Rictusempra

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(Madilyn Bailey - Titanium )


Quoi de mieux que du noir pour ce jour-là. C'est la seule couleur qui me rassure. Je n'ai pas besoin de retenir mes larmes, m'a dit Molly.

Seulement, lui ne pleurait pas, alors face à lui, la dernière fois que je pouvais encore le voir, je devais essayer de lui dire de façon convenable « adieu ».

Il est parti si vite, que je n'aie pas eu le temps de le lui dire. Sur une chaise, je garde ma tête dans mes mains. Retiens tes larmes, Ellie, tu savais le faire devant lui pourtant. Maintenant qu'il n'est plus là je n'arrive plus à les arrêter.

George s'assoit à côté de moi, il ne dit rien. Je n'ai pas à me plaindre. Perdre son frère jumeau est bien plus traumatisant car chaque matin lorsqu'il se lève, son reflet dans le miroir lui rappelle douloureusement sa perte.

« - Il tenait beaucoup à toi..., me dit-il d'une voix calme »

Alors doucement, je relève le visage vers lui pour le regarder. Comme dans un miroir, j'essaye de retrouver son reflet. Quels magnifiques cheveux flamboyants et ses yeux noisette me rappellent les siens. Seulement, moi j'avais toujours eu la faculté de les différencier et lorsque je l'observe, je ne le retrouve plus, il a disparu.

« - Même si tu n'en avais peut-être pas l'impression mais ce qui faisait le plus, après des conneries bien sûr, c'était de te contempler.

- Oui... Je le savais... C'était moi qui avait lancé ce jeu..., disais-je avant de pleurer »

Alors il me prit dans ses bras et on se transmettait nos douleurs, le silence couvrant nos pleurs. Son absence était encore plus douloureuse à deux. Plus personne ne m'embrassera le front comme il aimait le faire.

Comme dans un cauchemar, la journée passait mais pas mon chagrin. Il eut le droit à une cérémonie singulière. Avec des feux d'artifices, des boules puantes, tout un monde qu'il aimait tant.

Son cortège passe devant mes yeux, on y dépose des fleurs, des souvenirs et des photos. Les joues toujours humides, les gens me jettent souvent des regards de compassion liée surement à une certaine pitié. Je le sais que je fais pitié mais c'est plus fort que moi. Tout cette violence est trop puissante pour moi. Me l'enlever d'un coup. Savoir que je n'ai rien pu faire pour le sauver me met dans un état second. Molly me serre dans ses bras. Ma mère n'a pas pu venir.

George n'est jamais très loin non plus, nous nous entraidons toujours. Alors que je le vois à moitié sourire, sa mère s'interroge et il nous dit d'une voix tremblante de sanglots :

« - Je me dis... Au moins ainsi .... Maman, tu ne nous confondras plus... »

Sur ces mots, il se mit à pleurer, moi à mon tour et sa mère nous prit dans ses bras. Je ne dois pas me plaindre. La douleur de la famille est cent fois plus horrible que la mienne. Ils étaient si soudés, les séparer était impensable pour moi. Et pourtant, il y a peine deux jours... Tout s'est passé si vite.

Le temps s'est arrêté depuis sa mort. Mon cœur a cessé de battre, il a dû le prendre avec lui parce que je ne le ressens toujours pas. Le soir même, je n'ai ni mangé ni dormi, rien que pleurer toute la nuit. Je ne parle plus, je n'y arrive plus. Lorsque je prends ma plume, les mots me submergent et l'envie d'écrire m'étouffe jusqu'à ce que je craque à nouveau. Ma gorge se noue, ils referment son cercueil. Les yeux me brulent, ils le posent dans sa tombe.

Les gens viennent le saluer, lui raconter une dernière blague, un dernier mot ou juste lui offrir un dernier regard.

Mon tour venu, j'observe la tombe en silence. Mon cœur hurle son nom mais de mes lèvres rien ne sort. Seule mes yeux s'expriment. A quoi ça sert de s'entraîner à écrire des poèmes, à s'abandonner dans l'écriture pour arriver devant lui et ne pas savoir lui dire adieu. Satané d'amour, toi qui me chantais une vie heureuse.

Non, je n'arrive pas à le lâcher. Non, Fred je te dirais pas adieu parce que je n'en ai pas la force. Comment abandonner mon bonheur ? Peut-être trouveriez-vous ça bateau ou un peu cucul mais des fois l'amour vous crève les yeux et c'est au moment où vous perdez cette personne que vous ressentez cette douleur indéfinissable. On m'a pris mon repère.

Deux mains se posèrent sur mes épaules, c'était Louna et Cassandra qui me lançaient un regard plein de tristesse et de « je suis avec toi, je comprends et partage ta douleur ». Alors spontanément, je me blottis dans leurs bras pour pleurer. Elles essayèrent de me réconforter. C'est au tour d'Aimée, de venir me serrer contre elle et dans ses mots, en larmes, elle me dit :

« - Ellie, c'est juste un au revoir, il ne partira jamais vraiment, il restera toujours une part de lui, me dit-elle tout en me désignant mon cœur. »

Et dans leurs bras, nous nous laissâmes aller comme nous aimions le faire autrefois.


       (Fanart fait par Viria13)

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       (Fanart fait par Viria13)

" Une personne chère ne nous quitte jamais. Elle vit au plus profond de notre cœur et pour la revoir il suffit de fermer les yeux"


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