Chapitre 1 : Caleb

99 26 25

La nuit a été longue. Très longue. Trop longue. Le froid était bien plus mordant que d'habitude, cette nuit. L'hiver approche et je ne résisterai pas longtemps dans cet abri humide. Je jette un coup d'œil par la fenêtre en direction de la maison à quelques mètres de là. À l'intérieur, le reste des membres de ma famille est bien au chaud. Le terme « famille » est peut-être un peu exagéré. Certes, nous partageons le même sang, mais ils ne me considèrent pas comme un membre de leur famille. Ils n'aiment pas m'avoir dans leurs pattes. La preuve, je dors à l'extérieur de la maison, dans une cabane en bois, à la merci du froid et de la vermine.

Néanmoins, dans la journée, j'ai le droit de venir me tenir au chaud dans la maison. Malgré tout, ils ont besoin de moi en vie. Et heureusement pour moi, sinon je serai déjà six pieds sous terre.

J'entre dans la véranda pour me réchauffer un peu. Cet endroit, c'est mon territoire. Ni trop près, ni trop loin. Parce que je ne dois pas être trop loin non plus. Il en va de ma survie. J'ai fait de nombreuses tentatives pour m'éloigner de tous cela, mais la réalité m'a rattrapé à chaque fois. Je suis pris au piège.

Je m'apprête à toquer lorsque qu'un bruit de verre retentit. Mon regard se tourne vers la fenêtre, tentant de percevoir ce qui se passe à l'intérieur : mes trois frères essayant de garder leur calme face à l'ouragan nommé Alizée Galyn, ma sœur. À ses pieds, je perçois plusieurs morceaux de verres brisés. Elle porte une jupe bleue et un haut noir, sans compter son maquillage. Elle a l'air de s'être préparé pour une sortie entre amis. Elle fait partie de ces quelques personnes dans ce monde qui ne se clôture pas chez eux et qui prennent encore du bon temps. Qui refuse de juste « survivre ».

Vu l'expression de son visage, je suppose qu'elle n'a pas pu sortir. Dans un geste de rage, elle détache ses longs cheveux blonds. Je ressens sa colère jusqu'ici.

— Je veux sortir !

— Arrête de te comporter comme une enfant, ordonne Marius

— Pitié, Alizée, calme-toi, poursuis Dimitri. Tu nous fatigues.

— Sérieusement !? J'ai 22 ans et je ne peux même pas sortir de cette prison pour une seule journée ! 

— On n'y est pour rien, je te signale, rappel Aïden.

— Peut-être. Mais le morveux y est pour quelque chose.

Le morveux, c'est moi. Forcément. Je suis toujours le coupable pour eux. Le suspect parfait puisque je ne peux pas nier que tout a un lien avec moi.

— Il faut nous en débarrasser, reprend ma sœur. Une fois mort, nous pourrons vivre en paix.

— Tu es encore plus stupide que tu en as l'air ma chère sœur...

— Ferme-la Dimitri !

Dimitri est le plus grand physiquement après Marius. Même s'ils ont tous le même âge, ces deux-là font offices de grands frères. À mon grand soulagement, ils refusent de s'en prendre à moi. Mais Alizée semble déterminée à me rayer de la surface de la terre. Ils se crient dessus.

Puis le silence, ils m'ont vu. Je me mets à courir lorsque je vois Marius sortir la tête de la maison. Ils n'ont pas l'air de vouloir, venir me chercher, mais finissent par changer d'avis, à contre-cœur.
Ils l'ont senti, eux aussi. Le lien. Plus la distance entre eux et moi se creuse, plus je perds mes forces. Si je ne reviens pas vers eux, je ne pourrai même plus bouger. Et eux non plus. Le lien est physique, puissant. Il nous oblige à rester les uns près des autres. Mais la haine qu'ils me portent est si grande qu'elle m'empêche de respirer. Chaque regard, chaque mot me transperce et m'étouffe.

Moi-même, je ne comprends pas ce que cela signifie, ni quelle est l'essence de ce lien. Nous l'avons découvert avec le temps, tous simplement. Enfant, je ne pouvais pas rester dans la même pièce qu'eux plus d'une heure. Mais si je m'éloignais de plus de dix mètres, je sentais mes forces s'enfuir. Aujourd'hui, je suis plus résistant. Mais au fond, rien n'a changé.


Marius est le plus athlétique, il me rejoint en premier et me stoppe.

— Lâche-moi, je hurle.

— Caleb, arrête. Tu te fais du mal.

Je le hais. Je le hais parce qu'il me hait, parce que cette haine est injuste, parce qu'il m'empêche de m'enfuir. Je le hais parce qu'il me maintient en vie en me détruisant.

Marius me traîne jusque dans la cabane. Je suis en larmes, ils sont si proches. Ça fait tellement mal. Je pourrais en mourir. Mon grand frère le jette sur le sol et part accompagné de ses trois chiens de garde. La douleur s'atténue.

Je laisse mon regard divaguer. Mes yeux tombent sur un petit meuble où trône une lettre qui m'est adressée. C'est une lettre de ma mère. Je ne l'ai jamais lu, je ne peux pas. Soit elle contient toutes les réponses à mes questions, soit un amas d'autres questions. Aussi loin que je m'en souvienne, ma mère est la première personne à avoir parlé du lien. Elle le chérissait.

Et moi, je dois tout faire pour m'en libérer. 

L'enfant du videLisez cette histoire GRATUITEMENT !