Ranxor et Venin

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Quelques enfants jouaient sur la place du hameau, se courant après entre les masures de torchis et de bois qui bordaient la forêt, tandis que leurs mères discutaient autour du four à pain. Ranxor jeta un coup d'œil envieux vers ses camarades, avant de suivre Lyna, sa mère, au bord de la rivière. Il lui portait son panier de linge, mais voulait l'aider davantage :

— Je vais le laver aussi.

— Non, tu es trop petit pour ça.

Elle se pencha et trempa les draps dans l'eau froide, s'échinant à les nettoyer. Les yeux de l'enfant ne quittaient pas son ventre rebondi, qui abritait son petit frère ou sa petite sœur. Par deux fois, ces dernières années, il l'avait vu s'arrondir, mais aucun bébé n'avait survécu : le premier était mort-né et le second, prématuré, n'avait pas résisté plus d'une heure avant de mourir. Au fil des mois, le garçon avait vu sa mère s'affaiblir et peiner à réaliser ses tâches quotidiennes. Widor, son père, ne montrait aucune compassion et reprochait sans cesse à Lyna sa constitution trop fragile. Ranxor, du haut de ses cinq ans, voyait qu'elle n'allait pas bien, mais se faisait rabrouer dès qu'il essayait de prendre sa défense. Il n'aimait pas son père, qui le faisait travailler plus durement que ses camarades, mais était trop petit pour s'opposer à lui.

Soudain, Lyna se redressa péniblement et se tint le front quelques secondes en murmurant :

— Encore ce mal de tête... Je n'en peux plus...

Elle cligna des yeux avant de tendre à son fils sa main bleuie par l'eau glacée :

— Viens ici, mon garçon.

Ranxor la rejoignit et passa avec tendresse son bras dans son dos :

— Oui, maman ?

— Il faut qu'on parle, tous les deux.

— De quoi ?

— De ce bébé qui va naître.

Le garçon la scruta de ses grands yeux noirs, intrigué. Lyna poussa un long soupir, comme si elle avait du mal à respirer, puis reprit en posant sa paume sur son ventre :

— Tu sais, mon enfant, je suis très fatiguée et tu devras peut-être veiller sur lui si je ne peux pas le faire.

— Mais pourquoi tu pourrais pas, maman ?

— On ne décide pas toujours, hélas, et je suis tellement épuisée... Tu seras son grand frère, tu devras le protéger contre tout ce qui pourrait lui arriver.

Lyna se tut, la gorge nouée. Ranxor, au bord des larmes, la fixait. Pourquoi lui parlait-elle ainsi, avec cet air si triste ? Elle ébouriffa ses cheveux et déposa un baiser sur son front :

— Je t'aime, mon fils, n'oublie jamais ça.

Il allait répondre qu'il l'aimait aussi quand une voix derrière eux les fit sursauter :

— Ranxor, tu fais quoi, là ? Je t'ai dit d'aller ramasser du bois dans la forêt !

— Mais maman avait besoin d'aide, son panier était trop lourd...

— Elle peut se débrouiller seule. Discute pas !

Widor les rejoignit en quelques enjambées et saisit l'enfant par son col pour le relever avant de lui donner une tape sans douceur. Lyna, résignée, baissa les yeux et murmura :

— Vas-y, Ranxor, obéis à ton père.

À contrecœur, le garçon se dirigea vers la lisière de la forêt. Alors qu'il s'éloignait, il entendit Widor crier :

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