a débarqué en France il y a environs deux ans. Son site est en français et il semble avoir une fascination pour les études concernant les membres d'une même famille. J'hésite un instant puis me convaincs de lui envoyer un message à travers la messagerie instantané de son site.

« Bonjour, je m'appelle Caleb. Je suis tombé sur votre site par hasard et je trouve vos études très... Intéressantes... »

C'est très maladroit, j'en suis conscient. Mais c'est ce que j'ai trouvé de mieux. La réponse ne se fait pas attendre, il doit être très occupé à ce que je vois.

« Bonjour Caleb. Les visiteurs sont rares chez moi, alors ton intérêt me va droit au cœur. »

Nous nous mettons à discuter de ses recherches. Il travaille sur la famille et les relations qui relient ses membres. D'après ce que je sais, lorsque le virus « Éther » est apparu, les fratries nombreuses étaient plus résistantes. Léonard m'explique que ce n'est pas tout à fait exact.

Pourtant, mes parents ont survécu et mes frères et sœurs n'ont même pas étaient touchés par le virus. Le scientifique semble intrigué par cette information, et il est particulièrement enthousiasmé lorsque je lui apprends que mes aînés sont des quadruplés. Je plaisante en racontant que mes parents les surnommaient « les quatre éléments ». Mais la réponse que je reçois n'est pas celle que j'attendais :

« Mon Cher Caleb, penses-tu que l'on pourrait se rencontrer un jour ? »

Il veut me rencontrer ? C'est... soudain. Un peu étrange. J'ai du mal à comprendre. Au fond, j'aimerai bien, mais cela est impossible.

« C'est tentant. Mais c'est malheureusement impossible. »

Je sens une douleur dans ma poitrine. Marius est sûrement parti chercher de l'eau. Afin d'éviter d'autres épidémies, l'État a mis en place des sources d'eau pures contrôlées directement par les scientifiques de Saïdu. Elles sont sûres. Mais loin, beaucoup trop loin.

Lorsque l'un des autres « éléments » s'en va, Marius s'approche de moi discrètement. Sa proximité m'apaise. Je ne sais pas pour qu'elle raison il fait cela. J'aimerais y voir une once de considération pour moi et mon bien-être, mais cela me semble inimaginable. Néanmoins, quand c'est Marius qui s'en va, personne ne vient. Je n'existe pas. Pire, ils profitent de son absence pour s'éloigner encore plus. Et je deviens la cible de tous les maux de ce monde.

« Impossible ? Cette nouvelle me rend bien triste... Pourrais-je savoir pourquoi ? »

Je lis le message en plusieurs fois. Les larmes qui coulent de mes yeux et que je ne peux retenir me cachent le texte qui s'affiche à mon écran.

Je ne peux plus me retenir. Je hurle à pleins poumons et m'allonge sur le sol. Si seulement ils pouvaient revenir...

Je reprends ma respiration tant bien que mal et me relève. Je me tourne à nouveau vers mon clavier.

« Vous allez trouver cela étrange. Mais je ne peux pas m'éloigner de mes frères et sœurs. Cela... Cela me provoque des douleurs dans tout le corps. Ils doivent rester près de moi. C'est... Une sorte de lien physique... Je suis vraiment désolé.»  

Il va me prendre pour un dingue. On va venir m'interner et j'aurais tous gagné.

Dehors, j'entends des bruits dans la maison, Marius est de retour et les autres aussi à mon avis. Encore une dispute, ça résonne à des kilomètres. Peu importe, ça apaise mes souffrances. Il est évident que s'ils s'entendaient bien mon état de santé s'en trouverait encore amélioré, mais je dois me contenter de ce que j'ai.

La douleur laisse donc la place à la colère, encore une fois. Un petit bruit me prévient que Léonard m'a répondu. Là encore, il me surprend :

« Ça alors ! C'est tout à fait étrange, intriguant et... Génial ! J'imagine que ça ne doit pas être facile tous les jours... »

J'écarquille les yeux devant sa remarque.

«Bonne déduction. Je vis un enfer, si vous voulez tous savoir. »

La facilité avec laquelle je me confie à cet homme m'étonne. C'est sûrement parce qu'il est le premier à m'avoir accordé un peu d'attention depuis longtemps.

« Écoute Caleb, je pense que je peux t'aider. »

Ce cher Monsieur Josteinn, ou plutôt Docteur Josteinn, est certainement la personne la plus étrange que j'ai rencontrée dans ma vie. Ayant vécu aux côtés de mes aînés toute ma vie, je n'ai pas rencontré grand monde, mais celui-là est vraiment spécial. Ou alors il a un problème.

Je suis plutôt dubitatif. Il veut m'aider. En est-il seulement capable ?

Je ne saurais pas l'expliquer, mais je vois dans sa proposition un espoir. Une issue. Et même si je ne sais pas ce qu'il a en tête, je ne veux pas passer à côté.

« Je suis curieux de vous entendre m'expliquer tous cela. Mais je veux m'assurer de ne pas faire le déplacement pour rien. Que pouvez-vous faire pour moi exactement ? »

J'espère qu'il ne va pas me proposer une idée stupide comme des antidouleurs où quelques choses comme cela. Alizée a déjà tenté. Et ce n'est pas très flatteur d'avoir les mêmes idées qu'Alizée.

Ma respiration se coupe. Mais cette fois, le lien n'y est pour rien. La réponse de Léonard me remplit d'espoir et de peur en même temps. Bouche-bée face à mon écran, j'entrevois enfin une solution.

« Caleb. Je peux mettre un terme à ce lien. »

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